Mouvement des enseignants et des chercheurs et violences policières : circulez, y’a rien à voir !
Depuis presque 2 mois, les professeurs des écoles, des lycées, les chercheurs, les enseignants-chercheurs, et les étudiants sont dans la rue, pour demander une modification profonde de la politique mise en place par le pouvoir actuel. Ces manifestations sont toujours « bon enfant », cette catégorie socio-professionnelle, bien que justement revendicative, n’étant pas violente. Or il se trouve que depuis 3 ou 4 semaines, se multiplient les provocations, les actions inappropriées de la police lors de ces manifestations, le tout dans un quasi-silence médiatique assez consternant.

Il ne s’agit pas de revenir ici sur les origines des revendications des personnels de l’enseignement et de la recherche, ni de discuter une énième fois de leur légitimité. Ce qui frappe dans les manifestations s de ces personnels, pour ceux qui y ont participé ou assisté, est le caractère très pacifique des manifestants mâtiné d’un humour à multiple détente. On se rappellera la manifestation à reculons devant le ministère de tutelle, l’actuelle « ronde des obstinés » sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris, ou certains slogans dont l’inspiration potache n’est pas absente.
Depuis quelques semaines, ces manifestations font l’objet « d’attentions très particulières » des forces de police, qui restaient en général et auparavant discrètes. On se rappellera ainsi, gare Montparnasse, début mars, la charge brutale et inutile des CRS qui poursuivant des étudiants pas vraiment batailleurs. Ces CRS n’ont pas hésité à frapper des collégiens et leurs accompagnateurs attendant sagement leur train sur le quai de la gare. Le tout n’a pas fait l’objet du moindre froncement de sourcil des autorités de tutelle, dont au premier rang la ministre Mme Alliot-Marie. « Quand on a la charge d’un certain nombre de jeunes et notamment de très jeunes, on évite de les mettre dans des lieux où il peut y avoir des manifestations et des mouvements de foule » a-t-elle-déclaré. Bref, c’est de la faute des enseignants !
Si l’affaire précédente a fait l’objet d’une médiatisation certaine, celle-qui suivent sont tues dans la presse. Le 11 mars, à Besançon, la manifestation « de la maternelle à l’université » s’est conclue par un sit-in discret devant le rectorat. C’est probablement le caractère belliqueux des manifestants qui a conduit la Police à gazer et matraquer les manifestants, y compris lorsque ceux-ci se trouvaient au sol. Plus grave, des manifestants n’opposant qu’une résistance passive à leur déplacement, sans signe de violence, auraient été accusés par ces forces de police de rébellion.
Le lendemain, à Toulouse, un autre sit-in pacifique, organisé à l’Ecole de Commerce contre la loi LRU, a conduit quelques minutes après le début de la manifestation, à une attaque violente de la brigade anti criminalité (sic !) tirant dans le bâtiment, sans somation et à courte distance, des grenades lacrymogènes. Les manifestants se précipitent alors vers la sortie et la seule fenêtre disponible, créant une panique qui aurait pu conduire à des blessures graves, voire à des décès.
Le 19 mars, à Marseille, après place Castellane où arrive le cortège officiel des manifestants, une centaine de personnes s’installe par petits groupes avec force sandwichs, hot dogs et boissons variées. Quelques postes de radios et quelques danses improvisées complètent le tableau. Une demi-heure plus tard, des policiers en civil et des CRS se rendent sur la place et intiment l’ordre aux participants du pique-nique de « dégager ». Plusieurs personnes indiquent aux forces de Police que rien ne les autorise à empêcher des citoyens de casser la croute sur la place, sans entraver la circulation. Un enseignant de l’université est alors violemment pris à parti, en dépit de son attitude calme face aux forces de l’ordre. Face à l’agression physique d’un policier, il se défend néanmoins. Il comparaitra le lendemain au tribunal de grande instance, qui le laissera en liberté jusqu’au jugement définitif.
Le 23 mars, Mr. Darcos inaugurait à Amiens une plate forme d’orientation par téléphone. Des enseignants-chercheurs et étudiants étaient rassemblés dans le calme pour accueillir le ministre, sous l’œil de plusieurs journalistes. Selon le syndicat SLR « les CRS mettent immédiatement les choses au clair : on se fout pas mal que vous ayez convoqué la presse, nous serons violents ». Des policiers interdisent –de façon illégale – à plusieurs personnes de photographier car effectivement, la charge des CRS est hyper-violente : une personne allongée au sol est à demi étranglée au moyen de son écharpe, les matraques volent. Bilan : plusieurs blessés mais une place nette pour les reportages aseptisés de TF1 et de France 2...
Le CNRS connaît ce 26 mars un remue ménage dont il peu l’habitude, suite à la tenue de son CA dans des conditions « limites ». Entre 100 et 200 personnes occupent les lieux pour manifester leur désaccord. Une ingénieure de CNRS qui tente de rejoindre ses collègues est arrêtée devant une entrée secondaire donnant dans le jardin du CNRS, par deux personnes en civil. Deux de sese collègues arrivent par ce jardin, et parlementent pour que ces deux personnes laissent passer l’ingénieur CNRS. Autorisation obtenue, celle-ci entre. La suite, elle la raconte : « Tout s’est passé très rapidement ensuite, sur le moment, je n’ai rien compris. Les hommes bloquant l’entrée se sont avancés, m’ont encerclée, ils m’ont donné deux ou trois coups de poing très violents aux seins puis ont sorti des brassards rouge « Police ». J’ai hurlé « vous me faites mal, vous n’avez pas le droit de me taper ». Je leur ai dit « vous n’aviez pas le droit de me frapper, je vais porter plainte ». Ils m’ont insultée : « va te plaindre à tes pédés de collègues, connassse » et « fiche le camp, si on te retrouve on te viole ». Résultats hématome, analyses en cours supplémentaires, trauma et 5 jours d’incapacité temporaire de travail.
Le 27 mars, à Orléans, une centaine de personnes occupent le rectorat. Elles en sont délogées par les CRS qui annoncent « si vous ne sortez pas on va vous faire saigner ». Selon le syndicat SLR « Malgré une résistance purement passive opposée par les manifestants, certains étudiants ont été blessés. L’un d’eux a même été frappé jusqu’au sang pour avoir résisté aux CRS qui voulaient l’évacuer. Pour éviter qu’il sorte dans cet état face aux caméras, il a été embarqué au poste et convoqué au tribunal pour septembre au motif de rébellion ».
Tous les jours, se reproduisent ces scènes. L’usage de cette violence n’est techniquement pas justifié, les manifestants ne faisant preuve d’aucune agressivité. Dès lors, on doit se demander pourquoi cette débauche de violence policière. La réponse est probablement de créer un double réflexe de peur. Contrairement aux déclarations de matamore du président de la République Mr. Sarkozy, le pouvoir en place craint beaucoup, en effet, le monde enseignant et celui de la recherche pour diverses raisons, dont l’une - et pas la moindre - est le soutien dont il bénéficie dans l’opinion. La première hypothèse est donc la volonté de faire peur aux manifestants, de limiter le nombre et la visibilité de ce mouvement social. La seconde raison est plus « stratégique » mais repose toujours sur le réflexe de peur. Il s’agirait de créer les conditions propices à un ou plusieurs actes inconsidérés des manifestants, bref à provoquer une montée de la violence chez ces manifestants susceptible de mettre en danger la vie des forces de Police ou la sécurité des biens. Il est vrai que les laboratoires ne manquent pas de substances corrosives, explosives, toxiques... Le pouvoir en place aurait alors toute latitude pour justifier auprès d’une opinion captive et apeurée, et a posteriori, les bavures policières quotidiennes auxquelles nous assistons, et surtout la « fermeté » globale de sa politique vis-à-vis des contestataires de tous poils.
Crédit photo : Amiens se bouge
http://amiensebouge.canalblog.com/albums/kb__hotel_de_police_d_amiens_2_avril_2009/index.html  ;
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