No Sarkozy Day : des lendemains qui déchantent
Le 27 mars 2010, les organisateurs du No Sarkozy Day, autant que les forces de police, attendaient plus de 100.000 manifestants sur le territoire Français.
Le bilan fait le 28 mars au matin montrait que l’objectif est raté : à peine 10.000 personnes sur l’ensemble des départements français, dont moins de la moitié à Paris.
Analyse de l’échec (mitigé) de la mobilisation.
Depuis le 15 décembre 2009, à la suite du "No Berlusconi Day" italien, qui rassemblait environ 350.000 personnes dans les rues de Rome, la version Française transposée en "No Sarkozy Day" a fait couler beaucoup d’encre.
Né d’un groupe Facebook existant depuis plus d’un an nommé "1 million de personnes pour agir contre Sarkozy, fort d’environ 300.000 membres, qui fut renommé "No Sarkozy Day 27 mars 2010 objectif 1 million" par un de ses administrateurs, ce groupe Facebook a réussi à atteindre l’adhésion d’un total de 388.000 membres au matin du 27 mars. Dont seulement 10.000 sont réellement descendus dans la rue pour dire "NON" à la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement...
10.000 manifestants dans un groupe de 388.000 membres, c’est un taux de participation de 2,5% ! Il serait présomptueux de proclamer une grande victoire ! Et ce serait sans compter les 10.000 signataires de l’appel du 24 janvier !
10.000 manifestants sur un objectif d’un million : 1% de l’objectif réalisé : un bide, un flop ?
Je serai plutôt modéré dans ma critique, car j’y ai participé activement.
Coordinateur national de ce premier mouvement citoyen, autoproclamé apolitique et apartisan, organisé sans l’appui des partis et syndicats, nous avons eu beaucoup de difficultés à sortir du Net. Il s’agissait, selon le principe de l’appel, d’organiser cette journée dans toutes les préfectures de France. Mobiliser des citoyens motivés, disponibles, engagés, dans chaque département ne fut pas chose aisée. La couverture du territoire ne fut pas complète, faute de remporter partout l’adhésion à un mouvement citoyen spontané, sans les moyens ni la logistique qu’auraient pu procurer tel ou tel syndicat, association ou parti.
Néanmoins, l’affichage "apolitique et apartisan" du mouvement a emporté l’adhésion et la sympathie de quantités de françaises et français rencontrés dans la rue, sur leur lieu de travail, sur leurs lieux de vie. Et les gens qui sont venus nous rejoindre dans les cortèges de manifs, ou encore les badauds qui, l’espace de 100 m se joignaient à nous ont témoigné d’une sympathie qui tournait parfois à une ambiance de fête populaire.
Peu de participants, certes, mais partout l’ambiance particulière, exceptionnelle, d’une manif "pas comme les autres" : enfin, des citoyens qui osent défiler dans les rues pour dire haut et fort NON à Sarkozy ! Le dire tout haut, le crier même, sans se cacher, sans avoir peur de quelconque répression annoncée, sans quelque accrochage que ce soit. Des citoyens unis, faisant totale abstraction des origines ou appartenances politiques, syndicales ou sociales de chacun ! Formidable expérience et nombreux sont ceux qui s’en souviendront.
Alors la question qui blesse, et que personne n’ose se poser réellement : pourquoi une si faible participation, dans un contexte ou le président Sarkozy atteint son plus bas score en terme de popularité ?
- le manque de "professionnalisme" des initiateurs, le côté amateur de la chose qui en a fait hésiter plus d’un ?
- le manque de moyens, financiers, logistiques et humains (les manifs syndicales, au vu de leurs infrastructures, c’est du "clefs en mains"), chacun ayant dû mettre la main à la poche pour imprimer tracts et affiches avec les moyens du bord ?
- un but contestataire avoué, populaire (voire populiste) mais sans réelle visibilité stratégique à moyen terme et court terme, qui enferme vite le mouvement dans l’antisarkozisme primaire ?
- l’utilisation du réseau social Facebook, très virtuel, ouvert à toutes sortes de courant qui souvent s’amalgament ou s’entrechoquent, et peu convertible dans le concret (sauf pour un apéro géant à Rennes) ?
- l’absence totale de stratégie, tant sur le plan de la communication que sur l’organisation, ou encore pour la préparation de l’après ?
-Des propositions, des paroles, des "promesses" vides de consistance laissant planer un flou marqué, une navigation à vue, et de nombreuses tentatives de "coup d’éclat médiatiques" ratées, voire juste ridicules ?
- Le mouvement a souvent été connoté à gauche de la gauche à plusieurs reprises ... ce qui n’est pas toujours rassembleur.
- le mouvement ne s’est pas clairement positionné vis-à-vis des associations, des syndicats et des partis, qui ont tous cru que le mouvement avait pour but de détourner leurs militants...
Sans doute un subtil mélange de tout ça.
Le plus surprenant fut de voir, sur le site du No Sarkozy Day, dès le 27 au soir, un appel à une nouvelle manifestation nationale le 8 mai à Paris (vite modifié en appel pour des manifestations "partout en France") sans qu’aucune communication ne soit faite concernant le déroulement de la journée du 27 en France, sans qu’aucun bilan du 27 mars ne puisse être entrepris.
Etonnant également d’apprendre que Mélanchon et d’autres élus du PG / FDG ont été invités à participer à la manifestation parisienne, où ils sont arrivés avec drapeaux et écharpes rouges (alors que la couleur de ralliement unitaire était le violet).
Une tentative de récupération spontanée, ou organisée ?
Aujourd’hui, le mouvement nage entre deux eaux, puisqu’aucun bilan du 27 mars n’est réellement réalisé en concertation nationale. Les assemblées générales populaires annoncées n’ont pas eu lieu, ou sont restées secrètes, une nouvelle équipe s’est mise en place d’autorité, sans consultation de la base (les coordinations départementales), et a prononcé mon exclusion de l’organisation ! Un mouvement réellement citoyen et démocratique ?
Le mouvement a désormais deux visages : l’un sur Facebook, où l’appel à la mobilisation pour le 8 mai continue, et l’autre dans la réalité, où les coordinations départementales ayant participé au 27 mars sont déjà dans la réflexion et l’action populaire, mais dans l’incompréhension face au bien fondé d’un nouvel appel à manifester sans consultation préalable.
On a foncé droit dans le mur le 27 mars, le 8 mai on recommence de la même façon, en se servant de FB comme terreau, dans une nouvelle organisation qui se veut plus imposante que la première ... Malgré l’absence de remontée de la sacrosainte voix du peuple, que le mouvement disait vouloir faire s’exprimer... aucune structure pour la faire ressortir...
Qu’a-t-on exactement entendu le 27 mars ? Que veut-on en faire exactement ?
Organiser une manifestation par mois, voire par semaine, juste pour dire NON à la politique de Sarkozy, est-ce vraiment un but en soi ?
Refaire la même manifestation contestataire le 8 mai, un 27 mars bis, alors, ça va changer quoi tout ça ?
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