Suicides au travail : De bien médiatiques pansements. Enquête
Face au tsunami des suicides "professionnels", le patronat tant du secteur privé que public s'efforce de montrer patte blanche aux médias. Enquêtes, études sont avancées face caméras pour stopper la catastrophe. La réalité est plus dure.
Comme elle le fût, et l'est, pour le suicide de la professeure du Lycée professionnel Malraux de Béthune. L'Education nationale enterre l'enquête, refuse de reconnaître l'accident de travail et propose de... supprimer son poste. Cas isolé ? bien sûr que non.
Les mois, les années passent et le monde du travail ne cesse de pleurer ses membres qui ont choisi de mettre fin à leurs jours du fait de conditions insupportables, Quand ces dernières ne les poussent pas à une dépression sans fond, ce qui toutefois ne peut être considéré comme un « moindre mal ».
Dans le privé comme dans le public, les directions affichent un émoi de circonstance. Devant les micros et caméras, principalement.
Prenons l’exemple de Marielle Croquefer, cette enseignante du lycée professionnel "Malraux" de Béthune, dans le Nord de la France, qui avait choisi à 48 ans de mettre fin à ses jours en octobre 2012. Manque de moyens, abandon par la hiérarchie, inquiétudes sur l'avenir de son poste telle est la composition du terrible cocktail qui lui a été fatal.
Quatre mois plus tard, la professeure, son désespoir et ses souffrances semblent être bel et bien passés aux oubliettes. Pourtant, face au médias, le rectorat avait assuré au moment des faits vouloir faire toute la lumière sur le drame.
Contacté le 20 février 2013, les services de l’académie de Lille ne semblent pas se souvenir spontanément de cette tragique histoire. Ni, bien entendu, de l’enquête et de ses éventuelles conclusions. Comme l’écrit tout bon journaliste : aucun commentaire « n’a pu être obtenu dans l’immédiat », sur le « dossier en référence ». Ca ne s’invente pas…
La malheureuse avait laissé derrière elle un mail destiné au syndicat « Action et démocratie » dans lequel elle détaillait ses souffrances, ainsi que leurs raisons professionnelles, sans ambiguïté.
ENQUETE ENTERREE
Alors au choix : soit l’enquête du rectorat a été réduite à sa plus simple expression, soit ses conclusions sont si préoccupantes qu’elles ne seront pas communiquées. Au moins rapidement et dans leur état brut.
Mais côté syndical on est beaucoup moins avare de précisions. Et elles sont terribles. Le 14 décembre dernier, le CHSCT (Comité d'hygiène, sécurité et conditions de travail) de l'Education nationale, région Pas-de-Calais refuse de reconnaître le suicide de Marielle Croquefer en tant qu'accident de travail. Son mari a porté plainte.
Comme ce n'est pas suffisant, le président du conseil d'administration du lycée Malraux a proposé la suppression du poste de l'enseignante défunte pour la rentrée prochaine.
"Un nouvelle reunion du CHSCT est prévue le vendredi 15 mars prochain pour revoir l'accident de travail de Marielle" m'explique une syndicaliste d'Action et Démocratie. Pour elle, le rectorat a enterré l'enquête.
Plus ou moins habilement emballée la position de l'employeur, qu’il soit public ou privé tourne autour de : « c'est surtout pas de notre faute ! Elle (ou lui) connaissait des difficultés dans sa vie privée ». Jusqu'au moment où, les fait, têtus, viennent prouver les vraies responsabilités.
Que penser alors des actions qui seront menées - ou pas du tout - malgré l’horreur de ces actes définitif ?
Généralement, quels sont les résultats des études et consultations sur la souffrance au travail diligentés par les directions de groupes, privés cette fois, comme France Télécom, Peugeot (la liste est longue) pour étudier la chose et renverser la vapeur toxique ?
FAUCHEUSE
Car si tous ne meurent pas, presque tous sont atteints. Et quelle que soit la catégorie du salarié, son niveau hiérarchique ou son secteur.
Seules les « huiles », PDG, directeurs généraux semblent, en bonne forme malgré la pression de leurs actionnaires soucieux de préserver marges et dividendes. Pas d’inquiétudes ! La variable d'ajustement est encore et toujours les effectifs .
En 2009, lorsque que la vague de suicides était devenue impossible à masquer pour France Télécom, le groupe avait mandé un cabinet spécialisé, Technologia (qui a également oeuvré chez Renault pour un état des lieux et impulser d'autres « manières .
Le PDG du groupe a changé, bravo ! « mais il n'y a guère que lui », dit en 2013 un représentant CGT de l'entreprise. « Les mutations à l'arrache continuent, les salariés sont à bout », constate-t-il.
A quoi l'expertise a-t-elle servi ? « Mis à part donner le change dans les médias, à rien , ou presque », déplore ce représentant des salariés.
Mais les grands groupes ne sont pas les uniques lieux d'hécatombes. Le milieu paysan est dramatiquement atteint par la noire faucheuse.
« On ne compte plus les agriculteurs qu'on retrouve pendus dans leur grange ou leur hangar », m’explique une syndicaliste du monde paysan.
« Il sont étranglés par des crédits contractés ‘la Banque’ (Crédit Agricole) qui est devenue encore plus intraitable que de par le passé, où déjà elle était terrible », ajoute-t-elle.
Et ça, c’est encore moins médiatique...
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