• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Actualités > Technologies > Le transhumanisme, une belle promesse

Le transhumanisme, une belle promesse

Ce soir se tient à Paris le 1er colloque international sur le transhumanisme. Que défend ce courant de pensée, et quels en sont les enjeux pour l'humanité ?

PNG Si le mot encore peu connu, a de quoi faire peur, le concept n’en est pas moins inquiétant : le transhumanisme est un courant de pensée qui soutient que les nouvelles technologies vont venir à bout de la mortalité humaine grâce aux nouvelles technologies[1].

Si la course à l’immortalité a depuis longtemps déjà supplanté le rêve candide de transformation du plomb en or dans la tête des savants fous, il n’en reste pas moins que les défis lancés contre la nature semblent prendre aujourd’hui une dimension toute autre.

Tout d’abord parce que les instigateurs de cette révolution sont les fameux GAFAM[2], les Google, Apple et autres grandes firmes internationales issues du monde des nouvelles technologies. Les démiurges du nouveau monde ne sont plus d’obscurs alchimistes menant des expérimentations hasardeuses au fond de leurs sombres laboratoires. Ce sont des industriels ambitieux, dotés de moyens financiers quasi illimités associés à un sens aigu des affaires, et à un pouvoir de décision immense. Ils ont également à leur disposition une abondante matière grise issue des plus prestigieuses formations du monde entier. Ceux sont eux qui façonnent l’économie actuelle. 

Ensuite parce qu’on a des raisons de croire que les rêves technologiques les plus insensés seront bientôt à notre portée. Qui aurait imaginé il y a seulement dix ans que l’on pourrait faire son analyse de sang avec un téléphone portable ? Ou que l’on serait un jour capable de synthétiser des organes humains avec une imprimante ? Nous vivons actuellement une accélération prodigieuse du progrès technologique. Il y a 10 ans, nous générions déjà en deux jours autant de données que la totalité de celles cumulées depuis le début de l’humanité[3]. Il n’y a plus de limites. Le slogan de la « Singularity University », l’école du progrès au sein de la Silicon Valley, est à ce titre très éloquent : « Have goals like moon »[4].

Enfin le rempart d’une éventuelle opposition émanant de la population a partiellement été abattu, tout du moins en Occident. Une conception purement utilitariste de l’être humain est en train de faire durablement son chemin dans les têtes, véhiculée par la société ultra-marchandisée. Le message banalisé en faveur de la GPA, où on « loue » le ventre d’une femme comme un ouvrier loue ses bras pour travailler à l’usine, en est l’exemple le plus criant[5]. L’humanité est même appréhendée comme un gigantesque système d’informations par les ingénieurs de la Silicon Valley[6].

Sous le doux manteau d’un discours bienveillant empli de promesses de progrès médicaux, de victoires contre la maladie, d’allongement de la vie – certes incontestables, se dissimule un monstre dont on minimise la puissance dévastatrice. Les préoccupations d’ordre éthique et philosophique, vues comme de pénibles trouble-fêtes, sont sciemment et soigneusement balayées des réflexions menées dans les Big Tech[7].

On endoctrine massivement les foules par un message plein d’espoir, d’un monde sans maladie, sans souffrance. Dans un monde où les croyances religieuses affaiblies ne parviennent plus à panser les douleurs humaines, où l’individualisme et l’hédonisme sont les valeurs portées aux nues par l’ensemble de la société, la souffrance de toute nature est vécue comme une épreuve insupportable et de fait intolérable.

Lorsque le discours se pare des atours séduisants d’un monde sans risques, sans souffrances, sans limites, usant et abusant de l’exacerbation de nos vils tréfonds émotionnels, il ne peut qu’être applaudi.

De même que l’on abrutit le peuple en prétendant que la mort n’est rien, puisqu’elle arrive pour son plus grand bien par le tendre bras d’un gentil nounours bleu, la peluche mascotte de l’ADMD[8]. De même que l’on promet aux femmes une carrière plus épanouie en leur offrant généreusement la possibilité de congeler leurs ovocytes, leur donnant ainsi la chance inédite de pouvoir concilier au mieux vie professionnelle et personnelle[9].

A prétendre éradiquer la souffrance humaine, voire la mort, tragiquement inhérentes à notre nature, ne sommes-nous pas en train de construire méthodiquement un nouveau monde, un monde de malheur ? Qui veut faire l’ange fait la bête.

 

[2] Acronyme désignant les cinq entreprises américaines Google Apple Facebook Amazon et Microsoft

[8] Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité


Moyenne des avis sur cet article :  3.33/5   (24 votes)




Réagissez à l'article

61 réactions à cet article    


  • raymond 20 novembre 2014 19:00

    c’est la seule issue

      Lire les 6 réponses ▼ (de Victoria de Béhagle, Hermes, rubicon)

    • Hermes Hermes 20 novembre 2014 19:02

      Diane, pourquoi ce titre à l’envers qu risque d’en égarer lus d’un ? Ce n’est pas une belle promesse, mais un mensonge et un piège !
      La liberté et la libération sont à l’intérieur de nous.
      Bravo pour l’article.


      • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 20 novembre 2014 19:04

        merci. le titre est ironique en effet smiley


      • Rounga Rounga 20 novembre 2014 19:02

        Le problème, à mon avis, est celui-ci : nous pouvons actuellement faire des choses extraordinaires, qui contribueraient à une dignité accrue de l’être humain et à son plein développement. Mais ceux qui ont en main ces moyens technologiques ne prennent pas cette voie, et visent à l’accroissement de leurs intérêts propres. Il faut donc que les moyens technologiques et financiers changent de main pour que ceux-ci servent l’humanité mieux qu’ils ne le font actuellement. 


        • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 20 novembre 2014 19:07

          Les nouvelles technologies offrent indéniablement des perspectives merveilleuses pour la médecine. Mais cela ne doit pas se faire sans une réflexion éthique et philosophique. Or c’est ce que souhaitent éviter ceux qui ont les rênes entre les mains. Et pourquoi ont-ils les rênes ? Parce qu’ils ont les dollars...


        • heliogabale heliogabale 20 novembre 2014 20:58

          Il me semble que le problème de la GPA n’est pas tout à fait connexe à celui du transhumanisme...

          L’ectogenèse est en revanche une pratique qui relève du transhumanisme et qui posera de nombreux problèmes éthiques et un profond bouleversement de l’humanité si cette technique est maîtrisée...

            Lire les 8 réponses ▼ (de Victoria de Béhagle, SAOREK, Nicole Cheverney, CorsairePR, Hermes)

          • SAOREK SAOREK 21 novembre 2014 05:53

            Excusez-moi : le titre de mon article était  : « Le Transhumanisme : l’idéologie dominante ».


            • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 21 novembre 2014 11:57

              @ Saorek :

              Mais c’est bien parce qu’elle est en passe de devenir dominante, qu’elle n’en est que plus dangereuse !


            • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 21 novembre 2014 15:27

              Je viens de le lire, très intéressant en effet, et j’aime beaucoup l’abondance des références philosophiques que vous citez


            • ricoxy ricoxy 21 novembre 2014 09:02

               
              Je veux bien donner mon corps à la science, mais pas à Google ni aux transhumanistes.
               
              Я @ R


              • rhea 1481971 21 novembre 2014 10:11

                Curieux ce mouvement de pensées émerge quand l’espérance vie dans les pays occidentaux commence à diminuer. Tout le monde il est beau et il est gentil, c’était un film on nous le rejoue et ça prend.


                • Francis, agnotologue JL 21 novembre 2014 10:38

                  Ce matin France Culture avait invité des transhumanistes. J’ai eu du mal à écouter tout.

                  Il se disait que la médecine ne considérait plus les gens qui se sentent mal dans leur sexe comme des malades mentaux qu’on soignait autrefois, parfois avec des électrochocs.

                  Bon. Mais si le pb des trans n’est pas une question de choix idéologique, pourquoi éprouvent-ils le besoin de recourir à la chirurgie pour modifier la nature des choses ? Est-ce que ce n’est pas eux qui refusent leur différence dans une société qui elle les accepte tels qu’ils sont ? Je pense aux nouveaux droits, notamment au mariage homosexuel.

                  Transgenre = stérilisation, c’est rédhibitoire. Des prélèvements d’ovules ou de spermatozoïdes avant opération deviendra sans doute monnaie courante. Hum, ça promet des marchés lucratifs !

                    Lire les 7 réponses ▼ (de Francis, agnotologue, Nicole Cheverney, Victoria de Béhagle)

                  • Robert GIL ROBERT GIL 21 novembre 2014 11:26

                    l’avenir est merveilleux, pour pleinement l’apprecier je vous propose ce petit texte humoristique ... esperons qu’il ne reste qu’a l’etat d’humour !
                    .
                    voir : C’EST CHOUETTE, JE SUIS INTERCONNECTÉ !


                    • CorsairePR CorsairePR 21 novembre 2014 12:12

                      Bon premier point, ça a déjà commencé : l’allongement de l’espérance de vie et l’utilisation des médicaments en sont deux exemples parmi d’autres.

                      Ce qui est choquant n’est pas tant l’usage des technologies que la manière dont on nous les nargue, je veux dire, avons-nous été invité aux négociations pour les retraites ? Sommes nous libres d’utiliser les médicaments (et je pense notamment au cannabis) comme nous le souhaitons ?

                      Il y aura en effet des luddites comme l’auteur qui voudront préserver leur humanité, mais par pitié, ne nous faites pas subir votre petit fascisme et laissez nous faire ce que nous voulons, devenir autre chose car nous trouvons que la viande ou la chair c’est vraiment naze :p


                      • Hermes Hermes 21 novembre 2014 14:10

                        Je vois, le vrai c’est le faux et réciproquement....


                      • CorsairePR CorsairePR 21 novembre 2014 14:44

                        Rien de nouveau sous le soleil, entre les progressistes et les conservateurs ou les résistants et les obéissants...


                      • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 21 novembre 2014 15:30

                        vous n’avez vraiment pas de chance, je travaille précisément pour la promotion de la santé digitale, alors vos insultes de fascisme vous pouvez vous les mettre où je pense


                      • alinea alinea 21 novembre 2014 13:21

                        D’accord avec Hermes : vous êtes trop gentille !! smiley
                        Est-ce Neptune en Poissons pour encore quelques lustres, qui fait croire aux humains qu’on viendra, de cette façon, au bout de la souffrance ? Alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’elle a décuplé ?

                        L’homme cherche ( et trouve ? à voir !) des remèdes aux maux qu’il instaure, disait Gorz.
                        Une course folle a toujours une fin, souvent dramatique, hélas.


                        • Corinne Colas Corinne Colas 21 novembre 2014 15:26

                          Presque 40% de non, soit donc 40 % de oui au transhumanisme... « bienvenue à Gattaca », Diane ! 


                          Bon courage...

                          • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 21 novembre 2014 15:38

                            C’est normal, un tel sujet est encore assez peu connu, et mérite vraiment d’être débattu. La voie la plus juste ne me semble pas être le refus aveugle de l’avènement des nouvelles technologies, qui de toute façon va se produire, mais sa maîtrise. 


                          • alinea alinea 21 novembre 2014 16:01

                            Aucune maîtrise n’est possible dans ce genre d’addiction ; aucune maîtrise dans la volonté de pouvoir... et de maîtrise !! C’est un oxymore, un impossible ; ce sera une guerre !


                          • soi même 21 novembre 2014 15:44

                            Vous allez voir comment cette philosophie va traversé tous le 21èmes siècles, c’est le fils métaphorisées du scientisme de la fin du 19èmes siècles, et ce n’est avec une posture intellectuel que l’on va pouvoir lutter contre cette nouvelle vue scientiste, c’est par un changement radical de société, de mentalité et de politique et de l’économie que l’on pourra limité cette idéologie, car elle anticipe une évolution futur qui ne peut pas encore être licite, car il nous est demander aujourd’hui de vivre avant toute chose une morale libre de tous préjuger égoïste !
                            Car il est évident ci cette vient trop tôt, elle sera mit exclusivement à servir d’un égoïsme des plus destructeur !
                            On voit déjà à travers ce que l’on appel la crise, ses effets, imaginer vous, que cela pourrait devenir si cette technologie émerge aujourd’hui et le ravage que cela pourrait engendré ! 


                            • finael finael 21 novembre 2014 16:00

                              Personnellement c’est votre nom qui m’inspire.

                              Dans ma jeunesse j’ai très bien connu une Marie Thérèse Jacobine Radegonde De Béhagle, fille de Ferdinand de Béhagle officier de marine et explorateur, mort sur les rives du Congo en 1899 et dont nous avions le journal de marche dans la famille.

                              En entretenant sa mémoire, nous le rendons en quelque sorte immortel !


                              • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 21 novembre 2014 16:24

                                je suis une descendante de la fratrie de Ferdinand de Béhagle !! Nous avons une statue de lui dans ma famille. Sa fille que vous avez connue n’a pas eu de descendance d’après ce qu’il me semble ?

                                Par ailleurs je ne porte pas ce nom à l’état civil ;)


                              • finael finael 21 novembre 2014 17:09

                                Marie Thérèse Jacobine Radegonde Camille de Béhagle, ou « Miquette » comme nous l’appelions est morte sans descendance en 1964.

                                Elle était intégrée à notre famille par l’intermédiaire de la famille Brunache (Paul Félix Brunache a été un compagnon de route de Jean Jacques Marie Ferdinand De Béhagle, ils se sont d’ailleurs battus en duel en 1894 à propos de Rosine Berthe Dehoux, alors épouse de De Béhagle avant d’épouser Paul Brunache après la mort de Ferdinand De Béhagle, leur fille était ma grand mère)

                                Quand j’étais enfant elle me parlait souvent de son père, de ses explorations.

                                Je dispose d’un certain nombre de documents concernant Ferdinand de Béhagle (dont un savoureux récit de l’expédition Maistre). Il est à noter que mon père disposait de l’original de la photo de lui qui se trouve sur wikipédia.

                                Cette photo est reproduite (ainsi que d’autres) dans la partie Généalogie de mon site :

                                http://www.finael.fr/genealogie/

                                Cordialement


                              • Nicole Cheverney Nicole CHEVERNEY 21 novembre 2014 18:08

                                @ NIco 644

                                Isga aux abonnés absents, plus qu’étrange en effet. Ses commentaires sidérants commencent à nous manquer !

                                Au mot « attention », je préconise celui de, « vigilance » !

                                Cdt


                              • interlibre 21 novembre 2014 16:30

                                Comme pour toutes les avancées techniques ce qui importe c’est ce qu’on en fait. Il n’y a pas de solution sans inconvénient. C’est pas simple du tout comme sujet et ce quelque soit le modèle de société.
                                Imaginons des nanites qui soignent le cancer. A la base c’est juste un « médicament » mais ça peut très vite se transformer en une forme de transhumanisme.
                                Si l’on rend libre les brevets et que l’on distribue les méthodes de fabrication on éradique le cancer. (ce qui pose d’autres problèmes derrière quand à l’évolution de l’espèce humaine, des problèmes de surpopulation, cela enverrai aussi le message qu’on peut faire n’importe quoi avec la nature et avec son corps si l’on ne risque plus rien derrière...)
                                Autre possibilité, bcp plus plausible dans notre environnement marchandise, on commercialise ces nanites avec des systèmes d’obsolescence programmé. On les vends des millions pour « éviter » que trop de gens y ai accès avec obligation de les renouveler sous peine de mort du coup...On peut imaginer ensuite le résultat en terme sociétal (plusieurs classes de populations, esclavage...)
                                Certaines technos peuvent être révolutionnaire et géniales à titre individuel mais catastrophiques en terme collectif avec plein de degrés divers entre les deux évidemment...


                                • Corinne Colas Corinne Colas 21 novembre 2014 16:36
                                  Comme d’autres plus haut, j’ai écrit sur ce sujet un article qui s’intitulait : « L’homme tomate » . En effet, la dénonciation du transhumanisme ne rencontre pas beaucoup d’écho. Est-ce « normal » ?

                                  Le transhumanisme, la continuité d’un rêve propre à l’homme depuis la nuit des temps, nous y baignons au quotidien. Je ne pense pas qu’il soit peu connu, beaucoup au contraire ont même décidé d’en louer les « bienfaits » sous prétexte de technologie.

                                  La technologie dépendant de la science, un débat sur les orientations que nous voulons donner à la recherche, serait plus fructueux à mes yeux. A l’instar des buts poursuivis par la fondation « sciences citoyennes » qui disait ceci sous la plume de Jacques Testart notamment :

                                  « Que les chercheurs prennent en compte le tiers secteur scientifique – savoirs profanes, associations de malades, scientifiques amateurs, organisations citoyennes et militantes – comme de réels interlocuteurs. Que ces chercheurs en appellent à la société dans son ensemble pour décider des choix technoscientifiques (politiques technologiques, énergétiques, agricoles, sanitaires...) qui engagent la société d’aujourd’hui et celle de demain. Et ils seront alors soutenus par le grand public. »


                                  Il nous faut donc montrer régulièrement notre intérêt pour ces questions...

                                  • sleeping-zombie 22 novembre 2014 17:38

                                    je suis sûr que la première fois qu’on a accroché une jambe de bois à un amputé, y a bien un curé pas loin qui a crié au sacrilège...

                                      Lire les 10 réponses ▼ (de Corinne Colas, sleeping-zombie, Victoria de Béhagle, Francis, agnotologue)

                                    • Victoria de Béhagle Diane de Béhagle 24 novembre 2014 11:39

                                      La promesse du bonheur ? Nous y voilà. Merci Monsieur James Hughes, vous êtes le Sauveur ! http://www.challenges.fr/economie/20141122.CHA0587/pourquoi-le-cyborg-est-l-avenir-de-l-homme.html

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON



Publicité



Les thématiques de l'article


Palmarès



Publicité