L’origine de la Gauche et de la Droite en France n’est pas précisément
celle que décrit l’auteur de cet article : ont été dits « de Droite » les
représentants du Clergé et de la Noblesse, ont été dits « de Gauche » les
représentants du Tiers-Etat. Ce vote de 1789 portait sur le maintien ou
non du droit de Veto royal.
Les gens de Gauche dont il est question ne furent donc pas forcément ces
gens qui ne possédaient rien voulant s’enrichir : il y avait, certes, des gens de classe populaire, mais aussi une grande
proportion de bourgeois influents, spoliés du pouvoir depuis des
décennies, qui exigeaient leur revanche sur les deux clans dominants
historiques, pour prospérer sans restrictions dans leur développement
industriel alors en cours autant que pour développer des valeurs humanistes.
Aussi une nuance doit-elle s’établir lorsque l’on parle de ceux qui
avaient des « biens à défendre », puisque cette position pouvait dès le
début correspondre à des motivations « de Gauche », j’entends par là celles des
bourgeois du Tiers-Etat.
Deux siècles plus tard, les choses ont-elles tant changé ? Ne
trouve-t-on pas des bourgeois « éclairés » à Gauche, au côté de
prolétaires « pur jus » ?
L’argumentation de l’auteur qui met le vote à Droite des Pauvres sur le
compte du clientélisme ne tient donc pas : si elle est plus soutenue en
verbiage que la phrase lapidaire de Mélenchon, elle me paraît aussi
« courte » en vue. Le vote à Gauche des pauvres est beaucoup plus
important en nombre que leur vote à Droite (et heureusement !), ce n’est
pas parce qu’il y a une tendance conjoncturelle à voter pour la Droite
qu’il faut en faire cas aussi définitivement.
Les votants pour Jacques Médecin, les Tibéri qu’on a pu voir se
gargariser du « dévouement » de leur maire pour leur ville, ne me semblent
pas avoir été de prolos de Nice ou de Paris Vème, il me semble ...
Ce qui me gène, dans l’argumentation développée par cet article, en somme, c’est qu’on préfère imaginer un populace crasse se vautrant dans
la compromission de la « lèche » pour expliquer qu’elle vote parfois à
Droite. Disons plutôt qu’elle en est venue à bouder ses représentants
« légitimes » à force de trahisons politiques de leur part : la « rigueur »
de Mitterrand, les privatisations de la dite Gauche moderne, le discours
martial anti-pauvres et anti-immigrés de ceux qui se veulent les
représentants du Peuple alors qu’ils sont eux-mêmes des agents de la
reproduction des élites et des inégalités.
Finalement, en 2007, 47% des votants auraient voulu croire qu’ils
votaient à Gauche, mais votaient pour une autre Droite, moins arrogante
peut-être mais certainement pas pour les défenseurs de leur Classe. L’an
prochain ne pourra pas se passer mieux, je pense : DSK ou la fille
Delors, sans aucun doute ... Ce ne sera pas un élector-ochoc, en tout cas.
En attendant, les chaises tournent et les magouilles de Mouche A M sont
remplacées par les casseroles de Longuet et Juppé ... Au moins, ça me rassure, ce
n’est pas ça qui va séduire les Pauvres !