Nicolas Sarkozy a également annoncé que les hôpitaux publics seront intégralement financés à l’activité en 2008 (à 100%) au lieu des 50% actuellement.
Qu’est-ce que la tarification à l’activité (T2A) ?
A une maladie donnée, le gouvernement et ses « experts » ont défini un « coût moyen » qui inclut le traitement, la durée de séjour,... et l’hôpital perçoit pour chaque malade hospitalisé le budget correspondant à ce coût moyen. Si le malade nécessite plus de soins et que son hospitalisation nécessite plus de budget que l’enveloppe prévue par « le coût moyen par maladie », l’hôpital aura moins de budget pour soigner les autres malades.
La T2A, c’est l’interdiction pour les hôpitaux de soigner
les patients nécessitant trop de soins afin de respecter l’enveloppe financière indépassable qui a été fixée en début d’année par le gouvernement.
Avec la T2A, cela signifie moins de budget
- moins de soins, moins d’examens, moins de médicaments, moins de médecins, moins de personnels (le personnel représentant 68 % du budget de l’hôpital). Si moins de personnels, plus de lits fermés, moins de malades
- moins de malades soignés, moins de personnels
- fermetures, regroupements, mutualisation des services, des personnels dans le cadre des pôles et entre hôpitaux.
Les hôpitaux, déjà confrontés aux plans d’économies, sont contraints avec la T2A d’avoir une activité basée sur l’argent, de ne plus soigner et de sélectionner les malades afin de réaliser les économies décidées par le gouvernement (plus de 400 millions d’euros pour l’année 2007).
Si moins de budget, il y aura moins de personnel alors que la situation est déjà intenable. Les effectifs dans les services, les ateliers, bureaux sont insuffisants et ne permettent plus d’assurer correctement le fonctionnement de l’hôpital et les missions de service que sont en droit d’attendre la population et les malades.
- Dans une lettre ouverte au Directeur de l’Hôtel-Dieu, les personnels avec le syndicat force ouvrière expliquent :
« aux urgences et au service porte : en l’absence de véritables salles d’attente, les malades attendent dans un couloir étroit sur des brancards, aux côtés d’autres, à la vue de tous. Les repas pour les malades ne sont pas donnés en nombre suffisant et selon les régimes particuliers de chacun. Les collègues donnent leur collation aux patients arrivant aux urgences médico-judiciaires ou hospitalisés au service porte en début de soirée ou pendant la nuit faute de repas suffisant »
« l’ouverture de 8 lits supplémentaires en chirurgie thoracique nécessitent une AS et une IDE sur chaque équipe
- à ce jour les postes ne sont toujours pas pourvus et les lits non ouverts »
« l’équipe de suppléance de jour était de 15 aides-soignantes en janvier 2007. L’effectif est aujourd’hui de 3 AS ce qu génère des difficultés de fonctionnement dans les services. Les IDE sont amenés à effectuer les tâches d’AS au lieu d’exécuter leur rôle propre »
- Sur le Groupe Hospitalier Broca-La Collégiale-La Rochefoucauld, les personnels avec les syndicats CGT,FO et SUD indiquent :
« dans une unité de soins : sur un effectif de 11 agents planifiés pour le matin, il n’en reste plus que 7 du fait des départs et congés maladie non remplacés
- nous sommes le plus souvent 3 AS pour 35 malades à prendre en charge le matin et 2 AS de garde le week-end »
« services mutualisés entre les Broca et La Collégiale
- 2 postes de moins au magasin ; 1 de moins à la Bibliothèque de Broca et 1 autre à la bibliothèque de La Collégiale ; 1 coursier de moins ; pharmacie : 2 préparateurs en moins ;
- accueil de La Collégiale restructurée : 3 postes en moins »
« les élèves infirmières et aides-soignantes en stage plus nombreuses que le personnel de l’hôpital »
« les équipes de nuit à 2 infirmières et 7 aides-soignants pour 135 malades dont 1 aide-soignant tout seul pour 15 malades dans une unité excentrée »
« au brancardage : 1 AS en moins depuis 9 mois, 1 deuxième depuis 1 mois et actuellement 2 agents en CDD. Pendant plus d’une semaine, il n’y a eu qu’un seul agent en CDD pour tout l’hôpital : 458 malades ! »
- Sur Bretonneau, la section FO a fait part de la situation des personnels et des malades au Directeur Général de l’AP-HP, lors de sa visite du 13 septembre 2007, :
« bien souvent, on nous appelle au pied levé pour remplacer des collègues manquant... On ne comprend pas, on nous dit sans cesse que nous sommes à l’effectif requis, mais nos conditions de travail nous prouvent le contraire »
« de garde, il y a aujourd’hui 3 infirmières pour les 3 maisonnées, c’est à dire pour 45 patients... comment doit-elle faire ? »
« si dans une aile, un patient se trouve mal ou s’il y a deux urgences à la fois, que doit faire l’infirmière qui se trouve seule sur deux ailes ? Quel patient doit-elle choisir ? »
« l’aide-soignante se trouve seule de garde pour 16 malades... Et ce n’est pas parce nous sommes en SSR que les patients se couchent seuls ou sont autonomes, bien au contraire... »
« souvent nos plannings changent, nous sommes obligés de modifier nos jours de repos au détriment de notre vie familiale »
« par manque de temps et de personnel, nous sommes contraints de travailler vite, sans prendre le temps de parler avec nos patients... »
« les agents hospitaliers qui ont quitté les maisonnées n’ont pas été remplacés »
« le rythme qui nous est imposé ne respecte pas celui du malade et bouscule ses anciennes habitudes alors qu’on nous demande de préserver un maximum de ses anciennes habitudes de vie... »
« on nous impose un quota d’aide-soignant par lit. Or le malade peut parfois prendre plus de temps par moment ; il faut être parfois deux pour un patient qui ne va pas bien ou un patient lourd... surtout en ce moment où les lève-malades sont en révision à tous les étages »
Qu’a répondu M. Benoit Leclercq ? « Il faut réfléchir au mode d’organisation. Sur vos demandes d’effectifs, ce sera fonction de ce que l’hôpital aura comme ressource propre. »
Alors que les personnels n’en peuvent plus, que leurs conditions de travail se dégradent chaque jour un peu plus, qu’ils changent leurs horaires, leurs week-end, qu’ils ne peuvent pas prendre leurs repos (plus d’un million d’heures dues par l’AP soit l’équivalent de plus de 5000 emplois) qu’ils sacrifient leur vie de famille, le Directeur Général répond : « vous n’aurez rien de plus comme personnels, faites avec ce que vous avez et vous devrez faire encore plus d’efforts et revoir vos horaires ».
A quoi cela aboutit ? A Beaujon : 352 lits sur 458 ont été occupés en moyenne sur les 6 premiers mois de l’année 2007
- 100 lits fermés par manque de personnels.
Et un plan d’économie de 3,3 millions d’euros vient d’être annoncé pour 2008 alors qu’en 2007, il était de 2,3 millions d’euros. 3 millions d’euros, ce sont près de 80 postes en moins à l’hôpital
- non reprise des Aides-Soignants sortant de l’école alors qu’il y a des postes vacants et près de 30 AS actuellement sur mensualités de remplacement ; pas de remplacement des départs, pas de renouvellement des CDD agents hospitaliers, ... N’est-ce pas la même situation dans tous les hôpitaux ?
Les personnels du service de psychiatrie avec les syndicats FO,CGT et SUD de l’hôpital Albert Chenevier, confrontés à la même situation, demandent l’embauche de 13 IDE et 3 AS, postes actuellement vacants.
Le syndicat Force Ouvrière propose à l’ensemble des personnels de rassembler par service et par équipe les besoins en effectifs nécessaires.
* Embauche du personnel nécessaire dans toutes les catégories
* Titularisation de tous les contractuels et ouverture des concours
* Non à la mobilité, à la flexibilité horaire, à la grande équipe.
* Respect de notre Statut