Ce texte « en direct live dans la tête d’un enqueteur » m’a fait rire. Je suis moi-même enquêteur depuis plus de deux ans, et j’y ai retrouvé pas mal de choses que je vis au quotidien, notamment cette sensation de bras de fer perpétuel avec le sondé à qui il faut absolument soutirer un avis sur tout. En effet, le « ne sait pas » est à eviter au maximum.
Néanmoins, j’aimerais apporter une ou deux nuances. Lorsque l’auteur explique qu’on doit soutirer au sondé une réponse par *n’importe quel moyen*, ça n’est pas tout à fait vrai (en tous cas ça n’est pas vrai dans la boite ou je travaille). Par exemple, il est strictement interdit de suggérer une réponse du genre « Dupont non ? ». L’enquêteur qui se fait écouter en orientant ainsi la réponse se fait tirer les oreilles par son supérieur. La consigne, pour les sondages politiques comme pour ceux de consommation est de se borner à répéter la totalité des réponses possibles inscrites à l’écran. Ensuite, les relances autoritaires du genre « répondez maintenant ! » seraient contre productives. Le sondé en question, qui n’a rien à gagner à passer parfois une demi-heure au téléphone, raccrocherait vite fait s’il était malmené. On est plutôt obligé d’être très poli et le plus neutre possible pour ne heurter aucune sensibilité. Par contre, jouer les violons est assez efficace pour garder son sondé jusqu’au bout. En effet, pas mal de gens ont de la compassion pour les enquêteurs. Ils répondent souvent, nous disent-ils « parce que je sais que vous faites un boulot pas facile ».
Pour ce qui est des questions politiques, sans doute que la méthode diffère d’un institut à l’autre, mais là ou je bosse, les listes ne commencent pas par les grands candidats, loin s’en faut. Nous commencons par l’extrême gauche (Arlette laquiller) et balayons tout le spectre politique jusqu’à l’extrême droite (les verts se situant dans notre liste pile entre la gauche et la droite). Donc, sur cette question précise (la liste des candidats), il n’y a aucune manipulation pour pousser les gens à choisir un « gros candidat ».
Si les sondages ne sont pas aussi représentatifs que les instituts le voudraient ou le prétendent, c’est peut-être plus par approximation que par malhonneteté ou manipulation décidée en haut lieu. Exemple : au fil du sondage, et c’est d’autant plus vrai s’il dure longtemps, l’attention du sondé se dissipe. Dans certains cas, si le sujet ne le passionne pas, il va répondre la première réponse proposée, celle ci étant en générale la réponse positive, c’est à dire « oui » ou « tout à fait d’accord ».
Après, on pourra arguer que cette approximation est voulue et qu’elle sert telle ou telle cause. Très franchement je ne sais pas. Disons que ces outils de mesure sont imparfaits et on peut en effet imaginer que cette imperfection, instrumentalisée, profite à telle ou telle « clientèle », politique ou autre.