Je n’ai pas été très clair malheureusement dans l’article, quant à l’existence d’un livre téléchargeable gratuitement qui explique tout ça et offre une réelle alternative. Mais ce livre est un outil qui me semble idéal pour parvenir à ces objectifs, ainsi que la communauté que nous sommes en train de créer en parallèle.
Je suis tout à fait d’accord. Je dirais même que c’est respecter davantage notre nature profonde qui à mon sens est davantage faite de partage et d’équité, que d’individualisme et d’oubli de soi et des autres.
La hiérarchisation figée n’a pour moi aucun sens. Je ne peux être le plus intelligent en tout, parfois je peux avoir mieux à dire et parfois ce sera l’autre. Si je suis le chef de l’autre, je prendrais de mauvaises décisions alors qu’il en aurait pris de meilleures et il sera limité dans sa liberté, et s’il est mon chef, je serais toujours limité dans ma capacité à agir et vis à vis de tout ce que j’ai à apporter.
Malheureusement, la quantité à primé sur la qualité durant des siècles et beaucoup pensent que s’organiser, c’est diriger, et que dans le cas contraire c’est l’anarchie !
Je crois bien au contraire que le monde est entré dans une nouvelle ère de son histoire où notre capacité à partager avec tous les informations utiles aux décisions permettent à tous d’apporter des points de vue utiles.
Mais là encore, nous sommes enfermés dans une culture du débat et de la confrontation, et nous avons oublié ce que veut dire discussions constructives... J’espère que mon livre pourra partager avec un plus grand nombre les éléments qui favoriseront la prise de conscience que nous sommes enfermés dans beaucoup de visions faussées du monde et de l’humain.
« Les pôles action et réflexion doivent former un ensemble dont il ne faut pas séparer les élements » disait Paulo Freire. Je suis tout à fait d’accord que c’est par l’action que la réflexion se constitue, ou tout au moins se renforce.
Cela fait 7 ans que je lutte par le bas, et c’est en luttant que j’ai appris ce que je sais notamment et principalement grâce aux autres. Et pour citer encore Paulo Freire :
« Ce que nous avançons dans cet essai n’est pas le fruit de rêves intellectuels, et ne provient pas non plus de simples lectures, même si celles-ci nous ont beaucoup servi. Nos affirmations sont toujours ancrées sur des situations concrètes. »
Le lieu semble peu adapté à discuter de façon constructive, toutefois je vais tâcher de répondre ici sans pour autant promettre d’être clair sur des sujets qui réclament une analyse plus poussée.
Pour
mieux nous comprendre, il faut distinguer ces deux choses :
d’une part un « théorème du jury » qui laisse espérer
que cette vérité théorique corrobore l’intuition de pouvoir
approcher – par une technique de consultation des citoyens - la révélation de la plus pertinente des propositions présentées.
d’autre part une technique de « cahiers de doléances »
qui a justement pour but de faire accéder
chacun des citoyens au « processus
d’élaboration de la proposition elle même »
Je serais assez circonspect face à l’idée d’une " démocratie
délibérative" Le
pari démocratique relève certainement plus de la foi en la capacité
de chacun à participer à la révélation des propositions les plus
pertinentes … qu’en l’idée d’un accompagnement (ou pire d’un
guidage) des consciences, savoirs, compétences ou visées
prospectives ...
("La
démocratie
est fondée sur l’idée d’une compétence égale
de tous.« - Jacques Rancière)
Les deux aspects mentionnés : d’un côté la vision classique du consensus qui s’oppose à la notion de consentement (ou de consensus apparent), et de l’autre, le principe de pouvoir participer au processus d’élaboration de la proposition.
Remarquons que dans le cas du consentement, nous n’avons pas le choix : il faut participer au processus d’élaboration de la proposition pour pouvoir réellement obtenir le consentement à large échelle. Ce qui fait que tout de même, les deux points sont bel et bien liés, au moins dans le cas du consentement.
Et d’ailleurs Urfalino énonce : »Le souci d’une participation plus égalitaire à la délibération heurte
frontalement la conception de l’égalité politique qui a jusqu’ici
prévalu dans les démocraties«
La démocratie grecque est effectivement basée sur cette conception d’une égalité entre tous. Mais il semble que c’est une erreur de penser que nous sommes égaux sur tous les sujets. Et également les origines non occidentales de la démocratie sont une fois de plus tout à fait ignorées ainsi que toutes les autres conception qui entrent dans ce cadre d’un pouvoir populaire.
Nous sommes conditionnés à voir la notion de pouvoir populaire comme incarnée par une égalité de vote entre tous, alors qu’il y a d’autres conceptions qui parlent d’équité décisionnelle.
Le consensus » à la grecque " fait peser un choix quelconque sans considération de valeur, qu’il s’agisse d’une simple préférence pour une quelconque option même si elle ne se base sur rien, ou même un choix totalement aléatoire aura la même valeur que tout autre votant. Il n’y a en réalité aucun besoin d’argumenter dans le consensus puisque le simple fait de choisir octroie immédiatement une égale valeur face à tout autre point de vue.
L’évolution dans le cadre d’un principe d’égalité de vote est allée de l’espérance de la découverte d’une bonne règle
d’agrégration pour prendre une bonne décision (l’espoir de Condorcet
d’obtenir une « décision vraie ») à la recherche moins ambitieuse des
règles dont le résultat représente la distribution des préférences
individuelles de la moins mauvaise manière possible (Black ,Arrow,
Guilbaud..)
En parallèle, il semble y avoir de plus en plus consensus
des avis sur la qualité d’un accord final dans la pratique d’un « consentement de tous », comme étant le moyen le plus efficace d’obtenir la meilleure décision possible pour la collectivité. Et c’est le consentement que l’on pratique naturellement ;
3 amis décident d’acheter un pot de glace et il y a deux choix : fraise, ou vanille. Deux préfèrent la fraise, mais ils aiment bien la vanille. Le troisième est allergique à la fraise, il ne peut manger que la vanille. Dans un consensus majoritaire classique, les trois amis achètent le pot de fraise (2 contre 1) et l’un ne mange pas. Dans une pratique de consentement ils achètent le pot de vanille puisque la préférence a moins de valeur que l’objection. C’est une pratique d’ailleurs très répandue aussi dans des regroupement d’experts comme la cour constitutionnelle en Italie et de multiples exemples. C’est un large sujet de façon générale, et la lecture du livre apporte quelques réponses.
Quand au point concernant le principe de participer à l’élaboration de la proposition. Là encore, il faut s’intéresser au champ de l’intelligence collective pour comprendre l’intérêt considérable et les liens qu’il peu y avoir à s’intéresser à « ce qui est essentiel » davantage que de s’intéresser à « Tout l’agrégat de points de vues et de préférences ». L’intelligence collective rappelons précise les paramètres qui peuvent moduler la synergie. La synergie est par définition plus efficace ! C’est un principe simple 1+1=3. Une synergie négative est moins performante qu’une synergie positive. Plus l’intelligence collective est déployée, et plus nous sommes efficaces.
Et il y a là encore unanimité ou presque pour énoncer que nous sommes plus efficaces en prenant en compte l’essentiel et en faisant primer l’équité et l’adaptation à ce que nous sommes en train de faire : le leadership statique n’est pas le plus optimal (bien que jusqu’à aujourd’hui il s’imposait dans de large groupes en raison de l’absence d’holoptisme), et la meilleure décision émerge du consentement, c’est à dire là encore, en sachant prendre en compte l’intensité du point de vue.
La problématique majeure est que le concept d’équité est dangereux : dans le cadre d’une équité décisionnelle, on va vite craindre les abus en disant que quelqu’un va bloquer une bonne décision avec une fausse objection argumentée par exemple. Mais là encore, il existe des réponses à ces limites bien réelles et il faut les étudier pour pouvoir prétendre qu’elles représentent un réel blocage.
Enfin, je ne cherche absolument à convaincre de mon côté de la pertinence de profiter d’un maximum d’intelligence collective, ou du comment, considérant que les problématiques majeures d’aujourd’hui nous obligent à nous rassembler et à nous entendre, et que le temps prouvera l’obligation de remettre en cause nos méthodes et à expérimenter de nouvelles. Hors tous ceux qui ont vécu en petits groupes des méthodes de participation qui impliquent de pouvoir changer la proposition et profiter d’un consentement de tous sont unanimes sur le fait qu’ils ont trouvé ainsi les meilleures décisions.
Toutefois, les mécanismes de ces processus sont totalement incompris, voire inconnus, et ne sont pas encore exploités de façon optimale à large échelle. C’est une énorme continent inexploré qui est lié à la fois à la conscience, l’attention, la synergie, l’intelligence collective, etc, avec ses propres limites et spécificités.
J’espère avoir pu partager un avis suffisamment clair ce n’est pas évident dans ce cadre.