Proposer de prendre l’intérêt général humain comme ligne politique
et vision stratégique se situe nécessairement « hors partis », non
pas au sens d’une hostilité à l’idée même de parti, mais en dehors des partis actuels
parce qu’ils ne « correspondent » pas à la réalité sociale
mondialisée, dominée par un individualisme intéressé. Ce ne sont pas seulement
les institutions de la Vème République qui sont à bout de souffle.
L’intérêt général humain, c’est ce qui peut parler à toutes et tous, ce qui concerne l’ensemble de
la société française quelles que soient la situation sociale de chacun, son
appartenance de classe vécue ou niée, sa position et sa fonction économiques
dans les rapports de production capitalistes d’aujourd’hui. Ces données,
objectives et subjectives, sont forcément prises en compte dans les propositions différenciées de programmeet d’organisation qui sont, pour cette
stratégie, ses moyens d’existence et de vie.
Il est plus que temps de comprendre et d’admettre que nationalement, les partis ne sont plus
en phase avec leur « temps », ne l’expriment ni essentiellement ni
existentiellement, et donc ne sont pas entendus par celles et ceux auxquels ils
essaient de s’adresser.
C’est l’une des raisons de l’abstention massive et
consciente des gens lors d’élections nationales, alors que celle-ci est moindre
lors d’élections générales locales, comme si, à ce niveau de proximité relative,
une correspondance ou une communication étaient encore établies.
Cette analyse a conduitJean-Luc
MELENCHON à fonder un « mouvement » avec tout ce que cela implique
de mobilité et de dynamisme, mais aussi d’aléatoire et de fluctuant, d’incertain
donc de « risqué ».
D’où la crainte des « vieux
croyants » qui, dans la moins pire des hypothèses, alimente leur hostilité à cette nouveauté, se posant en
irréductibles gardiens des vieilles recettes ayant « fait leurs
preuves », propriétaires des « boites à outils » et autres
instruments d’intervention dans la réalité sociale de leurs habitudes ou de
leurs préjugés.
Cet entêtement les conduit logiquement à combattre tout
ce qui se propose en dehors des sentiers rebattus.
Aujourd’hui, avec plus ou moins d’honnêteté
intellectuelle, mais avec un vocabulaire toujours choisi, les tenants de cette
logique réduisent cette innovation à une équipée individuelle et solitaire donc
aventuriste, quand elle n’est pas rapportée à des expériences anciennes, récusées par les gens de gauche « normaux »,
comme dirait l’autre : « ni César, ni tribun », pensent-ils,
disent-ils aussi.Comment se faire entendre par qui est délibérément ou
involontairement sourd, et qui, malgré le vacillement de ses vielles croyances, s’y
raccroche encore tout en en cherchant de nouvelles, de préférence à l’image de
celles qui l’abandonnent ?
D’où l’éternel retour de « la question », posée ouvertement ou sous-jacente : Jean-Luc
MELENCHON est-il crédible ? Sincèrement, vous y croyez, vous ? Parce
qu’enfin, ce n’est pas un homme neuf, il a fait partie, et même parti, d’un
passé controversé pour la « gauche », et en plus il ne le renie
pas !Et si l’opposition à l’homme-Mélenchon ne servait qu’à
masquer des raisons autres comme : le refus de propositions de programme,
et aussi, peut-être, la perte possible de situations personnelles acquises dans
l’activité partisane, que le « mouvement », dans sa forme actuelle, remet
forcément en cause ?
Mais alors, qui ? On n’en est pas encore à l’idée
folle d’une primaire interne au PCF, mais déjà des bouts de nez commencent à
pointer, un ventre de sénateur, une moustache à l’ancienne…
Et le temps passe…
Dans un passé qui décidément ne
passe pas, dans des résolutions et déclarations solennelles, le PCF a regretté très
officiellement et sincèrement les hésitations, les « retards » pris à faire siennes des nouveautés
historiques déstabilisantes, lors des débuts de la déstalinisation, lors des
mouvements sociaux et évolutions des mœurs de 1968 et après, à propos de questions
théoriques, de débats idéologiques…
Quelle appréciation pourra-t-il porter, dans quelques
mois, quelques années ( ?), sur ce temps qui passe depuis des mois, sur ce
temps qui le dépasse ?
Cela se résumera-t-il à ce constat : « nous
n’avons pas été à la hauteur » ? De quoi ? Tout bonnement de ce
qui fut son orientation politique d’ouverture et d’invention, à savoir :
l’intérêt général humain, base de l’union populaire. Pourquoi ? Parce
qu’il est aujourd’hui animé par quelqu’un d’autre ? Dommage.