Notre dialogue n’est donc pas clos. C’est bon signe. Essayons de clarifier, une nouvelle fois, nos points de vue. Ils sont suffisamment différents pour susciter des dérapages, plus ou moins contrôlés, au cours de nos argumentations « en temps réel »... Cela anime la forme du débat, mais, en élévant la poussière, obscurcit le fond de l’échange...
L’histoire ne m’intéresse qu’en ce qu’elle ouvre à meilleure intelligence du présent, et, par voie de conséquence, à plus fine stratégie pour demain. Sur Agoravox, je réagis, parfois, à des propos excessifs ou démésurément orientés en la matière, non pas en professeur d’université, mais en logique de discours. Devrais-je ainsi répondre à vos propos sur les Beni Hassan ? On n’en finirait plus... Lisez Pierre Bonte, par exemple, ou Cheikh ould AbdelWeddoud, ils complèteront, efficacement sur le plan scientifique, croyez-moi, vos approximations doctrinales. Je sais que vous aimez lire et vous êtes assez intelligent pour en déduire tout ce que je ne vous ai pas dit d’« armes » dont je ne tiens pas à faire usage. Merci d’en tenir compte.
Quittons, en ce bilan historique, le terrain des humiliations et des massacres. La Mauritanie a ceci d’exceptionnel qu’elle n’a pratiquement pas connu le joug de la colonisation, et qu’à bien des égards, le terme de pacification convient justement à la période française. Mais, l’intelligence, rare, d’un Coppolani, qui sut apprendre l’arabe et étudier, avec coeur, l’islam et les conditions locales de la survie, cache de plus lourdes pesanteurs. Prenons, par exemple, la politique hydraulique des années 50.
L’époque est aux grands programmes productivistes, de l’URSS aux USA : summum, probablement, du règne de la quantité... S’appuyant sur de telles études, on programme, sur toute l’étendue de la bande sahélienne, le percement de dizaines de milliers de puits, assurant ainsi la sédentarisation des hommes et de leurs troupeaux. Mais on oublie l’impact sur le manteau fourrager, extrêmement sensible ces zones. Avec le retour d’un cycle de sécheresse - les années 70 - la catastrophe écologique se révèle, et ses conséquences, terribles : on ne meurt pas de soif - l’accès aux eaux du sous-sol est assuré - on meurt de faim, humains après bestiaux - les méthodes traditionnelles de gestion de telles crises ont, elles, été détruites, par le nouvel ordre productif.
Lorsque Coppolani rentra en pays maure (plus d’un million de km2 : presque 2 fois la France !), il y trouva moins de trois cent puits, très précisément situés, à la suite de complexes concertations entre les tribus, axées traditionnellement sur une connaissance intuitive, affinée, quotidienne, des équilibres socio-écologiques de la zone. En 1960, leur nombre a été multiplié par 5 ; dix ans plus tard, par 10. Le déséquilibre est patent, peut-être irréversible (plusieurs milliers d’espèces végétales ont, à ce jour, disparus ; pratiquement toute la faune sauvage...).
La rupture écologique est aussi sociale. En premier lieu, les hommes porteurs de la « science » traditionnelle de l’environnement ont disparu, avec les modes ancestraux d’adéquation au milieu nourricier. En second, la population, fuyant massivement une nature désormais mortifère, et ne sachant plus comment s’adapter à cette révolution, s’entasse dans des cités totalement inadaptées, elles aussi, à ce flot de bédouins, ignares, pour couronner le tout, de la vie urbanisée. Ainsi, la capitale, Nouakchott, qui ne comptait pas trois mille habitants en 1960, abrite, en 1975, plus de deux cent mille âmes (alors que les plans d’urbanisme, élaborés avec les français, ne prévoyait le dépassement des cent mille qu’en l’an 2000...).
La rupture sociale est, enfin, on le comprend,spirituelle. Certains ont cru, dans les années 60, qu’il suffirait de balayer l’antique foi, supposée juste adaptée à la frustre bédouinité, d’un autre âge, assurément, pour accéder à cette liberté de consommation, si éblouissante dans les pages de Paris-Match... Mouvement de balancier vingt ans plus tard : le retour du religieux signifie, pour une part, la fin d’un mythe.
L’autre part, dont je ne peux tout de suite évoquer l’importance (le cyber d’où je vous écris ferme ses portes), est essentielle à l’appréciation des mouvements actuels en islam, et des potentialités pour demain. Nous y reviendrons, prochainement, je l’espère. Portez-vous bien.
02/11 15:43 - ibraluz
à Ka Merci de votre réponse qui nous rapproche encore un peu plus... Je regrette un peu de (...)
13/10 01:41 - ka
@ Ibraluz Désolée de vous répondre aussi tard mais j’ai très peu de temps à moi en ce (...)
04/10 14:08 - Ibraluz
à Ka Jusqu’à présent, je n’avais entrepris de m’adresser directement à vous, (...)
24/09 22:16 - ka
@ Spirou Avant de vous répondre j’aimerais d’abord que l’on fasse une (...)
21/09 01:56 - ka
Spirou j’ai lu votre post, je le trouve très intéressant, j’essayerais de vous (...)
21/09 01:51 - ka
Bonsoir Patrick J’arrive toujours trop tard dans les fils de discussion, désolée. Merci (...)
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