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Commentaire de ibraluz

sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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ibraluz (---.---.64.110) 10 août 2006 16:34

C’est vrai, Papy, on avance un peu. On aimerait vous lire vous-même un peu plus, d’ailleurs...Quant à moi, je crois le moment venu de préciser quelques notions, probablement utiles, avant de reprendre le cours de ma précédente intervention, incomplète.

L’intérêt d’une discussion avec Patrick tient surtout à la fermeté de sa position. Il est athée, croit aux Lumières, et, semble-t-il, en l’homme. Son combat de foi, volontariste, fait de lui un lieu d’espérance. Cela situe ses limites - nous avons les notres - et celles de l’échange. Celui-ci nous interroge MUTUELLEMENT sur trois points essentiels :

Dans mon propre univers, ma propre culture, il y a-t-il des maladies spécifiques ? Sont-elles curables ? Ou faut-il s’en accommoder ? La différence que porte l’autre peut-elle susciter diagnostics et médecines ?

Mes idées sur l’autre sont-elles pertinentes, mesurées, « réfléchissantes » ? Ma façon de les exprimer, mes sources d’informations ? Que puis-je remettre en question de mon point de vue, en toute fidélité ?

Quels sont les points essentiels à la pensée de mon interlocuteur ? Une fois exprimés les miens, et mes éventuels désaccords, suis-je en mesure de respecter cette intimité ?

Vous nous demandez souvent, Patrick, de nous remettre en cause à la lumière de l’Occident. Entendez-vous la proposition inverse ? Y a-t-il, en islam, des médecines pour le monde ? Musulmans, nous le pensons,sincèrement, en pleine humanité. La réponse à cette question passe par un double mouvement. Nous devons comprendre, en profondeur, la situation présente, ses racines, ses potentialités. Nous devons y assurer notre présence, notre foi, notre témoignage.

Cette assurance passe par un centrage résolu sur notre base : le Saint-Coran. De même qu’un chrétien ne peut pas renoncer à l’incarnation divine en Jésus, miracle NECESSAIRE ET SUFFISANT à sa foi, de même un musulman ne peut pas renoncer à l’expression divine du Saint-Coran. On se purifie rituellement avant d’en toucher le moindre exemplaire, on hésite à commenter, à confiner le sens d’un seul mot dans une interprétation, forcément relative, on espère de tel ou tel verset les plus heureux effets, « magiques » ; bref : notre vénération, qui n’est pas adoration, est extrême. Nous comprenons qu’elle vous soit totalement étrangère, mais respectez-la, en étudiant, plutôt, ses fruits positifs, que ses débordements, parfois excessifs.

L’autre mouvement, qui nous rapproche, par ses ouvertures rationalisantes, beaucoup plus, ne s’oppose pourtant pas au premier. En nous invitant à étudier, le plus précisément possible, le CONTEXTE initial du TEXTE Sacré, il nous permet d’extraire les principes les plus intemporels de celui-ci.

Prenons, par exemple, les versets « guerriers », voire « sanguinaires », souvent cités, non seulement par des critiques de votre trempe, Patrick, mais aussi, par des musulmans surexcités, en guise d’explications/justifications de crimes variablement innommables. Ces appels au meurtre sont révélés dans les derniers mois du conflit entre les musulmans et leurs compatriotes polythéistes. Ils visent à produire l’effroi, à démoraliser l’ennemi. Et ça marche : La Mekke est conquise sans quasiment aucun combat. Le conflit armé, qui a duré plus de dix ans, s’achève sur un bilan assez mesuré des pertes en vie humaine : moins de 500 guerriers, pas des civils, notons, en passant, cette nuance d’un autre âge...

Chaque fois que j’ai l’occasion, et je suis très loin d’être isolé en cette démarche, de rappeler ce genre de réalités à mes frères et soeurs en religion, manifestation quelconque,livre, radio, télévision, etc., je ne manque pas de souligner cette nécessité de contextualiser avant de généraliser. L’éducation islamique que nous voulons pour nos enfants repose sur ce principe. Sans présumer de la valeur intime du Saint-Coran, le mode de sa révélation, le rythme de celle-ci, les lectures qu’en a faites, en diverses occasions, le prophète, les actes qu’il en a déduits, la globalité du Message, tout cela, sans compter la valeur des réflexions de nos prédécesseurs, chacun en son temps spécifique (et formant, celles-ci, ce que l’on appelle le fiqh ou la jurisprudence), tout cela, disais-je, est indisociable d’une lecture éclairée des fondements islamiques.

Comment mener oeuvre éducative dans un monde déséquilibré ? Beaucoup d’excès sont à imputer, non seulement à l’ignorance - de sa propre culture notamment, et les ruptures que je signalais plus haut y sont pour beaucoup - mais aussi au sentiment aveuglant de l’injustice. Me comprenez-vous mieux, à présent, Patrick ?

Enfin, je vous prie de préciser votre surprenante affirmation concernant la condamnation à mort d’homosexuel(s) en Mauritanie, où la discrétion, en matière sexuelle, est une vraie culture. Aussi, profondément choqué, m’étais-je tu, dans un premier temps. Mais ayant, depuis peu, révélé mon lieu de villégiature, je ne puis laisser passer une telle allusive information. Merci d’avance.


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