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Commentaire de Patrick Adam

sur Moines contre Mollahs : question tolérance 1 à 0 pour les moines


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Patrick Adam Patrick Adam 10 août 2006 22:23

@ wrisya

Je vous remercie pour votre belle réponse. Je suis heureux de vous voir rejoindre ainsi le style des échanges que j’ai régulièrement avec Ka, musulmane pratiquante et voilée, qui fait preuve d’une délicatesse et d’une ouverture d’esprit qui n’arrêtent pas de me séduire.

Ka ! Tu me manques !

En ce qui concerne l’attitude des femmes dans les pays du Maghreb, j’ai peur de ne pouvoir être d’accord avec vous. C’est la régression sur toute la ligne. Ce matin encore, j’écoutais sur France Culture le témoignage d’Abdellah Taïa, un jeune écrivain marocain qui vit en France. Il est originaire de Salé (en face de Rabat) donc au cœur des forces vives du pays. Aujourd’hui, sa ville natale lui fait peur. Et il a fait aussi l’aveu de ne jamais aller au « bled » tant l’incompréhension de la population locale lui semblait profonde.

Le voile s’est généralisé, mais aussi l’habitude de faire ses prières de façon ostentatoire. Autrefois j’appréciais beaucoup de voir des hommes se retirer dans un coin de pièce, ou un couloir, insensibles aux bruits et même à la télé qui emplissait la pièce de cris. J’aimais cette marque d’intimité et de solitude. Cette discrétion aussi dont vous avez parlé.

Aujourd’hui, pour beaucoup, faire la prière devient une carte de visite et il faut que ça se voit. Et même, chose que je n’avais jamais vue faire, on interroge de plus en plus ceux que l’on sait les plus récalcitrant à la faire, en leur disant avec fausse bonhommie : « tu sais, c’est bien la prière, tu devrais essayer. » En espérant qu’ils craquent un jour. Et ça, en ving-ceinq de pratique du Maghreb, je ne l’avais jamais vu.

Bien sûr je ne mets pas tout le monde dans le même sac (de patates ou autre...). Je connais la diversité des tribus, des coutumes locales, et bien sûr des individus, mais aujourd’hui le Maghreb est confronté à un entreprise de prédication sans précédent menée par le courant salafiste et les instances gouvernementales, après avoir longtemps fermé les yeux pour X raisons qu’il est inutile de détailler ici, commencent à avoir sérieusement peur.

L’islam qui s’implante au Maghreb aujourd’hui, ainsi que dans nos banlieues, est un islam exogène qui n’a jamais eu cours dans ces régions. Et le choc culturel est néfaste. Il parvient même à couper les générations entre elles.

Et le problème est aussifinancier. L’argent de cet islam est saoudien, iranien, koweitien, qatari, turc ou pakistanais. L’Europe et le Maghreb n’ont pas fini d’en souffrir.

Vous avez raison de souligner avec moi que le malheur vient en grande partie que la porte de l’Itjihad a été refermée depuis longtemps. Je n’ai pas le temps de rechercher les articles religieux qui paraissent en période de ramadan dans le quotidien marocain « Le Matin et le Sahara », organe quasi-officiel de la classe dirigeante et du ministère du culte. On y lit encore des assertions du genre : « tout changement est dangereux »...

J’apprécie beaucoup tout ce que vous dites à propos du vêtement des femmes, et, par ricochet, de celui des hommes . C’est à travers de telles prises de conscience que le débat peut-être possible entre gens de cultures différentes. Tout ce qui tend à justifier à tout prix des prescriptions aveugles en ce domaine m’est insupportable. Et pour moi, c’est aussi valable en ce qui concerne les prescriptions vestimentaires qu’adoptent les juifs orthodoxes, les quakers et toutes les sectes qui confondent toujours le contenant et le contenu.

Sur tous les autres points, nous sommes sincèrement d’accords, bien sûr en regardant ces phénomènes de société d’un œil différent.

J’aime bien ce que vous dites à propos de la soumission et pourtant c’est à mille lieux de la manière dont je conçois la vie. Pour moi, c’est ni Dieu, ni Maître, alors voyez la distance du fossé qui nous sépare. Et pourtant. Ma mère est croyante et je respecte sa croyance. Je l’ai amené à Rome et, entre autres choses, nous avons visité ensemble le lieu dit « Prison de Saint Pierre ». Et j’étais heureux de vois son émotion.

Comme je l’ai dit à Papy que j’aimerais bien, moi aussi, voir intervenir plus souvent, je crois que je suis un athée religieux.

Pour ce qui est des retranchements, bien sûr nous ne sommes pas sur le Front en 1914. Je crois quand même que nous en avons tous. Moi aussi. Et j’aime beaucoup ceux qui, précisément, tentent de m’y repousser. J’ai toujours pensé que c’est de cette façon qu’on avance. J’ai un faible pour le rugby et les mêlées.

Bien à vous Patrick Adam


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