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Commentaire de Pierre JC Allard

sur Un temps pour l'anarchie ?


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Pierre JC Allard Pierre JC Allard 15 juin 2007 03:02

Une action est d’autant plus efficace que sont complémentaires les apports de ceux qui y participent. Traditionnellement, cette complémentarité est assurée par un plan, une répartition des tâches, des instructions, un contrôle et des réajustements, jusqu’à ce que le but soit atteint. Si une opposition existe à cette action, cette séquence du plan au but devient d’autant plus difficile à réaliser qu’elle est connue de ceux qui s’y opposent, d’ou l’insistance sur le secret des communications entre les participants. Si ce secret ne peut être maintenu, le but ne peut être atteint que plus difficilement et, si l’opposition est forte, ne pourra plus être atteint.

Pour que le but puisse être atteint quand le secret est impossible, il faut que la communication ne puisse plus être identifiée comme pertinente à l’action en cours. Rien là de nouveau - pensez aux instructions envoyez de Londres aux Résistants - mais, aussi longtemps, qu’il existe un plan, des cibles précises, des codes et un chiffre et une liste de participants, l’opération est à la merci d’une indiscrétion. Ce risque disparait si les cibles sont surabondantes, les participants tous ceux qui souhaitent le but à atteindre, et les compétences pour chaque tâche largement présentes dans la population, aussi bien chez ceux qui souhaitent ce but que chez ceux qui s’y opposent.

Quand c’est chaque participant qui - ayant parfaitement internalisé le but à atteindre - choisi la tâche menant le mieux à ce but qui lui convient, en fonction de sa compétence pour l’accomplir, il n’y a plus de communications qui puissent être surprises. On a la situation "anarchique’’ d’une équipe de foot européen, dont tous les joueurs savent que l’objectif est bien le gol dans les buts adverses, mais dont, au contraire du football américain, il n’est pas nécessaire de planifier chaque geste de chacun.

Quand on pose comme prémisse qu’aucune action n’est souhaitable qui ne corresponde pas à un très large consensus populaire, c’est toute la population qui devient le « réseau ». Information et communications n’ont plus à être ciblées, mais peuvent devenir transparentes. Tous les individus qui ont internalisé le but sont interconnectés, chacun détenant, de par sa compétence, le chiffre lui permettant de décoder les « messages » qui le concernent. Pour tous les autres, y compris les opposants, tous les messages ne sont plus qu’une forme de bruit. Chacun est informé sans qu’il ait à se manifester d’aucune façon, non plus d’ailleurs que celui qui lui a transmis cette information et qui reste anonyme. La clef est là : personne n’a à se révéler comme un participant à l’action. Seuls restent comme paratonnerres ceux qui discutent des buts à internaliser. Ils n’ont pas à être nombreux... et ils ne peuvent trahir personne.

Cette structure d’intervention n’est évidemment pas aussi efficiente qu’un groupe dont tous les gestes sont programmés, puisqu’elle invite à des redondances, mais elle compense cette faiblesse par la masse de ressources qu’elle peut mobiliser et son invulnérabilité à toute délation. Elle est, de toute façon, la seule possible dans un monde devenu totalement transparent. Surtout, il faut comprendre que l’inefficience apparente de cette action par adhésion à un objectif internalisé est sa force. ELLE NE PEUT JAMAIS ËTRE RÉCUPÉRÉE AU PROFIT D’UN GROUPE ET CONTRE LA VOLONTÉ DE LA MAJORITÉ.

PJCA


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