Mon article est effectivement très synthétique. Il faut lire le
rapport pour comprendre cette contradiction apparente. Voici comment je
peux résumer l’idée de l’Institut Montaigne sur ce point :
L’institut critique le système français des aides à la presse :
« La France est sans doute le pays du monde où la presse est la plus
massivement aidée, le montant total des aides étant supérieur à 10 % du
total du chiffre d’affaires du secteur. Le financement par les aides
correspond à près du tiers des revenus générés à la vente : en 2001, le
total des aides de l’État à la presse s’est élevé à 2,2 milliards d’euros
! Aussi, le système des aides de l’État à la presse, basé sur l’octroi
automatique et non discriminatoire de l’aide, contribue-t-il aujourd’hui
moins à la préservation du pluralisme de l’information politique et
générale qu’au financement de la presse magazine et à l’entretien précaire
des titres de la presse quotidienne.
« (...) Mais l’essentiel est ailleurs : malgré l’obligation récente de
remplir certaines conditions pour accéder aux aides, les entreprises de
presse quotidienne se contentent généralement de prendre l’argent offert
par l’État, de le dépenser sans véritablement se réformer, et elles
reviennent rapidement avec un nouveau plan de sauvetage, toujours présenté
comme le dernier, pour enfin entrer dans le cercle vertueux de la
croissance !
« Tous les intéressés le savent, y compris l’État : les aides
conditionnées qui existent déjà n’ont pas d’effet parce que les conditions
de leur octroi et les résultats qu’elles sont censées financer ne sont
jamais évalués. Les éditeurs font peu de cas du contrat initial passé avec
les pouvoirs publics et la conditionnalité reste largement fictive. »
Cette critique de l’Institut Montaigne est assez partagée dans la
profession. Il propose donc de « couper le robinet des aides directes,
celles tout entières conçues pour « sauver » la presse quotidienne ». Ce
qui, si on fait suivre cette mesure drastique d’un « vrai plan Marshall
[donc une aide financière importante mais temporaire], obligerait
assurément les éditeurs à réagir. Car enfin, les aides directes sont
peut-être les plus symboliques des limites du système actuel. Assurément,
l’État se substitue au marché. Pourtant, les tirages continuent de baisser
et les déficits de se creuser. Orchestré au moyen des aides directes,
l’acharnement thérapeutique sur la presse quotidienne révèle
malheureusement que certains titres sont en fait déjà morts, tant sur le
plan économique que sur le plan rédactionnel. »