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Commentaire de Paradisial

sur Bachar El-Assad : quand la girouette joue au poker...


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Paradisial Paradisial 24 juillet 2007 00:43

Hamas - Fatah

Aux origines de la crise

Que s’est-il passé à Gaza ? S’agit-il réellement d’un conflit entre le Hamas et le Fatah ? Retour sur une situation qui prévalait bien avant la mort du chahid Yasser Arafat.

La théorie de « l’islamisation forcée » de la société palestinienne distillée par une certaine presse occidentale, voire même par des commentateurs locaux, fond comme beurre au soleil. Moins de deux semaines après la prise de Gaza par le Hamas, la situation devient un peu plus claire grâce aux sorties médiatiques de personnalités palestiniennes, en particulier de dirigeants du Fatah, qui nous renseignent un peu plus sur les véritables enjeux de cette guerre qui oppose en fait toutes les tendances de la résistance, y compris celle du Fatah, aux forces de compromission qui ont décidé de vendre la Palestine contre un semblant d’autorité dont le seul but est de mater la résistance et de plaire à Israël.

Mais pour bien comprendre ce qui s’est passé à Gaza, il faut revenir en arrière, bien avant la victoire électorale, à une époque où le « désordre sécuritaire » existait du vivant du président Arafat. Une tendance au sein du Fatah est née après les accords d’Oslo. Elle estime que le chemin de la résistance « ne mène à rien » et que la seule voie vers la création d’un Etat palestinien est celle des pourparlers avec le colonisateur. Depuis le début, cette tendance est représentée par Mahmoud Abbas, Dahlan et l’ensemble des cadres du Fatah favorables aux accords d’Oslo. Soutenus par les Etats-Unis, Israël et certains Etats arabes qui s’inscrivent à fond dans la politique de paix avec l’Etat sioniste, le courant Abbas s’est érigé en unique représentant du peuple palestinien. Même Yasser Arafat, qui pourtant été un des fervents partisans à Oslo, n’a pas échappé à leurs tentatives répétées de le mettre à l’écart.

D’ailleurs, le conflit de prérogatives entre Abbas et Haniyeh a d’abord eu lieu entre ce même Mahmoud Abbas et Yasser Arafat. Rappelons que lorsque Abbas était Premier ministre, il avait fait voter par le Parlement palestinien un ensemble de lois et de décisions faisant de lui le véritable décideur, en particulier dans le domaine sécuritaire à travers la création de services de sécurité reliés au gouvernement et non pas au président de l’Autorité palestinienne (Arafat à cette époque). Abbas avait réussi à marginaliser Arafat et favoriser sa mise en résidence surveillée. Les forces de sécurité préventive de Dahlan avaient, rappelons-le aussi, menacé le pouvoir de Arafat en manifestant armes à la main dans les rues de Gaza. Tout cela parce que le président Arafat n’a pas voulu négocier ni céder sur trois principaux points : Al-Qods comme capitale de la Palestine, le droit au retour des réfugiés et le droit à la résistance jusqu’à la libération des territoires de 1967. Yasser Arafat avait également eu le courage de refuser que les services de sécurité palestiniens combattent les mouvements de résistance, pas seulement du Hamas, mais également ceux d’El-Jihad et des Martyrs d’Al-Aqsa (branche armée du Fatah) ainsi que d’autres fractions de la résistance.

La mainmise des troupes de Abbas sur la situation interne de la Cisjordanie et de Gaza avait créé, bien avant la victoire électorale du Hamas, un « chaos sécuritaire » qui a fait plusieurs dizaines de morts. Ces mêmes services de sécurité avaient, à maintes reprises, tenté de désarmer les mouvements de résistance dans le cadre des accords conclus avec Israël. C’est dire que les récents affrontements avec le Hamas ne sont pas venus subitement et qu’il y a une logique derrière cela.

L’étranglement

En janvier 2005, contre toute attente, le Hamas obtient, proprement et sous surveillance internationale, la majorité des sièges (76 sur les 132) au Conseil législatif. Contre toute attente, parce toutes les prévisions donnaient au mouvement de Cheikh Yassine pas plus de 40 à 45% des sièges. Au point où un haut dirigeant arabe avait demandé à Hamas, quelques jours avant le scrutin, de s’engager à « respecter les résultats du vote ». Ce même dirigeant change d’avis et considère que Hamas est « hors la loi ».

Dès l’annonce de sa victoire, le Hamas avait annoncé son désir de constituer un gouvernement d’union nationale, ce qui a été formellement refusé par le Fatah. Il faut aussi rappeler que la défaite du Fatah est due essentiellement à la corruption avérée qui a caractérisé la gestion de l’Autorité palestinienne et au chaos sécuritaire dont sont responsables les services de sécurité de la présidence, qui se comportent plus comme des milices du Fatah que comme des agents de l’Etat.

Haniyeh investi Premier ministre, Israël, les pays arabes, les Etats-Unis, et l’UE décident de sanctions économiques contre les Palestiniens parce que le Hamas refuse de reconnaître l’Etat sioniste. En plus du blocus économique, le Hamas a quand même été emmené (en juin 2006) à faire plusieurs concessions dont celle de reconnaître implicitement Israël à travers le fameux document de « l’entente nationale » élaboré par des prisonniers palestiniens dans les prisons sionistes. Cela ne semble pas avoir suffi, puisque l’étranglement économique se poursuit.

Les premiers couacs entre Abbas et Haniyeh ont eu lieu lorsque ce dernier a réclamé, en toute légalité, la direction des services de sécurité. Et là, Mahmoud Abbas tombe dans son propre piège. Les pouvoirs qu’il s’était accordé lorsqu’il était Premier ministre, du temps de Arafat, il souhaite les reprendre lorsqu’il devient président de l’Autorité palestinienne, surtout lorsque le chef de l’Exécutif n’est autre qu’un membre du Hamas.

Mais le pire n’était pas à ce niveau. Puisque, voyant que la popularité du Hamas n’a pas diminué malgré la situation des plus dramatiques que vivent les Palestiniens sous embargo depuis près de deux ans, les Etats-Unis et Israël décident de passer à une autre étape. Celle de la liquidation physique des dirigeants de Hamas. Il s’agit du plan Dayton, du nom de son initiateur, le général américain Keith Dayton, qui consiste à renforcer, en coordination avec Israël, la Jordanie et l’Egypte, la garde présidentielle d’Abbas et à organiser le bureau du conseiller national de sécurité, Mohamed Dahlan, en vue d’éradiquer le Hamas. Pour cela, le Congrès US débloque 59 millions de dollars pour entraîner (en Jordanie et en Egypte) et armer les troupes de Dahlan.

Coup d’Etat ?

Ceci n’est pas un secret, et ça l’est encore moins pour les dirigeants du Fatah qui ne semblent pas tous être d’accord avec cette attitude de Abbas et de ses hommes. Hani El-Hassan, un membre de la direction Fatah, confirmait tout cela mercredi dernier sur la chaîne Al Jazeera. Ce qui lui a valu d’être descendu en flamme par certains proches de Mahmoud Abbas. L’un d’eux, un certain Mech’heraoui, accuse Hani El-Hassa d’avoir prévenu Khaled Mechaal (président du bureau politique du Hamas) que Dahlan préparait un coup militaire contre le mouvement, qu’il devait accomplir en juillet de cette année.

L’interception par le Hamas de camions d’armes en provenance de la frontière égyptienne et l’attentat manqué contre le Premier ministre palestinien Ismail Haniyeh précipitent la décision du mouvement d’en finir avec les troupes de Dahlan. Là encore, les anti-Oslo au sein du Fatah, à l’image de Chafik El-Hout, précisent que l’affrontement qui a eu lieu à Gaza n’est pas entre Hamas et Fatah, mais entre le Hamas et la garde présidentielle dirigée par Dahlan. La preuve, disent-ils, est que la branche armée résistante du Fatah, les Martyrs d’Al-Aqsa, n’a pas voulu s’immiscer dans ce conflit. Hani El-Hassan est allé plus loin sur Al-Jazeera en affirmant que les proches de Mahmoud Abbas font tout pour « entraver la libération du soldat israélien contre celle de centaines de prisonniers palestiniens et arabes, pour que éviter que le Hamas n’en tire les dividendes auprès de la population palestinienne ».

Quelle issue ?

En refusant la proposition de commission d’enquête de la Ligue arabe sur les événements de Gaza, le président de l’Autorité palestinienne a attiré les soupçons de l’Arabie Saoudite, garant de l’accord de La Mecque. Un accord qui, rappelons-le, consistait entre autres à désigner un ministre de l’Intérieur indépendant du Hamas et à qui était attribué le rôle de revoir la configuration de l’ensemble des services de sécurité dont la tâche ne serait plus de combattre la résistance mais de garantir la sécurité dans les territoires palestiniens et mettre fin à l’anarchie sécuritaire résultant de l’action des fractions putschistes de Dahlan. Il devait mettre en place un plan de sécurité pour ramener l’ordre dans les territoires palestiniens, notamment la bande de Gaza, livrés à un chaos sécuritaire dû à des clans familiaux et des groupes armés qui y sévissent impunément. Quelques semaines à peine après sa prise de fonction, Hani Al-Qawasmeh, constatant la difficulté à se faire respecter, n’a d’autre choix que de remettre sa démission. Il s’est vu contester ses prérogatives par les chefs des services de sécurité du Fatah, en particulier le général Rachid Abou Chbak, patron du service de sécurité intérieure et de la sécurité préventive. Mahmoud Abbas, censé faire respecter l’accord de La Mecque, laisse faire.

Bien évidemment, dans le camp militaire du Hamas, on n’a pas affaire à des enfants de cœur. La réaction est très virulente. En l’espace de quatre jours, ils viennent à bout de l’ensemble des membres des services de sécurité de Dahlan dont les hommes s’étaient rendus sans combattre. En mettant la main sur les bâtiments des services de sécurité, le Hamas a eu accès à un trésor de renseignements sur les pratiques au sein de ces services et, en particulier, des documents sécuritaires révélant la collaboration de certains appareils avec Israël.

Azmi Bishara, intellectuel palestinien et ancien membre arabe de la Knesset, qui fait état des visées du clan d’Oslo à rayer le Hamas de la carte politique de la Palestine, ne partage pas non plus les pratiques des ultras du mouvement islamiste. Il écrit sur Al-Hayat du 21 juin 2007 (traduit par le site www.info-palestine.net) : « Alors que le Hamas cherchait à déjouer les scénarios visant à le frapper, établis par les parties défavorables à l’accord de la Mecque et qui avaient essayé de le faire échouer, ses hommes de terrain ont franchi par leurs violences et actions revanchardes les limites de ce qui pouvait être justifiable par leur direction. Des actes impossibles à justifier et qui ne méritent que condamnation ont effectivement été commis. Les gens ont été sidérés de voir perpétrer à Gaza, devant les caméras, des actions criminelles. » Bishara relate d’autres crimes commis de l’autre côté de la barrière contre des militants du Hamas en Cisjordanie.

Si le calme est revenu à Gaza, les choses ne vont pas en rester là. Il y a de fortes chances, maintenant que Abbas appelle à imposer une force d’intervention internationale (refusée par les Etats-Unis lorsque Israël occupait Gaza et la Cisjordanie) si les hostilités reprennent. Sauf si les Arabes interviennent, sérieusement cette fois, pour faire respecter les deux légitimités : celle de Abbas en tant que président de l’Autorité palestinienne (avec tout ce que cela suppose comme prérogatives qui lui permettent de négocier autant qu’il le veut avec Israël) et celle de Haniyeh en tant que Premier ministre issu d’une majorité élue démocratiquement, qui doit lui aussi bénéficier des prérogatives que lui confère la Constitution palestinienne. Et si un jour, le peuple palestinien votait pour l’abandon d’Al-Qods, le non-retour des réfugiés, et l’établissement d’un Etat palestinien sur moins de 20% du territoire de la Palestine, alors à ce moment-là le Hamas (comme le Jihad et l’ensemble des forces de la résistance) seraient hors la loi.

Source : Les Débats.


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