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Commentaire de jobsanter

sur Otage de la misère économique et sociale...


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jobsanter 4 août 2007 15:26

Bonjour à tous,

Je suis surpris d’autant de réponses même au mois d’août.

Je vais bien sûr vous en dire plus mais par vos témoignages, vous avez ouvert beaucoup de portes sur la vie d’un néo-rural déraciné dans la province enclavée hors de la vie du monde qui bouge.

Mon principal problème c’est comme le dit Melanie dans son message, c’est d’être venu seul.

Je ne veux pas finir ma vie dans cette campagne comme ces vieux qui meurent 20 ans trop top avec comme seule activité d’aller boire un canon de rouge au bistrot du village à 200 m quand ils ont grapillés quelques euros.

La mort se cache dans les campagnes comme les maladies, les mauvais traitements, l’incompétence généralisée et la solitude des miséreux intelligents ou analphabètes.

Je n’espère aucune aide de l’extérieur si ce n’est une prise de conscience commune que nous ne sommes pas seuls dans cette galère. Etre venu plein d’espoir dans un petit village en se voir emprisonné sans liberté économique pour en repartir... au moins, si tous ceux qui rêvent d’espace, de nature et de calme en découvrent la contre-partie... j’aurais peut-être évité à d’autre de sombrer dans la même misère.

J’ai 59 ans et je n’ai plus ni revenu ni voiture avec du carburant pour la faire rouler. Au RMI, c’est difficile de repartir avec le risque de tomber encore plus bas... car quand on est pauvre, on n’est plus rien même si on était encore il y a peu. La misère est une privation de liberté et pire encore.

Les jeunes d’ici eux vont faire leur vie professionnelle en ville... il faut le savoir. Ils n’espèrent même pas changer les choses dans leur région... pourtant pleine de potentiels avec de nouvelles mentalités et de nouveaux moyens.

Je suis dans la peau d’un immigré parce que je n’ai pas de travail ni de lien sociaux. Cà me pose la question du racisme anti-pauvres... avec le RMI, il est vrai, je n’ai rien à partager avec les gens intelligents... c’est ce qui est le plus destructeur de la misère imposée par le système économique : je travaille car je me forme, j’apprends, j’aide, j’expérimente... mais je ne suis pas payé alors que tous les matins je suis actif.

Heureusement pour moi, je ne baisse pas les bras... le combat est perdu d’avance... mais je réponds à la guerre économique qui nous guette tous par la résistance et la révolte... même si je suis seul.

Mon post est aussi un appel aux gens de la Nièvre et du Morvan qui veulent que çà change. Il faut contester l’immobilisme et exiger les moyens de développer un dynamisme économique et solidaire qui transformerait la région et l’ouvrant sur la vie sociale et le progrès positif. C’est comme me l’a dit l’ancien patron du bistrot « il faudrait d’abord changer les mentalités ».

Ne plus être dépendant des systèmes administratifs qui nous gèrent selon leurs propres intérêts... ils justifient ainsi de leur utilité... mais la dépendance n’est pas une bonne chose, il faut être libre et autonome... pas s’en remettre aux autorités locales avec le risque d’être leur « fonds de commerce ».

Comment j’en suis arrivé là ?...

- Une petite entreprise personnelle qui marchait et voyant cela, un concurrent qui démarre la même chose dans le village d’à côté... résultat, faillite... puis disparition du concurrent 2 ans après, pour incompétence, lui.

- un incendie dans le local dangereux que je louais à cause de malfaçons du propriétaire. J’avais pourtant un contrat d’assurance à la MAAF avec une assurance perte d’exploitation, mais je n’ai jamais réussi à me faire rembourser le moindre centime... et la justice ici, c’est loin du village, sans voiture ni argent, on classe vite ton dossier.

- je me suis réfugié dans l’achat d’une vieille maison craignant un nouvel incendie et ce fut mon erreur fatale. Cette maison est devenue pour moi une prison de solitude, d’enfermement et de dangers. Pas d’eau chaude et peu de chauffage, tout s’écroule... l’EDF qui veut me couper le courant... l’avenir est bouché pour les années qui me restent à vivre.

Pour moi, c’est fini. J’ai tiré la mauvaise carte. J’ai encore ce clavier et cet abonnement internet qui me permet de communiquer avec vous... et çà, c’est de l’or pour moi.

Tant que je pourrai me battre, je vivrai.

Ma misère semblerait relative selon Aurélien... c’est vrai, car j’ai un toit (qui fuit), à manger (Restaurants du coeur), quelques euros du RMI pour m’acheter des rapports sociaux au bistrot (et entendre des critiques sur les pauvres fainéants qui coûtent cher à la société)... mais la misère n’est pas qu’économique... on ne vit pas que de mauvais pain... on a besoin d’espoir, de projets, d’amis, de sécurités... et ma révolte est là !... d’être déraciné de mon bonheur passé perdu définitivement.

J’ai beaucoup parlé dans ce message et je n’en ai pas dit beaucoup de ces 9 années de désespérances.

Il faudrait changer la vie dans ces putains de campagne... on y serait bien.

job


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