Je suis assez conscient de ma situation et de ce qui m’y a conduit. J’hésite sur la direction à prendre entre :
A) rentrer en ville (mais comment ?... dans une cité, un HLM déterioré ? pour une fin vie austère ?) dans un appartement chauffé, étanche, avec possibilité de prendre un bain avec de l’eau chaude au robinet, des supermarchés à proximité pour choisir ce que je veux manger, choisir les amis qui me respectent (quoi partager ?) mais dans le bruit et l’enfermement bétonné sans partir en vacances ni en week-end. Je ne pourrais pas rendre responsables de ma situation la ville qui m’accueillera.
B) rester à Lormes jusqu’à la fin (je suis bien usé après 9 ans d’exclusion et d’appauvrissement) afin de témoigner pour les suivants et demander des comptes aux responsables de ma situation sur les lieux mêmes avec au moins le calme et la nature environnante pour faire du vélo.
Je ne me sens pas vraiment déprimé mais je cherche la vérité. Je crois avoir compris qu’il ne fallait pas venir seul car la campagne est une jungle sans organisations collectives ni amis pour faire barrage aux attaques extérieures de ceux qui ne voient en vous que ce qu’ils espèrent vous prendre.
Après une vie entouré d’amis en ville et avec un revenu suffisant en étant propriétaire de mon appartement me voici coupé de tout le fruit de mon existence... au moment d’en profiter. J’ai le sentiment d’avoir vécu des actes de guerre de la part de la société qui n’a pas appliqué dans la Nievre les mêmes règles qui m’avaient protégées à Paris.
Perdant pour perdant, je suis tenté par la résistance et la révolte face à l’ennemi intérieur qui menace tout individu au nom du profit personnel.
Avais-je eu de la chance avant ?... peut-être, j’avais aussi donné en échange.
Que feriez-vous à ma place ?
jp