J’avais bien compris que nous n’étions pas du même bord. Vous adhérez à l’axiome odieux proféré par quelqu’un que vous devez appréciez : « La démocratie s’arrête où commence la raison d’État ! »
Je sais trop, quant à moi, combien de crimes ont été ainsi justifiés au profit d’une oligarchie ! Pour adhérer sans masochisme à une telle politique, il faut évidemment être assuré d’appartenir à l’oligarchie qui en est bénéficiaire.
Il importe peu ici de savoir quelles sont les méthodes indignes de ce principal dénoncées par des délégués de parents d’élèves. Les prétendus manquements professionnels du professeur mis en cause n’intéressent pas davantage. C’est un autre débat de fond qui n’est pas celui soumis en priorité à la Cour.
Le débat sur la compétence du Tribunal Civil porte sur les moyens qu’une administration peut employer ou non - du moins dans un État de droit. Et le moyen suivant est-il acceptable ? Concourt-il au « bon fonctionnement d’un établissement » ?
Une lettre secrète calomniant un professeur a été adressée par un principal à un président d’association de parents pour lui arracher un témoignage sur un événement dont il n’a pas été témoin, dans le but de nourrir un dossier disciplinaire contre ce professeur auprès d’un recteur dont le principal veut forcer la main.
- Un président d’association de parents est-il une instance hiérarchique compétente à laquelle peut se référer un principal en matière disciplinaire ?
- Comment appeler cette méthode qui consiste, au sujet d’un événement, à arracher un témoignage de quelqu’un qui n’a pas assisté à l’événement ?
- Les droits de la Personne sont-ils respectés ?
S’il avait des griefs à formuler contre ce professeur, ce principal devait soumettre les faits directement au recteur, instance hiérarchique compétente. Il était alors dans son rôle. Mais il ne l’a pas fait , tout simplement parce que le dossier était vide et qu’il fallait le monter de toutes pièces en « subornant » une sorte de faux témoin.
Ces méthodes ne vous rappellent-elles donc rien ? Si on ne veille pas à les interdire dès qu’un individu sans foi ni loi les emploie, elles ont la particularité, figurez-vous, de faire tache d’huile puisque le pouvoir cherche à s’étendre tant qu’il ne rencontre pas d’obstacle, dit Montesquieu. « Seul, le pouvoir arrête le pouvoir », ajoute-il. De petites démissions en petites démissions, on se retrouve un jour devant un pouvoir tyrannique et on se met à gémir :« Comment cela est-il possible ? ».
Mais je sais que le partisan de la raison d’État ne s’arrête pas à ces broutilles et que le fait du prince lui suffit à définir ce qu’il nomme « le bon fonctionnement » d’une collectivité.