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Un principal peut-il stigmatiser secrètement un professeur devant une association de parents d’élèves ?

« L’affaire d’Outreau », écrivait-on ici même en début d’année, n’est que la partie émergée de l’iceberg de l’institution judiciaire. On laissait ainsi entendre que le cours quotidien des prétoires, où - Dieu merci ! - la liberté d’un homme n’est pas en jeu, mais seulement son honneur, par exemple, pouvait réserver, lui aussi, sans que cela s’ébruite, de sérieuses surprises.

La lettre secrète d’un principal.

Une Cour d’appel du Sud de la France avait à examiner, mardi 12 septembre 2006, le recours d’un professeur lui demandant de réformer un jugement du Tribunal de grande instance rendu le 14 octobre 2004. Il y a donc deux ans déjà ! Ce professeur avait assigné devant le Tribunal civil - sur le fondement des articles 1382 et 1383 du Code civil définissant la responsabilité civile - le principal de l’établissement où il exerçait, pour avoir adressé au président d’une association de parents d’élèves une lettre secrète, en mars 2004, deux jours après un conseil de classe animé. Le principal s’en prenait aux deux délégués de son association qui, au cours de ce conseil de classe, avaient osé dénoncer ses méthodes d’administration indignes. Pourquoi pas ? Mais, simultanément, il faisait état de prétendus manquements professionnels de ce professeur, cité quatre fois. Il pressait donc le président de l’association de parents, qui n’avait pas assisté au fameux conseil de classe, de lui adresser au plus vite un témoignage désavouant les deux délégués. Il voulait, écrivait-il, joindre son témoignage au rapport destiné au recteur de l’académie à qui il demandait une sanction contre ce professeur. Le principal s’était bien gardé de tenir copie de sa lettre calomnieuse aux deux délégués intéressés. Ceux-ci en avaient eu communication par leur président, pressé de le faire, malgré lui, par un membre de son bureau, après avoir été tenté de répondre seul à l’injonction du principal. Et, voyant que le professeur était violemment mis en cause, l’un des délégués, fort honnêtement, en avait fourni une copie à ce dernier pour qu’il puisse se défendre.

La jurisprudence de l’acte détachable du service.

Dans les années 1980 et 1990, un tel acte commis par un chef d’établissement était aussitôt perçu par le Tribunal civil non pas comme « un acte du service », mais comme « une faute personnelle à l’occasion du service ». Quelle différence ? En France, pour des raisons de séparation constitutionnelle des pouvoirs, depuis 1790, les tribunaux civils et pénaux ne peuvent pas connaître des actes de service commis par un administrateur, sous peine de forfaiture. Mais, pour des raisons de morale évidentes, une jurisprudence, depuis 1873 en particulier, a dû se développer pour éviter qu’un administrateur ne mît son pouvoir administratif au service de ses intérêts personnels et de ses vindictes. Un juriste, Laferrière, dans des conclusions restées célèbres, à l’occasion de l’affaire Laumonnier-Carriol (Tribunal des conflits, 5 mai 1877, Rec. Lebon, 1877, p. 437) a expliqué qu’il y a « faute de service » si l’acte dommageable est "impersonnel ou révèle un administrateur plus ou moins sujet à erreur", tandis que « la faute personnelle » révèle "l’homme avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences ...". « L’acte détachable du service » est reconnaissable par exemple « quand le fonctionnaire est animé par des considérations étrangères au service, ou encore quand il donne à son acte une publicité non justifiée par les besoins du service et dommageable à la personne qu’il concerne. » En résumé , « c’ est une faute qui, bien qu’accomplie dans le service, lui est étrangère en raison des mobiles personnels qui ont animé son auteur, de la portée donnée à l’acte qui situe celui-ci en dehors du champ d’action normal de l’administration ou des moyens employés pour son exécution qui ne sont pas au nombre de ceux que peut utiliser une administration. » Et dans ce cas, ce n’est pas le Tribunal administratif qui est compétent pour juger, mais le Tribunal civil ou pénal.

Pour le professeur, une lettre manifestement fautive.

Il apparaissait au professeur, conseillé par un avocat chevronné, que cette lettre secrète du principal était bien « une faute détachable du service » pour trois raisons.
- En premier lieu, elle procédait au dénigrement secret d’un professeur de l’établissement devant une association de parents d’élèves qui, jusqu’à nouvel ordre, n’est pas une instance hiérarchique compétente en la matière. Elle inspirait une méfiance à son égard. Des parents ainsi alertés pouvaient légitimement refuser de voir leurs enfants confiés à un tel professeur dénigré à son insu par son propre chef d’établissement . - En second lieu, cette lettre fournissait le mode d’emploi d’une opération immorale et illégale : attendue rapidement, elle était destinée à nourrir un rapport calomnieux secret contre ce professeur pour induire en erreur la hiérarchie appelée à ouvrir à tort une procédure disciplinaire contre lui. On relevait à cette fin trois manœuvres : l’une était la sollicitation clandestine - par lettre rédigée hors secrétariat et hors papier officiel - du témoignage d’un président d’association de parents qui n’avait pas assisté à l’événement supposé litigieux, un conseil de classe, afin qu’il désavouât les délégués de l’association qui y avaient assisté et avaient soutenu le professeur à sanctionner. La deuxième manœuvre était une sorte de subornation de ce président étranger à l’événement par une présentation partielle et partiale du conseil de classe. La troisième manoeuvre était enfin l’exigence d’une réponse précipitée, pour deux raisons : interdire, d’abord, toute concertation avec les délégués mis en cause, non destinataires de la lettre qui les incriminait ; limiter, ensuite, le temps de réflexion pour obtenir une conduite-réflexe de soumission. Il n’était même pas envisagé un instant que ce témoignage sollicité ne pût pas abonder dans le sens de l’accusation choisie par le principal.
- Enfin, cette publicité donnée à de prétendus manquements professionnels du professeur avant même qu’une procédure disciplinaire ne fût ouverte et que le recteur ne se fût prononcé, créait un dommage au professeur dénigré, qui demandait réparation. L’acte détachable du service paraissait bien constitué, trahissant, selon le mot de Laferrière, « l’homme, dans ses faiblesses ses passions, ses imprudences », qui met le pouvoir administratif au service d’une vindicte personnelle.

Deux surprises judiciaires

- Le jugement du Tribunal de grande instance du 14 octobre 2004 a donc été une première surprise : celui-ci trouvait normal qu’un principal « stigmatisât » -c’était son mot - sur le plan professionnel un professeur devant une association de parents d’élèves, puisqu’il l’avait jugé nécessaire ! Le Tribunal se déclarait donc incompétent au profit du Tribunal administratif.
- La seconde surprise est venue, mardi 12 septembre 2006, de la Cour d’appel qui avait à examiner le jugement. D’entrée, le président a montré ouvertement son parti pris, sinon son hostilité : « Vite, vite ! a-t-il intimé à l’avocat du professeur. On ne va pas s’attarder ! Le seul problème posé est « le déclinatoire de compétence » du préfet ! (NDLR : qui demande à la Cour de se déclarer incompétente au profit du Tribunal administratif ) Et je me demande bien en quoi le préfet a tort, Maître ! » Cueilli à froid, l’avocat n’a pas eu le temps de dire « ouf » qu’un conseiller renchérissait : « Si la bêtise remplissait les prisons, où en seraient les prisons de France ? - Où elles en sont précisément, M. le Conseiller, a répliqué aussitôt vertement l’avocat. Quant au préfet, a-t-il poursuivi en se tournant vers le président, ignorez-vous, M. le Président, qu’un préfet agit ainsi toujours à tort et à travers pour protéger son administration ? Il préfère le Tribunal administratif qui tranchera dans 107 ans ! Ou la Cour estime qu’un préfet a toujours raison et que son devoir est de suivre ses avis ; dans ce cas, ce procès n’a pas lieu d’être. Ou la Cour garde encore son libre-arbitre, alors il lui appartient de décider si un principal peut dire n’importe quoi sur un professeur secrètement à une personne étrangère au service pour lui soutirer un témoignage qui sera joint au rapport de nature disciplinaire que ce principal entend adresser au recteur d’académie dans le but d’arracher une sanction. De telles méthodes sont-elles normales dans l’administration française aujourd’hui ? Si la Cour les trouve normales, alors qu’elle confirme le jugement ! Mais si, j’ose l’espérer, elle les juge anormales dans un État de droit, alors elle doit se déclarer compétente et condamner le principal. »

Certes, la Cour n’a pas interrompu ensuite la plaidoirie de l’avocat qui a pu cadrer le débat avec rigueur quand la partie adverse, elle, a préféré égarer la Cour dans les conflits de l’établissement revus et corrigés à sa façon, bien qu’ils fussent hors-sujet. Mais ce qui surprend le profane, c’est d’entendre un président de Cour d’appel, qu’on suppose impartial, manifester d’emblée aussi ouvertement son hostilité à la cause d’un plaignant, sans que son avocat ait même eu le temps d’ouvrir la bouche. D’autre part, cette adhésion spontanée à la parole préfectorale est inquiétante dans un contexte juridictionnel dicté précisément par le principe de la séparation des pouvoirs ! Dans les années 1980 et &ç90, la même Cour d’appel - mais pas avec les mêmes magistrats - s’était déclarée compétente dans deux affaires comparables : elle avait condamné une principale pour avoir remis secrètement à des délégués de parents un rapport calomnieux sur un professeur, qu’elle avait adressé au recteur. De même avait-elle condamné une principale-adjointe qui s’était répandue en propos calomnieux sur un professeur en son absence à l’occasion d’un conseil d’administration. Cette fois, dans les années 2000, il semble que la Justice vire de bord : « stigmatiser un professeur » devant une association de parents d’élèves deviendrait un acte d’administration tout à fait normal, qu’on ne peut soumettre au Tribunal civil ! L’arrêt est mis en délibéré. On aura confirmation ou non de cette innovation dramatique le 14 novembre prochain.


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21 réactions à cet article    


  • gem (---.---.117.249) 13 septembre 2006 13:34

    bof...

    Nous voilà encore sommés de prendre position sur une affaire dont nous n’entendons qu’un son de cloche, et sommer de donner notre avis sur un jugement qui n’est pas même encore rendu !

    Ben désolé, mais c’est pas terrible.

    Ma seule réaction, c’est que voilà une bien affaire pichrocholine... et que la justice a bien raison de trainer, de tout sûr ces deux gugusses n’ont pas finit de se faire des procès, et pendant ce temps l’ambiance doit être géniale, dans l’établissement ...

    Y’en a un des deux de trop (au moins), c’est sur, et pas pour de bonnes raisons, c’est également sur. Alors, puisque vous me demander notre avis, voilà le mien : pas de jaloux, qu’on les mute tous les deux ailleurs « dans l’intérêt du service » (ce qui n’est pas une sanction !).


    • Josep Garp (---.---.13.65) 13 septembre 2006 15:16

      Je dois avouer que ma compétence en l’affaire est nulle.

      Ayant toutefois dirigé des équipes dans des associations plus ou moins sérieuse, je ne peux m’empêcher d’en tirer une leçon. Un sermon ne doit jamais se faire en public (je viens d’apprendre le sens exact de stigmatiser, merci Mr. Villach), ceci pour des raisons évidentes :
      - éviter de mettre mal à l’aise son subalterne vis à vis des autres et le placer ainsi en position d’infériorité vis à vis de ses collègues/clients (donc ici les parents d’élèves si j’ai bien compris). Comment espérer que celui-ci retrouve sa place ?
      - une erreur d’un employé reflette de sa propre erreur. C’est mettre en doute ses compétences et montrer publiquement son inefficacité à gérer une équipe, sauf cas exceptionnel bien sur.

      De cet exemple, on peut conclure que le manager a donc pour leçon d’apprendre le premier point, le droit d’un homme à ne pas être humilié, à pouvoir remonter la pente. En second lieu, la discrétion qui est pour tout le monde le meilleur moyen d’agir. La solution publique (tribunal) étant une solution ultime...

      Vous l’aurez remarqué, je n’ai pas utilisé la solution publique, confrontation avec les « clients », qui pour moi n’a pas lieu d’être. Elle peut relever d’un acte de vengeance comme d’un acte d’écrasement pour ambition personnel (je ne trouve pas le terme exact, toutes mes excuses) ou encore d’autres actes relevant de tout, sauf de la justice ou encore d’un bon management.

      Espérons donc que cette abération n’aura pas lieu : rendez vous le 14 novembre.

      PS : j’ai utilisé un cas général, en utilisant un langage orienté « services », dans le sens où le secteur privé devrait être soumis aux mêmes règles qu’est encore le secteur public. L’administration étant omniprésente dans notre société.


      • Adolphos (---.---.59.170) 13 septembre 2006 19:47

        Bon, c’est Etatisé, donc la seule régle, c’est « Pas de vague ». Faudrait tout de même pas que le bon peuple prenne conscience de certaine réalité et en vienne à remettre en cause le fait qu’on décide de sa vie à sa place.


        • Cochonouh Cochonouh 13 septembre 2006 23:32

          Mon cher Paul (si je puis me permettre),

          En plus de 30 ans de carrière, on neta/nevouza jamais appris à sauter des lignes/(aA-EREZ votre présentation...) Afin que le discours soit moins indigeste

          Condoléances


          • (---.---.94.50) 13 septembre 2006 23:41

            Le Principal était bien « naïf » (entre autres)d’avoir ECRIT cette lettre. Généralement ça se passe par téléphone ou dans le secret du bureau, et sûrement pas devant témoins. On sait que la justice est censée mettre le droit avant la morale (qu’en est-il de ces « prétendus manquements » ?), et les avocats s’appuient souvent sur ce principe, on sait aussi que les juges (heureusement ou malheureusement, selon les cas ) se réservent un droit d’appréciation.

            Si les principaux et les professeurs règlent leurs conflits par l’intermédiaire de la justice, si les parents délégués dénoncent les méthodes du Principal au cours d’un « conseil de CLASSE », alors qu’il existe des « conseils d’ADMINISTRATION », alors pour l’établissement, à cause de la bêtise de tous (et en premier lieu du Principal), bonjour l’ambiance, c’est fluctuat ET mergitur !


            • Paul Villach Paul Villach 14 septembre 2006 10:21

              Votre commentaire est inquiétant puisque les acteurs de cette affaire sont mis dans le même sac de « bêtise » et que l’acte fautif incriminé est qualifié de « naïveté ». Vous renvoyez dos à dos, par amalgame, l’agresseur et la victime et vous excusez simultanément le délit en le minimisant par euphémisme. Longtemps les femmes ont dû affronter ce raisonnement pervers : si elles avaient été violées, c’est qu’elles s’étaient montrées provocantes.
              - Libre à vous de trouver normal - comme le premier jugement l’a fait au mépris de la jurisprudence - que l’administration française usent de méthodes délictuelles ! Dans le chantier qu’est la construction jamais achevée d’une démocratie, il s’est toujours trouvé des démolisseurs partisans des caprices de la jungle.
              - Le débat posé par ce litige est, en effet, de savoir si les pouvoirs administratifs peuvent être mis au service de fins personnelles dans un régime démocratique. La question ne devrait même plus être posée ; la jurisprudence a tranché depuis longtemps. Mais comme le temps est à la suppression des règles pour ne pas entraver celle du plus fort, on se doute bien qu’une jurisprudence ne pèse plus bien lourd ! C’est dire la régression que l’on vit.
              - Sans doute, si la Cour confirme le jugement, - à en juger par l’intervention partiale du Président de la Cour - il restera la possibilité de saisir le Tribunal administratif. Mais ce sera au prix de la reconnaissance d’un acte délictuel comme un acte de service normal que seul le Tribunal administratif peut juger.
              - Personne n’ignore, d’autre part, que les tribunaux administratifs sont aujourd’hui submergés de recours. Les jugements attendent des années avant d’être rendus. Qui en tire bénéfice ? Les victimes ou leurs agresseurs ? L’administration sait qu’à ce jeu elle n’ a rien à craindre. Elle peut continuer à agir à sa convenance, en violant la loi si besoin est. Ne rencontrant pas d’obstacle juridictionnel immédiat, les actes litigieux produisent leurs effets voulus ; si, par hasard, des indemnités, plusieurs années après, sont accordées aux victimes, elles sont payées non de la poche des administrateurs coupables, mais de celle de l’État. Si ce n’est pas une stratégie politique, ça y ressemble.
              - Dans quel état le contrat démocratique sort-il d’une confrontation aussi inégale entre administration et citoyens dont les moyens de recours contre les violations de la loi deviennent quasiment symboliques ?


            • (---.---.94.50) 14 septembre 2006 10:45

              c’est que je crois à la raison d’état, je veux dire à la priorité de la bonne marche d’un établissement sur les raisons d’un conflit quand nous ne savons RIEN de leur importance (FAUTES adminitratives du Principal ? MANQUEMENTS du professeur ?). Il arrive qu’il soit important de se battre pour des principes, pas sur le fait que mon voisin fait trop de bruit après 22 heures (et Dieu sait que j’en souffre)..


              • Paul Villach Paul Villach 14 septembre 2006 13:17

                J’avais bien compris que nous n’étions pas du même bord. Vous adhérez à l’axiome odieux proféré par quelqu’un que vous devez appréciez : « La démocratie s’arrête où commence la raison d’État ! » Je sais trop, quant à moi, combien de crimes ont été ainsi justifiés au profit d’une oligarchie ! Pour adhérer sans masochisme à une telle politique, il faut évidemment être assuré d’appartenir à l’oligarchie qui en est bénéficiaire.

                Il importe peu ici de savoir quelles sont les méthodes indignes de ce principal dénoncées par des délégués de parents d’élèves. Les prétendus manquements professionnels du professeur mis en cause n’intéressent pas davantage. C’est un autre débat de fond qui n’est pas celui soumis en priorité à la Cour. Le débat sur la compétence du Tribunal Civil porte sur les moyens qu’une administration peut employer ou non - du moins dans un État de droit. Et le moyen suivant est-il acceptable ? Concourt-il au « bon fonctionnement d’un établissement » ? Une lettre secrète calomniant un professeur a été adressée par un principal à un président d’association de parents pour lui arracher un témoignage sur un événement dont il n’a pas été témoin, dans le but de nourrir un dossier disciplinaire contre ce professeur auprès d’un recteur dont le principal veut forcer la main.
                - Un président d’association de parents est-il une instance hiérarchique compétente à laquelle peut se référer un principal en matière disciplinaire ?
                - Comment appeler cette méthode qui consiste, au sujet d’un événement, à arracher un témoignage de quelqu’un qui n’a pas assisté à l’événement ?
                - Les droits de la Personne sont-ils respectés ?

                S’il avait des griefs à formuler contre ce professeur, ce principal devait soumettre les faits directement au recteur, instance hiérarchique compétente. Il était alors dans son rôle. Mais il ne l’a pas fait , tout simplement parce que le dossier était vide et qu’il fallait le monter de toutes pièces en « subornant » une sorte de faux témoin.

                Ces méthodes ne vous rappellent-elles donc rien ? Si on ne veille pas à les interdire dès qu’un individu sans foi ni loi les emploie, elles ont la particularité, figurez-vous, de faire tache d’huile puisque le pouvoir cherche à s’étendre tant qu’il ne rencontre pas d’obstacle, dit Montesquieu. « Seul, le pouvoir arrête le pouvoir », ajoute-il. De petites démissions en petites démissions, on se retrouve un jour devant un pouvoir tyrannique et on se met à gémir :« Comment cela est-il possible ? ». Mais je sais que le partisan de la raison d’État ne s’arrête pas à ces broutilles et que le fait du prince lui suffit à définir ce qu’il nomme « le bon fonctionnement » d’une collectivité.


              • (---.---.94.50) 14 septembre 2006 18:31

                Mais Monsieur V. l’état, c’est nous, c’est vous (l’oligarchie n’en est qu’une partie). Même s’il n’est pas mauvais que des idéalistes comme vous ou le professeur en question se dressent contre les dérives...Car la philosophie a démontré depuis un certain temps que la société avait besoin de sacrifices... mais encore une fois, il faut que les effets secondaires du remède ne soient pas pires que le mal qu’on veut soigner.


              • Paul Villach Paul Villach 14 septembre 2006 19:47

                Comme vous y allez ! C’est un abus de langage que de dire : « l’État c’est vous, c’est nous ». L’État - du moins dans une Démocratie - est un appareil disposant d’une force de coercition légitime déléguée temporairement à une majorité dans le but d’assurer au mieux la survie d’une collectivité entière. Cette force de coercition tire sa légitimité de son utilisation dans le cadre de lois strictes - du moins, encore en Démocratie. Hors de ce cadre, elle perd toute légitimité car elle se met alors au service d’une oligarchie.

                Libre à vous de postuler une philosophie sociale qui exige des sacrifices : on a vu ces mythologies à l’oeuvre dans le passé. Ceux qui y adhéraient, avaient le bon goût d’y envoyez d’abord les autres ! Je vous renvoie volontiers à la chanson de Brassens, « Mourir pour des idées » ! Puisque vous y tenez tant, allez y donc le premier ! « Nous vous cédons le pas ! »

                Je ne sache pas que le rappel de la loi et la sanction qu’elle exige en cas de transgression, soit « un remède pire que le mal que l’on veut soigner », sauf à renoncer encore une fois à vivre en Démocratie. Ce que vous nommez « réalisme » - par opposition à mon prétendu « idéalisme » - est en fait le rejet de la construction de la Démocratie dont les lois finissent par contrarier un Pouvoir qui n’entend rencontrer aucune limite. On ne saurait mieux trahir une inclination pour une tyrannie à venir.


              • (---.---.94.50) 14 septembre 2006 21:24

                Diable ! « inclination à la tyrannie... » je vais finir par me faire peur, moi qui n’ai voulu que choisir le pragmatisme contre les principes juridiques à propos d’une affaire que je supposais mineure.


              • Paul Villach Paul Villach 15 septembre 2006 11:34

                C’est à moi que vous faites peur, parce que partisan de la raison d’État vous vous réservez une justification personnelle de violer la loi si vous le jugez bon au nom d’un alibi qui préserve les intérêts d’une oligarchie ! On ne peut que vivre en insécurité avec de pareilles gens !

                L’affaire est , d’autre part, mineure, je vous l’accorde, par rapport à d’autres qui mettent la vie ou la liberté des personnes en jeu, ou par rapport au nombre de personnes concernées.

                Mais elle est aussi majeure parce que toute violation des droits de la personne ne peut être minorée dans une démocratie, sous peine de finir par être excusée puis imitée. Elle est d’autant plus majeure puisque l’auteur du délit est une administration (c’est-à-dire l’agresseur soutenu par recteur, préfet, procureur, en passe d’être rejoints par la justice civile pourtant garante des droits de la personne ) alors qu’elle devrait être exemplaire dans le respect des lois !

                Vous étiez curieux de connaître l’autre versant de l’affaire, c’est-à-dire le fond qui ne peut être évité dans le débat sur la compétence juridictionnelle. Voici la fameuse lettre secrète, anonymée bien sûr . Elle est adressée sur papier libre au président d’une association de parents d’élève par le principal du collège. Les incorrections et erreurs d’orthographe sont respectées .

                "Monsieur le Président, je tiens à vous informer de la situation alarmante et intolérable que j’ai eu à gérer lors du conseil de classe de 3ème 4 du 2ème trimestre qui s’est déroulé le 22 mars 2004 à 17h45 au collège.

                Outre les problèmes liés au fonctionnement en tant que professeur principal de la classe de M. Dupont et à sa façon de s’adresser au chef d’établissement (sic) d’autres points nettement plus inquiétants sont à relever.

                En effet suite à la fin de l’étude des cas individuels d’élèves, lorsque j’ai donné la parole aux élèves délégués il n’y a rien eu à signaler si ce n’est des remerciements très appuyés par le délégué élève à M. Dupont pour son organisation du voyage en Campanie.

                A la suite, les parents délégués ayant la parole j’ai eu aussi la stupeur outre les mêmes remerciements largement appuyés en direction du même professeur d’entendre Mme Renaud m’accuser de manipulation et de falsification lors du CA du 9 octobre 2003 ayant pour but d’empêcher ce voyage, cela sur un ton très agressif voire violent. Je lui ai rappelé que ces accusations étaient évidemment de sa responsabilité et que nous étions réunis pour un conseil de classe. Elle a poursuivi ses allégations en associant tous les représentants de l’assocation de parents. J’ai tenté d’expliquer la situation en reprenant les faits réels et la justification d’un vote à bulletins secrets ce pour tous les voyages proposés lors de ce CA. Je n’avais pas à me justifier surtout en conseil de classe, mais je l’ai fait dans un souci de clarté. Il va s’en dire (sic !) que M. Dupont s’est joint aux doléances de manière aussi violente à l’image de ses interventions en ma direction pendant ce conseil. Outre l’image regrettable (encore une fois) donnée aux élèves délégués, d’adultes qui sortent du contexte d’un conseil de classe pour agresser et accuser un chef d’établissement, il y a l’association de parents d’élèves qui est mise en cause puisque associée aux déclarations/accusations de ce parent délégué.

                Aussi vous je vous demande (resic !) expressément de clarifier par écrit cette affaire qui dépasse largement les limites de ce qui est admissible en matière d’accusation. Il va s’en dire (rereresic !) que comme pour les autres situations qui ont pu dégénérer depuis le CA du 9 octobre 2003 (CA du 20 novembre 2003) un rapport expliquera cette situation à mes supérieurs hiérarchiques. Je joindrai votre lettre à ce rapport.

                J’ajoute qu’à la fin du conseil de classe Mme Renaud s’adressant à voix haute à M. Dupont lui a dit « je ne sais pas comment vous faites pour rester dans une ambiance aussi malsaine, je suis tellement écoeurée que je sors de cette salle pour remplir la synthèse ». J’étais seul en train de ranger le matériel de vidéo projection à ce moment là dans la salle, je vous laisse le soin d’en déduire ce que je peux interprêter.

                Dans l’attente d’une réponse rapide, je vous prie de croire, Monsieur le Président, en (sic) l’expression de mes sincères salutations. Le principal..."

                Bref contexte : 1- au CA du 9 octobre 2003, ce principal - nouveau dans l’établissement, ancien prof d’EPS - avait, dans une grille récapitulative des voyages proposés, tenté de faire croire à tous que le prix du voyage en Campanie ( qui en était à sa 15ème édition) était de 4.400 Euros par élève (au lieu de 360 Euros) pour susciter le rejet. Le vote secret qu’il avait imposé, s’était retourné contre lui : l’anonymat avait donné à des délégués le courage de voter en faveur du voyage, contre sa volonté. Il se vengera en fin d’année scolaire en interdisant ce voyage par deux critères fantaisistes pour la réalisation d’un voyage : obligation d’en passer par un voyagiste (donc marge commerciale en plus) et un plafond de 200 Euros par élève, ce qui est bien sûr impossible pour un voyage en Campanie de 8 jours.

                2- Les quatre délégués de l’assocation de parents (dont son président) avaient signé, le 1er décembre 2003 une protestation contre les méthodes de ce nouveau principal et en particulier contre son « manque d’objectivité » et la falsification des faits par le procès-verbal du Conseil d’administration du 9 octobre 2003, adopté le 20 novembre suivant.

                Voyez, en matière de violence scolaire, les élèves peuvent être parfois à bonne école !


              • (---.---.94.50) 14 septembre 2006 11:32

                La plupart des gens ont condamné le juge d’Outreau non pas sur son mépris des principes juridiques mais sur sa manière de les appliquer (issue de son ignorance de la psychologie des enfants) comme s’il croyait que « son » respect du droit pouvait compenser son incompétence).


                • (---.---.94.50) 14 septembre 2006 11:43

                  Et un Principal (comme un préfet : Bonnet ) n’a pas en principe de fins personnelles, il est un maillon de l’Etat (sauf bien sûr si son poste, son emploi, ou à la rigueur sa carrière, sont en jeu). Il est vrai que Bonnet a été condamné. Est-ce une victoire de la démocratie ou de la jungle ?


                • Ignorantus (---.---.75.216) 14 septembre 2006 12:19

                  A propos de « l’ignorance de la psychologie des enfants » du juge d’Outreau, ignorance que les enfants mentent ou déforment plus souvent qu’à leur tour, on ne rappellera jamais assez que « les enfants disent toujours la vérité » avait été érigé en dogme au ministère de l’Education nationale dès 1997 par Ségolène Royal cette grande favorite des sondages actuels. Quelques enseignants, innocentés de longues années après avoir été accusés, l’ont durement payé (cf. le livre de Marie-Madeleine Robin, « L’Ecole du soupçon »).


                  • victor (---.---.0.133) 16 septembre 2006 19:30

                    Il me semble que des « Collégues » ayant des fonctions d’autorité participent en nombre à ce forum et réagissent malheureusement (pour le plus grand nombre) comme certains d’entre nous...C’est sdandaleux ! c’est pas une raison de vous plaindre mon bon monsieur !Ce genre d’affrontements judiciaires n’arrivent qu’aux mauvais coucheurs !Aux citoyens paranos !...Et j’en passe et des meilleurs !!! Bref ,cela n’arrive qu’aux autres...Même quand vous prenez voytr voiture ! BEN VOYONS !!!

                    La Bétise est la « chose » la mieux partagée, même dans un FORRRUMMM !


                    • (---.---.94.50) 16 septembre 2006 21:43

                      « je me les sers moi-même avec assez de verve ». E.R. Quant à « mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis, je m’en charge »,je ne me rappelle plus l’auteur.


                      • Nadie (---.---.74.57) 20 septembre 2006 23:01

                        « Un principal peut-il stigmatiser secrètement un professeur devant une association de parents d’élèves ? »

                        Poser cette question indique déjà que tout va bien mal. Je ne travaille pas dans le domaine de l’éducation. Pourtant, il me semblait qu’un principal était aussi un éducateur et qu’il avait l’honneur de sa foncction.

                        Pour ce qui est indiqué ici, je m’aperçois que ce n’est pas le cas.

                        Un pricipal, s’il a des reproches à faire envers un de ses subordonnés doit le convoquer, l’admonester s’il en est besoin et si les reproches à lui faire sont graves, il peut saisir son suoérieur qui est sans doute le recteur ?

                        Cette lettre secrète de stigmatisation rappelle des temps noirs, de plus elle est adressée à une association extérieure, semble-t-il pour faire pression ? Que je sache les associations de parents d’élèves ne sont pas les employeurs de ce professeur, et chose aggravante, la lettre de cachet est adressée au président, qui de surcroît n’assistait pas au conseil de classe.

                        Un pricipal s’adresse à un président, question de grades dans la fonction ?

                        Il faut se réjouir que le président de l’association et ses adhérents n’aient pas accepté de marcher dans ce qu’il faut bien appeler une indécence, une délation. Dire que nous en sommes amenés à féliciter ce qui devrait aller de soi, la lettre secrète n’avait pas lieu d’être !

                        Chaque employé doit pouvoir avoir connaisance de son dossier administratif, des faits qu’on pourrait avoir à lui reprocher, des lettres échangées à son sujet, des risques de sanction qui pourraient lui être appliqués si besoin en était.

                        Les droits d’exercer sa défense envers un supérieur hiérarchique doivent aussi être la loi . Il existe bien des commissions de discipline à saisir si besoin s’en fait sentir ?

                        Dans l’entreprise où je travaille, il a été question de faire intervenir les usagers dans les conseils de direction, usagers juges et parties ou manipulations ?

                        Que sont donc devenus les droits élémentaires ?


                        • Nadie (---.---.74.57) 20 septembre 2006 23:03

                          « Un principal peut-il stigmatiser secrètement un professeur devant une association de parents d’élèves ? »

                          Poser cette question indique déjà que tout va bien mal. Je ne travaille pas dans le domaine de l’éducation. Pourtant, il me semblait qu’un principal était aussi un éducateur et qu’il avait l’honneur de sa foncction.

                          Pour ce qui est indiqué ici, je m’aperçois que ce n’est pas le cas.

                          Un pricipal, s’il a des reproches à faire envers un de ses subordonnés doit le convoquer, l’admonester s’il en est besoin et si les reproches à lui faire sont graves, il peut saisir son suoérieur qui est sans doute le recteur ?

                          Cette lettre secrète de stigmatisation rappelle des temps noirs, de plus elle est adressée à une association extérieure, semble-t-il pour faire pression ? Que je sache les associations de parents d’élèves ne sont pas les employeurs de ce professeur, et chose aggravante, la lettre de cachet est adressée au président, qui de surcroît n’assistait pas au conseil de classe.

                          Un pricipal s’adresse à un président, question de grades dans la fonction ?

                          Il faut se réjouir que le président de l’association et ses adhérents n’aient pas accepté de marcher dans ce qu’il faut bien appeler une indécence, une délation. Dire que nous en sommes amenés à féliciter ce qui devrait aller de soi, la lettre secrète n’avait pas lieu d’être !

                          Chaque employé doit pouvoir avoir connaisance de son dossier administratif, des faits qu’on pourrait avoir à lui reprocher, des lettres échangées à son sujet, des risques de sanction qui pourraient lui être appliqués si besoin en était.

                          Les droits d’exercer sa défense envers un supérieur hiérarchique doivent aussi être la loi . Il existe bien des commissions de discipline à saisir si besoin s’en fait sentir ?

                          Dans l’entreprise où je travaille, il a été question de faire intervenir les usagers dans les conseils de direction, usagers juges et parties ou manipulations ?

                          Que sont donc devenus les droits élémentaires ?


                          • Paul Villach Paul Villach 21 septembre 2006 11:53

                            Nous sommes bien sur la même longueur d’onde. Mais nous sommes si peu nombreux ! Cordialement, Paul VILLACH


                          • QUENTIN QUENTIN 14 novembre 2006 20:52

                            Bonsoir,

                            Si vous me recevez et en avez le temps, pourriez vous écrire sur ce lien ou un nouvel article, ce qui est advenu de la décision en appel concernant le professeur inculpé ? J’avais noté cette date du 14 novembre ainsi que votre nom sur mon calendrier pour me rappeler qu’une décision finale serait apportée sur ce cas de lettre secrète et d’inculpation. J’aime connaître les suites de quelques affaires que je juge injustes et intolérables. La justice a-t-elle été juste ? Je vous remercie de votre attention aux faits indignes.

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