Le père jésuite Samir Khalil Samir, professeur d’islamologie et de la pensée arabe à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth) a une autre opinion.
Selon lui, "Le pape constate que l’Occident se ferme toujours plus à la dimension religieuse, alors que les trois-quarts de l’humanité vivent de cette dimension religieuse. Il propose une critique de la raison occidentale, de la raison positiviste, faite de l’intérieur. Une critique qui ne rejette rien des acquis de la Renaissance et de l’Illuminisme (Aufklärung), mais qui en rejette les excès. Ce faisant, l’Occident est en passe de se fermer à toute la dimension religieuse qui anime d’immenses peuples, dont les musulmans et les chrétiens africains, asiatiques ou orientaux. Il critique cette raison séculariste qui étouffe l’Esprit.
Donc le pape s’en prendrait tout autant aux incroyants qu’aux islamistes. Et même nettement plus aux premiers qu’aux seconds :
« Notre monde arabo-musulman n’a qu’un désir : faire vivre en harmonie la foi musulmane authentique dans une modernité ouverte au spirituel. Mais cette modernité se présente à nous comme étant un Occident dur et sec, possédant une intelligence supérieure vidée de son âme. Cette modernité-là nous n’en voulons pas ... et avec raison ! Et alors, la tentation est forte de se réfugier dans le religieux, dans le religieux privé de tout esprit critique, d’autant plus a-critique que l’Occident a fait de la critique son cheval de bataille. Même la liberté, ce don magnifique de Dieu à l’Homme, est parfois dénaturée, et peut facilement devenir « un prétexte pour la chair », comme le dit saint Paul dans sa magnifique épître aux Galates (5,13). Alors nous nous sommes détournés aussi de la liberté. Sans raison critique, sans liberté, que nous reste-t-il encore d’humain ? »
A noter que ce jésuite moyen-oriental se gargarise de paulinisme : Saint Paul, de part son ingérisme, sa bigoterie, sa misogynie, sa pruderie, son prosélythisme, qui a fondé l’Eglise, ressemble étrangement aux intégristes islamistes.
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