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Commentaire de Zawgyi

sur Dylan vit de la solidarité nationale mais, dit-il, la France est un pays injuste !


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Zawgyi 24 avril 2008 10:45

Je souhaite à mon tour réagir à votre réaction.  J’ai moi-même été dans une situation qui me permets de parler des abus que favorise le système. Encore une fois, mon cas est particulier, mais montre malgré tout les dérives que l’on peut observer dans les mentalités aujourd’hui du fait d’un système manquant de fluidité et de flexibilité.

Je suis revenu en France après 5 ans passés à l’étranger. Au passage, je tiens à dire qu’il m’est arrivé de connaître des moments difficiles là-bas, travaillant 7j/7 pour 450 USD par mois. Mais un système plus flexible a fait qu’il m’a été plus facile de rebondir et de retrouver un travail dessent qu’en France. De retour en France, il m’a fallu presque 8 mois pour retrouver un emploi, malgré mes 10 ans d’expérience (dont 5 à l’international), mon Bac+5 et mes connaissances linguistiques.

N’ayant pas le droit aux Assedic (ce qui est normal) j’ai eu accès au RMI et à la CMU. La première chose qui m’a frappé fut le discours de l’assistante sociale : "ne vous en faites pas, prenez autant de temps qu’il vous faudra pour retrouver un travail, nous ferons en sorte que vous conserviez vos droits, quoiqu’il arrive". N’est-ce pas une manière un peu curieuse de motiver un chômeur en recherche d’emploi ? Sans parler de l’icompétence de l’APEC et de l’ANPE, se contentant de remplir (avec des erreurs) votre CV sur leurs ordinateurs.

On a beau dire ce que l’on veut sur le système anglais : vous recevez un appel personnalisé à chaque fois qu’une offre pourrait correspondre à votre profil. Cette même personne vous appelle pour vérifier où vous en êtes dans votre recherche d’emploi et pour être sûre que vous n’êtes pas en train de remplir votre feuille de présence en ligne depuis la plage. Et enfin, vous recevez un coup de fil pour vous féliciter et vous encourager quand vous trouvez un job. D’un autre côté, vos droit sont progressivement supprimés à chaque fois que vous refusez un job correspondant à votre profil... Qui a-t-il de plus normal que cela ?

La recherche d’un travail en France a été longue du fait d’un système qui ne favorise pas la flexibilité : les travailleurs veulent tous un CDI pour rester 20 ans dans la même boite (et après on s’étonne d’avoir des difficultés pour reconvertir ces employés lors d’une fermeture ou d’une délocalisation), les entreprises ont tellement de difficultés à embaucher qu’elles ne le font pas. Dans le cas où elles le font, elles posent alors des questions du type :"où vous voyez-vous dans 10 ans ?". Parce-qu’embaucher un employé pour moins longtemps que cela représente un coût trop important pour une petite structure. Ce qui est ridicule au vu de l’évolution des modes de vies.

Arrêtons les discours "tous des voleurs" sur les patrons et souvenons-nous que la grande majorité des entreprises en France sont des PME assommées par les impôts et à qui ont ne laisse pas la possibilité de se développer, d’innover et de devenir compétitives. La politique actuelle avec toujours plus d’impôt favorise la concentration de l’économie dans les mains des grands groupes. Savez-vous à quel point créer une entreprise est un parcours du combattant ? Même pour créer une entreprise unipersonnelle en ligne, sans avoir besoin de capital ni de locaux, nécessite d’avoir des garanties financières, allant jusqu’à 150 000 € dans le cas de professions réglementées comme l’organisation de voyages ? Comment voulez-vous avoir le soutien d’une banque pour de tels montants quant vous êtes au chômage et que vous voulez créer votre boite ? Savez-vous qu’une personne créant sa petite structure de design de sites Internet sera imposée comme une profession libérale, au même titre qu’un avocat ou qu’un médecin, pour un travail rémunéré au smic ?

Finalement, la situation était devenue ridicule. Impossible de trouver un job d’un côté, alors que j’étais prêt à travailler pour n’importe quel salaire. Travailler n’importe où en France, c’est tout ce que je voulais. D’un autre côté, les représentants de l’Etat qui me disaient : surtout prenez votre temps, nous sommes là pour vous donner de l’argent aussi longtemps que vous le voudrez. Et tout était fait pour m’empêcher de créer mon entreprise. Alors que faciliter la création de TPE permettrait de réduire le nombre de chômeurs et de multiplier le nombre d’actifs payant des taxes et impôts, qui alimentent notre système de solidarité.

J’ai eu l’occasion de cotoyer des nombreuses personnes dans le même cas que moi. Certains postulant même à des emplois de nuit pour pouvoir commencer à travailler en attendant de trouver autrechose. Parce que, comme moi, on leur avait toujours appris dans leur famille qu’il n’y a pas de sot métier et que l’important est de travailler peu importe comment. Mais comme moi, ils ne trouvaient rien, du fait d’un système déréglé.

La solidarité est une bonne idée et il est vrai que beaucoup de personnes en ont besoin. D’un autre côté, à toujours imposer les actifs et les entreprises, en ne poussant pas les inactifs à travailler, en mettant des obstacles à la création de petits entreprises, on favorise l’émergence des personnes dans le besoin, on encourage l’inactivité, on limite le nombre de personnes payant des taxes et on en arrive à une situation où le pouvoir économique est détenu par une petite poignée de grosses boites, avec des employés mis sous pression car ne voulant pas perdre leurs jobs.

On en arrive aussi à créer des pluriactifs, obligés d’avoir deux jobs parce que les salaires sont bas. Les salaires sont bas parce que les patrons des petites boites ne peuvent pas se permettre de payer plus ou parce que les patrons des grosses boites savent qu’ils peuvent faire pression sur leurs employés du fait de la peur du chômage.

On pense souvent que la flexibilité donnerait plus de pouvoir aux entreprises, ce qui est faux. Un employé qui est certain de retrouver facilement du travail ou de pouvoir créer sa boite, peut plus facilement négocier d’égal à égal avec son patron. La flexibilité encourage la libre concurrence, donc l’innovation et l alibre concurrence. Comment expliquer sinon que la plupart des PME française qui souhaitent se développer ou innover à partir d’un concept nouveau, s’installent souvent à l’étranger ?

De plus, plus de flexibilité permettrait de faire le tri entre ceux qui sont réellement dans le besoin et ceux qui profitent du système. Finalement, n’ont-ils pas raison de le faire aujourd’hui puisque tout est fait pour dévaloriser le travail ? Les 35 h, les heures sup’ non payées, les impôts sur les PME et sur les revenus (certaines taxes sont calculées sur le revenu avant impôt, donc sur de l’argent que vous n’avez pas perçu... génial, non ?), l’abandon du CPE/CNE (franchement, une période d’essai de 2 ans est plus que raisonnable pour une première expérience : en dix ans d’expérience j’ai travaillé pour 6 entreprises différentes, faites le calcul), le gouvernement pliant devant chaque petite revendication des favorisés du secteur public qui refusent les réformes (EDF, SNCF, etc.)... Tout est fait pour dévaloriser le travail et pour favoriser l’émergence de trois classes : les riches rentiers, les employés à vie du service public ou les pauvres assistés.

Pour conclure, je dirais qu’il faut que les Français arrêtent d’avoir peur du futur et du changement. Le changement est de toute manière inévitable, le tout est de l’orienter pour qu’il soit le plus bénéfique possible. Le changement est bon même : qui voudrait encore vivre comme il y a 50 ans ? Changer de job, de ville, de pays, bouger, voyager, tout cela est enrichissant et de toute manière de plus en plus inévitable. Ce sont ceux qui refusent cela qui se placent dans une situation de précarité. La force de l’humain c’est sa capacité d’adaptation. C’est ce qui fait que nous sommes encore là quand d’autres espèces ont disparu. Les temps ont changés, il faut s’adapter. Les 30 glorieuses sont finies, il faut se faire une raison : la vie coûtera plus cher, il faudra travailler plus sans vivre mieux, tout en pensant à économiser pour sa retraite.

Mais, la société française continue à fonctionner selon une culture hédoniste et égoïste datant de mai ’68, une culture qui a finalement amené une génération qui n’a jamais connu ni la guerre, ni le chômage, ni le phénomène de rareté, à vouloir profiter de tout tout de suite sans jamais rendre de comptes. Cette époque est révolue. J’irais même plus loin : elle est responsable de tous les maux que nous connaissons aujourd’hui = la pollution, le changement climatique, la disparition du tissu social et de certaines valeurs... Si bien que l’on assiste à un phénomène de nostalgie de réaction, un repli sur soi et sur le passé, au lieu d’avoir une population qui se tourne avec entrain vers l’avenir. Au lieu de parler d’une Europe moderne, d’une société libérée de ses carcans, d’une population innovante, on observe un retour à la religion, à la xénophobie, au nombrilisme (quelle a été la place de l’Europe et de la politique étrangère pendant la campagne présidentielle ? Nous en sommes restés à ce bon vieux clivage ridicule gauche/droite, qui n’a plus aucun sens...), à de vieilles valeurs. La société française est devenue une vieille fille qui radote, et il ne faut pas s’étonner que notre culture ait perdu de son sex appeal à l’étranger. En contrepartie, il ne faut pas non plus s’étonner de voir tous les jeunes actifs partir s’expatrier, dans des pays que l’on fustige pourtant pour leurs systèmes favorisant la précarité, l’insécurité, la pauvreté, etc.

 

 


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