Merci pour cet article intéressant. On pourrait cependant ajouter qu’il y a entrepreneur et entrepreneur, tout comme il y a salarié et salarié. Certains entrepreneurs sont de quasi-salariés, de faux indépendants, parce qu’ils dépendent complètement des grosses entreprises qui les fournissent ou qui leur achètent leurs produits (grande distribution, notamment). Dans le Nouvel esprit du capitalisme, les sociologues Luc Boltanski et Eve Chiapello expliquent bien comment, au cours des années 70, le capitalisme a changé de visage. Les grosses entreprises intégrées de l’ère fordiste (1930-70 en gros) ont éclaté : elles ont abandonné une grande partie de leurs activités (par exemple : nettoyage des locaux) et les ont confiées à des entreprises sous-traitantes. C’était une excellente idée d’un point de vue stratégique : cela permettait de faire porter une partie du risque à des petites entreprises, tout en divisant les salariés (diviser pour régner, cela marche toujours). Il y a donc, parfois, une différence assez floue entre le statut d’entrepreneur et celui de salarié (même si beaucoup de petits entrepreneurs, par fierté, ont du mal à l’admettre et veulent encore croire à leur indépendance).
Inversement, la distinction est assez floue entre certains entrepreneurs et le monde de la finance, que vous avez tendance à différencier systématiquement. Les managers des grosses entreprises sont sans doute salariés, mais cela ne les empêche pas d’être détenteurs d’une bonne partie du capital (de leur entreprise ou d’autres entreprises). Ils sont d’ailleurs en grande partie payés en stock-options. Pour ces salariés-là, on peut se demander ce que signifie vraiment le "risque" dont ils se gargarisent.