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Commentaire de Artius

sur Un enfant mort à l'hôpital, une infirmière mise en examen, et bientôt... un ministre en garde à vue ?


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Artius 30 décembre 2008 14:01

Les erreurs médicales, car c’est de cela dont il s’agit, ont malheureusement toujours existé.

Bien sûr, d’un point de vue émotionnel, nous sommes tous touchés plus durement lorsque la victime est un enfant, comme dans le cas présent.

Néanmoins, lorsque l’on voit la tournure que prend cet évènement, il serait peut-être bon de faire preuve d’un peu de raison et de moins d’émotion.

Oui, l’infirmière a fait une erreur mais pour autant, est-elle totalement responsable ? Qui d’entre-nous ignore le cruel manque de moyens des hôpitaux publics ? Qui d’entre-nous ignore que certains métiers plus que d’autres impliquent de lourdes responsabilités ? Enfin, qui d’entre-nous n’a jamais commis la moindre erreur dans son parcours professionnel ?

Nous sommes au 21ème siècle. Cela veut dire qu’il y a eu d’autres siècles avant. C’est une évidence, mais certaines évidences ont, de nos jours, une fâcheuse tendance à être oubliées.
Est-il besoin de rappeler ce qu’était la médecine dans les 20 siècles qui ont précédé le nôtre ?
Il semblerait que oui.
Pour cela, inutile de remonter jusqu’à Hyppocrate, rappelons simplement que la découverte de la pénicilline date de 1928.
Afin d’illustrer mon propos, je vous invite à visiter ce lien : www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_pedagogiques/duree_de_vie _deces_mortalite/mortalite_infantile_france/

Vous y verrez notamment qu’en 1740 le risque pour un nouveau-né de mourir avant son premier anniversaire (!) était de 300 pour mille, qu’en 1930 il était d’environ 100 pour mille et de 3.6 arrondi à 4 pour mille en 2005.

Indubitablement, la médecine a fait des progrès et il ne se trouvera personne pour s’en plaindre : la médecine a fait reculer la mort, la nôtre et celles de nos proches.

Cependant, de fait, faire reculer la mort ne signifie nullement l’abroger. Parrallèlement, faire diminuer les risques de mortalité, ne signifie nullement l’abroger. Or, nous pouvons tous constater qu’il plane dans l’air depuis au moins 20 ans, une idée absurde qui consiste à croire que la vie serait exempte de risques. On trouve même l’illustration de cette idée dans des décisions de justice, ou dans les textes du législateur.

Deux exemples, un d’outre-atlantique, l’autre de chez nous :


- Un conducteur de camping-car a la géniale idée d’utiliser son régulateur de vitesse alors qu’il roule, et de se rendre dans la partie habitable de son véhicule afin d’y faire je ne sais quoi. Evidemment, le véhicule a un accident, le conducteur porte plainte au motif qu’il n’était pas indiqué sur la notice qu’il ne fallait pas quitter le poste de conduite en roulant, et gagne.

- Dans le même ordre d’idée, les représentants du peuple en France ne cessent de légiférer avec force sages décisions afin de faire diminuer le nombre de morts sur les routes. Noble idée, mais comment peut-on concevoir que personne ne meurt lorsque des milliards de déplacements sont effectués chaque année ? Comment peut-on espérer réduire à zéro le risque de voir mourir un humain lancé dans une boîte de métal d’une tonne ?

Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou non, il faut quand même bien reconnaître et admettre que le simple fait de vivre implique la possibilité de mourir, et ceci dès le moment où la vie a pris forme. C’est une loi de la nature et ne nous y trompons pas, la nature n’est pas toujours très tendre avec les êtres vivants qui la peuplent.

Pour en revenir au sujet de l’article, n’oublions pas que l’infirmière a fait le difficile choix d’aider des gens qu’elle ne connaît pas à repousser les limites de la mort. Et un jour, un malheureux jour, elle a fait une erreur. Une erreur qu’elle aura sans nul doute beaucoup de mal à se pardonner à elle-même, car enfin, elle n’a pas choisi d’être soldat, mais de guérir les gens.
Que la famille de la victime soit abattue est non seulement compréhensible, mais légitime : la mort d’un proche, quel que soit son âge, est toujours vécu comme une injustice, mais qu’apporte de plus le fait de penser qu’une mort est plus injuste qu’une autre ?
Faut-il lourdement condamner l’infirmière ? Oui, si elle s’était déjà rendue coupable de nombreuses erreurs auparavant. Et si tel est le cas, ce qui signifierait qu’elle était incompétente, qui est responsable ? Elle-même ? Son ou ses supérieurs hiérarchiques ? La faculté de médecine qui lui a délivré son diplôme ?
Qui est responsable de l’hôpital ? Qui est responsable de la faculté ?
On le devine aisément, les responsabilités sont nécessairement diluées et jusqu’à preuve du contraire cette femme a certainement sauvé plus de vies qu’elle n’en a ôtées.
Alors qui va endosser la responsabilité de cette mort ? Qui va faire office de fusible ? Une infirmière ? Un chef de service ? Un directeur ? Un représentant du gouvernement ? Un élu ?


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