Je suis moi-même très amateur de toute la musique dérivée du rock, elle peut aussi être poétique, je suis d’accord. Mais le point de départ du rock n’ roll, c’est "Graine de violence", pas "A Hard day’s night". Mon point de vue s’appuie sur le constat que le rock n’ roll étiqueté "musique de dépravés" a été civilisée par des contraintes.
Si je dis rock n’ roll, c’est pour appuyer sur le caractère adolescent de la "démarche" que je dénonce. On est passés de rebelles qui expérimentaient avec la morale en vue de trouver une vérité, comme Arthur Rimbaud ou Groucho Marx, à des personnes qui défendent leurs valeurs avant de défendre des valeurs, peu important qu’ils soient des jeunes en construction. "Crois en tes rêves", "affirme-toi", "je ne suis que moi", ce sont d’abord des slogans rock n’ roll avant d’être des slogans libéraux. Ce type de propagande a pourri le libéralisme originel et enterré la notion de responsabilité. Plus de cinquante années de permanence de ce discours, et on voit le résultat jusque chez les gens, qui sans qu’on ait à les représenter comme des saints, sont censés donner l’exemple.
Je considère qu’un libéral véritable, qui se pose régulièrement la question de sa responsabilité, n’est pas autre chose qu’un socialiste. Le reste n’a rien à voir avec le libéralisme, et j’aimerais bien qu’on cesse d’utiliser ce vocable pour désigner des comportements qui n’entretiennent aucun rapport avec cette honorable philosophie.
Le problème est d’ordre moral avant d’être idéologique. Plaignons-nous de la connerie, pas du libéralisme !