Du point de vue économique, la tradition parle de laissez-faire, c’est vrai. Du point de vue politique, on engage la notion de responsabilité. C’est assez schizophrène, mais surtout absurde. La libre circulation des marchandises est un concept invalide, pour la raison évidente que les marchandises ne se meuvent pas d’elles-mêmes. Les marchandises ne sont que des objets entre les mains des hommes, je considère donc que la liberté est une notion qui ne les concerne pas. Un homme libre et responsable a des droits et des devoirs, pas une marchandise, et je ne vois pas comment on peut parler de libéralisme économique. Une marchandise n’a ni liberté ni responsabilité. Quand les marchandises parleront, je changerai peut-être d’avis.
Vous lisez mal quand vous sous-entendez que je pense que l’Etat, en tant qu’institution économique auto-décrétée, devrait réguler le chômage. Keynes ne m’intéresse pas dans cette histoire, d’autant que je ne crois pas à une quelconque représentativité du Parlement qui rendrait légitime des pratiques globales telles que la relance permanente ou le libre-échange total. C’est en tant que pourvoyeur de lois, écrites selon les principes d’une Constitution politique, que l’Etat, entendu comme somme des diverses collectivités locales et assemblées de citoyens, est censé jouer un rôle. Or notre Constitution garantit que l’exercice de la liberté d’un homme ne saurait nuire à celle d’un autre. Je considère simplement qu’une personne libre qui prend le droit de priver une autre personne, libre elle aussi, des moyens de sa subsistance alors qu’elle les lui fournissait jusque-là, sans en avoir été privée elle-même, manque à sa responsabilité et ne correspond plus à l’idéal de liberté tel que défendue dans la Constitution. D’une certaine façon très perverse, l’esclavage est plus moral que le salariat, puisque lorsque l’esclave-marchandise est échangé contre un autre bien, l’esclave-homme lui est assuré de pouvoir assurer ses besoins vitaux (manger, dormir à l’abri). Ce qui a été gagné en 1789 n’est pas la liberté, juste l’assurance de l’intégrité physique de la personne qui obéit dans ses relations avec la personne qui la commande, intégrité qu’on a préféré ensuite menacer en laissant pourrir les conditions de travail et les machines, bref en mettant un intermédiaire entre le commandant et le subalterne, mais c’est une autre histoire.