Votre article est intéressant, parce qu’il aborde des questions de fond, mais il est aussi énervant - je parle pour moi - parce qu’il comporte des affirmations fausses ou très discutables.
Je suis d’accord avec vous quand vous parlez de l’effacement des clivages gauche/droite. Dans un grand nombre de pays du monde (mais pas tous), il y a eu effectivement un rapprochement de la gauche et de la droite. Pour l’essentiel, d’ailleurs, ce rapprochement s’est fait au bénéfice de cette dernière. En gros, les partis se sont droitisés. La question sociale, celle des inégalités de classes, a été mise entre parenthèse par les partis de gauche dominants.
Voyons maintenant nos points de désaccord :
- Il n’est pas sûr du tout que cette évolution marque une disparition définitive de la vie politique. A certains moments, les gens peuvent en avoir marre de se faire arnaquer par leurs gouvernants et par le pouvoir économiques. Il y a alors un important mouvement politique, et un renouveau du débat démocratique. L’exemple de plusieurs d’Amérique du sud est assez frappant à cet égard.
- Vous parlez avec un certrain mépris des problèmes matériels (argent, salaire, etc.). Pourtant, une bonne part des enjeux politique a toujours été là. Il n’y a rien de déshonorant à combattre les injustices sociales et à vouloir une amélioration des conditions d’existence. Tout ce qui fait la valeur d’une vie humaine (liberté, amour, culture) ne peut s’épanouir qu’à partir d’un certain niveau de vie. L’amélioration des conditions matérielles est aussi une question de morale et de dignité.
- Vous laissez entendre que les problèmes de misère sont résolus ou en passe de l’être. C’est parfaitement faux, même dans les pays riches.
- L’évolution des techniques peut sans doute être un obstacle à la vie politique. Une des raisons principales de la dépolitisation des sociétés riches vient du chômage de masse, lequel vient en partie (mais pas seulement) d’une évolution des techniques. Mais l’évolution des techniques, au XIXème siècle et au XXème siècle, n’a pas empêché l’émergence de mouvements politiques. Au contraire ! Et rien ne nous dit qu’il n’en sera pas de même dans l’avenir. A côté de techniques de contrôle et de formatages, il peut y avoir parallèlement l’apparition de techniques pouvant être utilisées dans un but subversif. L’augmentation de la productivité peut produire du chômage, mais elle peut aussi dégager du temps libre, grâce auquel les citoyens peuvent faire de la politique.
- Quand vous parlez des « peuplades » d’Amazonie et de Papouasie, on sent beaucoup de mépris. Pourtant ces gens auraient sans doute à nous apprendre pas mal de choses, et notamment dans le domaine politique. A ce sujet, je vous recommande un passionnant bouquin d’ethnologie : La société contre l’Etat, de Pierre Clastres.
- Si les gens sont trop abrutis pour faire de la politique, comme vous le pensez, je ne vois pas comment ils pourraient être assez intelligents pour faire de la philosophie !!!
Philosophiquement vôtre,
J. Grau