Oui.
Et ça va même beaucoup plus loin : à propos de l’attentat de Karachi : 11 français tués en 2002...
Karachi : la piste des rétrocommissions confortéeDe nouveaux éléments relayés par le quotidien
Libération
et le site Mediapart confortent la piste des versements occultes et
invalident celle d’un attentat islamiste. Ces révélations pourraient
s’avérer dangereuses pour Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget.
La piste de l’attentat islamiste a du plomb dans l’aile. Le quotidien
Libération, dans son édition du samedi 17 octobre, et
Mediapart
le 16 octobre, dévoilent de nouveaux éléments, qui confortent
l’hypothèse de versements occultes entre la France et le Pakistan,
versements qui pourraient être liés à l’attentat de Karachi en 2002.
La piste islamiste, montée de toutes pièces ?
Libération s’est procuré les conclusions écrites par les magistrats chargés d’examiner cette affaire en appel, le 5 mai 2009.
Celles-ci affirment qu’"
aucune preuve
n’a été produite par l’accusation pour montrer que les deux
justiciables sont à l’origine de l’explosion" qui a tué 11 salariés
français de la Direction des constructions navales (DCN) à Karachi le 8
mai 2002.
Les deux militants, Mohammad Rizwan et Asif Zaheer, soupçonnés
d’appartenir à l’internationale islamiste, tenus pour coupable et
condamnés à mort, doivent être relâchés. Selon ce rapport, le seul
témoignage est « le résultat d’une construction » des policiers
pakistanais :
l’unique témoin
est un vendeur de pain ambulant, présenté tardivement par la police
pakistanaise et qui affirme avoir vu les deux hommes ensembles quelques
mois avant l’attentat.
D’autre part, les aveux d’Asif Zaheer lui auraient été
arrachés, au bout de 23 jours de détentions dans des conditions qui ne sauraient les rendre crédibles.
Le quotidien pointe également une autre incohérence :
l’explosif
mentionné dans le rapport de police ne correspondrait pas à celui
identifié par un laboratoire d’experts parisiens chargé d’analyser les
débris recueillis le jour de l’attentat. Selon ce laboratoire, c’est un
explosif militaire à base de RDX qui aurait été utilisé, alors que les
rapports pakistanais parlaient de nitrate d’ammonium.
Des documents de la DCN compromettants
Pourquoi la police pakistanaise aurait inventé de fausses preuves, de
faux témoignages, de faux coupables ? Les documents que se sont procurés
les juges d’instruction Marc Trévidic et Yves Jannier, chargés de
l’enquête sur l’attentat, peuvent constituer un début de réponse.
Le site d’information Mediapart révèle que les deux juges disposent de
plusieurs notes de la DCN, qui confirment noir sur blanc la piste des
versements de
rétrocommissions en France entre 1994 et 1995, en marge du contrat d’armement passé en 1994 entre la France et le Pakistan.
Ces documents évoquent les moyens pour la DCN de récupérer les sommes
qui n’ont pas été versées aux intermédiaires du contrat Agosta, le
contrat d’armement passé entre la France et le Pakistan. Ces
intermédiaires devaient toucher, au total, 4% du montant global du
contrat, soit 825 millions d’euros, jusqu’à ce que le versement de 15%
des commissions – soit environ 5 millions d’euros – ait été stoppé net
en 1996.
L’un des documents indique que l’intermédiaire missionné par la DCN a agi en "
violation
de la clause prohibant les retours des commissions en France ». Comme le
souligne Mediapart, c’est la première fois que la piste des
rétrocommissions est évoquée de façon aussi frontale dans un document
émanant de la DCN.
Dans une autre note, on peut lire que « la DCNI a décidé en 1996
d’interrompre le versement dû au Consultant après avoir été informé par
les autorités françaises du fait qu’une partie des commissions était
susceptible de bénéficier à des intérêts français ».
C’est en fait
Jacques Chirac qui a demandé l’arrêt de ces versements en 1996. Il aurait en effet suspecté
Edouard Balladur d’avoir financé sa campagne de 1995 en partie avec ces rétrocommissions.
Un lien entre l’arrêt des commissions et l’attentat ?
Nous pouvons lire sur le site de Mediapart que "selon une enquête
interne à la DCN, menée en 2002 sous le nom de code « Nautilus » par un
ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire, Claude
Thévenet, les causes véritables de l’attentat (…) seraient en réalité
liées au
non-versement
de commissions occultes dues par la France à des officiels pakistanais.
Il n’existe pour le moment pas de preuve matérielle de lien entre
l’arrêt des versements et l’attentat de Karachi, mais ces documents
confirment en tout cas les
pratiques financières obscures qui entourent ces contrats.
Nicolas Sarkozy dans la ligne de mire ?
Nicolas Sarkozy était à l’époque le
directeur de campagne d’Edouard Balladur, en même temps que son
ministre du budget pendant la cohabitation de 1993-1995.
La révélation de notes issues de la DCN et mentionnant le possible
versement de rétrocommissions à des balladuriens ne rassure donc pas
l’Elysée.
Mediapart fait ainsi mention d’un rapport de synthèse, datant de mars
2007. Les policiers de la Division nationale des investigations
financières (DNIF) y font allusion à une note découverte lors d’une
perquisition à la DCN.Celle-ci « retrace les agissements du représentant
de la DCNI au Luxembourg, Jean-Marie Boivin, d’août 1994 à 2004, avec
notamment la création des sociétés Heine et Eurolux. Elle fait ainsi
apparaître que la création de la société Heine au second semestre 1994
s’est faite après accord de Nicolas Bazire, directeur de cabinet du
premier ministre Edouard Balladur, et du ministre du budget
Nicolas Sarkozy, et fait un lien avec le financement de la campagne électorale d’Edouard Balladur pour l’élection présidentielle de 1995 ».
Par ailleurs, les familles des victimes de l’attentat ont souligné le 15 septembre dernier le «
soutien inexistant »
du président Nicolas Sarkozy dans l’enquête sur l’attentat de Karachi,
alors qu’il fait preuve de beaucoup d’activisme dans les autres
affaires internationales, prises d’otages ou prises en charge des
familles de victimes d’accidents aériens