Bonjour, la râleuse.
Vous avez bien raison de râler. Effectivement, le choix des informations par les journalistes n’est pas neutre politiquement. De la part du gouvernement, il y a une volonté délibérée de lancer des débats sur des sujets relativement marginaux (la burqa en France, par exemple) afin de détourner l’attention des gens des problèmes les plus graves. Du côté des journalistes, il peut y avoir sans aucun doute une complaisance à l’égard du pouvoir politique. Mais il y a aussi la logique propre aux médias de masse : pour avoir de l’audience, on va privilégier des événements ponctuels, des faits divers, plutôt que de s’intéresser en profondeur à des phénomènes durables. On va parler des SDF lorsque certains meurent au début de l’hiver. C’est une espèce de rituel, chaque année depuis des lustres. Mais peu de journalistes vont faire l’effort d’expliquer pourquoi il y a tant de SDF, pourquoi si peu de logements sociaux sont construits, etc.
Il y a tout de même des petites choses qui me gênent dans votre article, c’est que vous jugez négligeables des informations très significatives. Les suicidés de France Telecom, ce n’est pas juste un fait divers parmi d’autres, comparable à la mode du Sudokku chez ces horribles fonctionnaires de la SNCF (que vous ne portez pas dans votre coeur, visiblement). Cette vague de suicide est révélatrice de l’évolution du travail en France, et pas seulement chez France Telecom. Il en va de même pour le scandale Jean Sarkozy. Sans doute le népotisme a-t-il toujours existé, sans doute cet événement n’est-il que l’arbre qui cache la forêt. Mais cela n’empêche pas qu’il s’agisse d’une affaire grave, révélatrice d’une dégradation de la démocratie en France. On pourrait en dire autant de l’affaire (ou plutôt des affaires) Clearstream.
En conclusion, je ne crois pas qu’il faille reprocher aux journalistes de parler de ces trois événements (suicides chez France Telecom, affaire de l’EPAD, affaire Clearstream). Ce qu’on peut regretter, en revanche, c’est qu’ils les remettent rarement dans leur contexte,en expliquant qu’ils sont les symptômes d’un mal plus profond et plus général.