Je suis étudiante à Paris, à l’université. Je fais du droit. Et pendant ces « premières » années, j’ai vu « défiler » beaucoup d’étudiants.
En première année, nous étions trois groupes d’environ 600 étudiants, si ce n’est plus.
En deuxième année, nous n’étions plus que deux groupes d’environ 550 étudiants, si ce n’est moins.
Cette année, nous ne sommes plus que 4 groupes. Le nombre d’étudiants par groupe varie de 50 à 200 et quelques en fonction du choix que nous avons fait, c’est-à-dire de l’orientation que nous avons choisie.
Je vous laisse faire le calcul et voir combien d’étudiants se sont « perdus » en route pour différentes raisons :
- manque de motivation
- redoublement
- arrêt pur et simple
Et j’en passe...
Alors, tout d’abord, premier constat :
Il y a bien une sélection à l’université. Surtout dans les « meilleures » filières. Je vois déjà les têtes de certains qui liront le mot « meilleures ». Mais c’est là la vérité. A l’université il y a des « bonnes filières » et des mauvaises. Est-ce que cela devrait être ainsi ? Sans doute pas, tout le monde devrait pouvoir aller à l’université, y suivre les cours de son choix, et ne pas avoir la sensation d’être dans une bonne ou une mauvaise filière.
Cependant, nous savons aussi dans quel monde nous vivons et ce qui nous attend à la sortie de notre formation : la question essentielle aujourd’hui est : trouverons-nous un travail demain ?
Il y a donc, comme je disais, une sélection. Sauf qu’elle est « cachée », taboue. Surtout il ne faut pas parler de sélection car tout de suite les syndicats et autres montent sur leurs grands chevaux...
Mais elle existe bel et bien : et elle est plus difficile que dans les pays qui la pratiquent réellement.
En France, elle prend la forme sournoise de pièges tendus aux étudiants. Pour reprendre le fameux jeu « Koh Lanta », c’est à peu près la même chose.
Nous sommes beaucoup en amphithéâtre,beaucoup trop. Il faut arriver très tôt pour trouver une place ayant une prise à proximité pour ceux d’entre nous qui prennent leurs cours à l’ordinateur. Puis, il faut pouvoir tenir trois, quatre ou cinq heures d’affilée dans un amphithéâtre plein à craquer qui ne dispose pas de tables sur lesquelles nous appuyer.
Enfin, nous avons des examens blancs de 20h à 22h après une journée de cours dans des amphithéâtres situés sous les toits, sans fenêtres. Nous avons deux heures pour effectuer notre devoir (alors que c’est trois heures d’habitude)...
Dans nos travaux dirigés, nous sommes 60 par classe en début d’année universitaire, puis nous « chutons » à 30 voir 20...parce que nous avons une pression psychologique appuyée par une masse de travail extrêmement importante.
Et rien, non rien ne nous est facilité. Nous devons nous battre continuellement : contre l’Administration et sa lenteur, contre les changements inoppinés de salle, de cours, d’horaires, contre les chargés de travaux dirigés qui, parfois, oublient qu’ils sont eux aussi passés par là.
Nous nous rendons compte tous les jours du manque de moyens de notre université et des autres universités en France. Nous découvrons tous les jours que nous sommes forts mentalement parce que nous sommes encore là et nous sentons sur nos épaules, tous les jous, le poids de la pression parce que nous savons que nous ne pouvons pas lâcher. Celui qui lâche, on ne le revoit plus. Celui qui abandonne, personne n’ira le chercher.
Alors bien sûr, nous ne voulons pas d’une vie facile, nous ne voulons pas que l’on nous « donne » nos diplômes. Mais nous aimerions pouvoir nous épanouir dans nos études, pouvoir en profiter un peu plus et nous intéresser réellement au droit sans avoir à lutter tous les jours pour pouvoir étudier et continuer à occuper notre place sur le banc de notre amphithéâtre.
Alors oui, je suis pour une sélection à l’entrée, mais une sélection qui soit « juste » : c’est-à-dire qu’elle prenne en compte les spécificités de chacun, qu’elle permette à ceux qui sont réellement motivés et qui ont envie de travailler de pouvoir le faire. Une sélection qui soit adaptée. Pas quelque chose de mal fait qui laisserait de bons futurs étudiants en dehors du « circuit » des études.
Mais je suis pour une sélection qui valorise ceux qui ont toujours travaillé, comme en Espagne où les universités ont fixé une note minimum pour intégrer une université : cette note est l’addition des notes de la 3ème à la terminale et de la note à l’examen final. Ils font une moyenne et cela donne la note de l’élève. C’est un système qui récompense ceux qui travaillent depuis longtemps.
De plus, le système des prépas et des grandes écoles, propre à la France, n’est pas un système qui puisse marcher très longtemps encore. Comment continuer à accepter une telle différence alors que nous sommes entrés dans le système LMD ?
Est-ce que la France va continuer à former 5% des étudiants (qui sont dans des grandes écoles) de façon élitiste et oublier tous ceux qui se battent tous les jours pour sortir de l’université avec un diplôme ?
Et est-ce que nous pourrons accepter encore longtemps le fait d’être la « risée » des autres systèmes qui voient dans le système français un système archaïque et qui a bien besoin d’être dépoussiéré...