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Commentaire de bluebeer

sur 2. Les territoires perdus de la république : sublimation du fief – moi.


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bluebeer bluebeer 21 juillet 2010 11:56

Bonjour Michel.

Intéressante réflexion. Je m’interroge depuis longtemps sur un des effets pervers du libéralisme économique et politique, en l’occurrence sur l’apologie de l’individualisme. Ayant vécu aux Etats-Unis, j’y ai été frappé par la prévalence totale des solutions individuelles sur les solutions collectives : les gens se débrouillent, doivent être eux-mêmes, et vénèrent tous le mythe des grands entrepreneurs. D’ailleurs, le cinéma holliwoodien est essentiellement consacré à la promotion de héros qui se dressent seuls, ou presque, contre l’adversité, les complots, la tyrannie. Les seules aventures collectives admises sont le sport ou la guerre, mais en société, l’individu doit se démarquer et s’affirmer, seul.

Ce modèle, nous l’avons adopté progressivement, c’était le modèle dominant, le modèle « de la liberté ». Couplé à l’essor technologique et économique, il a participé à disloquer progressivement le tissu social, en autonomisant les unités, ce que vous appelez les Mois.

Notre société souffre cruellement de cet effilochement. Chacun peut effectivement se replier sur soi, vivre à l’écart, vivre en dehors, si on excepte le travail et la famille, et encore… Même pour se nourrir, on n’est plus obligé de parler, ni à la caissière, ni à l’employé de fast food. L’argent s’obtient par des machines, les achats se font en ligne, les transports se font de moins en moins en commun. Chacun donne son avis sur la toile, mais on ne se concerte plus. La société se fissure en autant d’électrons libres. Et les sentiments de dérive et de solitude finissent par submerger la masse. C’est aussi cette absence de débat direct entre membres de petites communautés qui alimente le sentiment d’impuissance actuelle face aux dérives politiques et économiques de nos cadres de vie.

C’est peut-être naïf, mais je suis persuadé que les petites communautés d’antan, du passé, de l’histoire et de la préhistoire, procuraient d’avantage de satisfaction à leurs membres, nonobstant la précarité et l’inconfort de ces époques. Une phrase tirée d’un vieux bouquin d’histoire me trotte en tête : « à l’âge de quinze ans, le jeune gaulois reçoit des mains de son père le glaive et le bouclier qui ne le quitteront plus jusqu’à sa mort ». Cette assertion est sans doute historiquement contestable, et participe peut-être d’une imagerie d’Epinal, mais il me plaît de penser qu’à l’époque chacun savait qui il était et à quoi il servait.

Ces tribus perdues, nous tentons encore de les reconstituer, maintenant et toujours, en adhérant à des groupes, des organisations, des mouvements, des équipes, un quartier, un style de vie… Il me paraît évident que nous ne saurions nous en passer. Il est urgent de repenser la société, de fond en comble, et de permettre aux petites communautés de réexister, pour rendre son sens à l’individu.


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