Franc,
Je comprends ce qui pouvait gêner Simone Weil dans une forme de rapport à Dieu dans les religions monothéistes. Ce que je crois y voir, c’est une très bonne revisitation, avec des outils de lecture renouvelés (la puissance et le bien) des discussions qui ont fait rage dans l’église catholique entre le salut par la grâce divine et le salut par les oeuvres. Pour faire court, je dirais que cette tension entre les oeuvres et la foi (ou par la prédestination, avec toute la complexité, on le voit dans les différents courants du protestantisme, de l’articulation étroite entre prédestination et salut par la foi, qui ne sont pourtant pas identiques) traverse tout l’histoire du christianisme, qu’elle est un des fondements du protestantisme et que le jansénisme non plus ne fut pas un courant mineur. Cela veut donc dire que le Dieu inaccessible, qui octroie ou retire la fortune, sans que la moralité intervienne (penser au livre de Job), n’a pas été le seul mode de relation au salut qui ait eu cours en Occident, mais que les deux conceptions ont réussi à cohabiter d’une certaine manière, même si je ne connais pas grand chose des débats théologiques sur le sujet (faudrait que je me mette au courant). Il était en tout cas logique que le salut par les oeuvres fasse son chemin, car les religions monothéistes suivant leur chemin dans des communautés où le voisin est aussi un membre de cette religion et où il faut des règles à propos des comportements à avoir vis à vis des coreligionnaires.
Si on suit la pensée de Simone Weil et l’idée que les défauts originels du judaïsme se retrouvent exacerbés dans l’islam, c’est à dire que la soumission à un Dieu invisible y trouverait son apogée. Alors, si je suis sa pensée, dans l’islam, la non reconnaissance du salut par les oeuvres y atteindrait son apogée et seul compterait véritablement la soumission aux impératifs religieux et au dogme. Mais une telle vision me parait simpliste si je la formule moi.
En tout cas, le problème reste entier pour ce qui est de l’étape qui, dans une perspective téléologique, devrait constituer l’aboutissement historique des religions, c’est à dire la confrontation avec d’autres formes de culte. Là se pose le problème que si il existe une forme de comportement moral vis à vis des autres membres de la communauté religieuse, il n’en existe aucune vis à vis de celles d"autres religions. Là, il reste la possibilité chez les humains de ne pas considérer les religions comme un corps de doctrine complet, sans équivoque et qui règlerait toutes les situations humaines et de faire appel à d’autres systèmes de valeurs. La pensée intéressante de Simone Weil avait peut-être dit quelque chose à ce sujet.