Je ne peux guère réagir à cet article par rapport à cette émission
précise - que je n’ai pas vue, pour
la raison que je ne regarde aucune émission de ce genre qu’à tort ou à raison je pressens bidonnées.
En revanche, l’analyse qu’en fait l’auteur me remémore ce que j’ai pu
observer dans l’édition, notamment en ce qui concerne les critiques :
plus l’auteur est célèbre, moins on peut croire à leur sincérité - là non plus, il
n’est pas toujours nécessaire de lire l’œuvre, puisqu’on sait déjà ce
qu’on doit en dire. De même, il est moins fatiguant et moins risqué d’acheter les droits d’un auteur à succès que de se farcir la pile de manuscrits à la recherche d’un jeune talent.
Je ne prétends certes pas que tous les critiques et tous les éditeurs se laissent
acheter, Dieu merci, mais il est à observer qu’il en va du domaine
artistique comme du domaine politique : plus on gravit les échelons de
la notoriété (une bonne signature dans un grand tirage, ça pèse son
poids dans le chiffre d’affaires d’un éditeur), plus on est corruptible,
ne serait-ce qu’intellectuellement. Quand on devient un habitué des
vernissages et des cocktails parisiens, qu’on entre dans le club de la
bonne société, des artistes, tout ça... il est peut-être parfois plus
tentant de se trahir soi-même que de retourner chez les gratte-papier.
Cet article met aussi en lumière la façon subtile (si j’ose dire !) par
laquelle se crée le Culturel (la majuscule que j’y mets est péjorative,
je veux dire : ce qu’il convient de connaître pour avoir l’air cultivé).
Celui qui représente le pouvoir intellectuel, celui qui Sait, vous
expose ce que vous devez aimer, ce qui est culturellement correct, ce
qu’il est de bon ton de penser, et je vous laisse dérouler l’écheveau
des implications sociologiques... Avec le corollaire inévitable,
l’argent, dont on vous désigne dans quelle caisse faire tomber le vôtre.
Et c’est (à mon sens) un problème particulièrement préoccupant, quand on
considère parallèlement la diminution des moyens accordés à l’éducation
nationale, les dégâts déjà provoqués par les réformes superposées et
parfois imbéciles d’une succession de ministres désireux de laisser leur
nom dans les annales, l’entrée progressive de la police dans les
établissements scolaires, la volonté de main-mise étatique sur la presse... on voudrait fabriquer une génération de
dociles décervelés, manipulables à merci, qu’on ne s’y prendrait pas
autrement.
Suis-je paranoïaque, docteur quand je crois qu’on cherche à nous endormir ?
L’essentiel, n’est-il pas, semble donc de ne pas se coucher, justement.