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Commentaire de UltraLord

sur Monsieur X et le simulateur


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UltraLord 25 octobre 2010 11:28

Cher Obismey,

"Cela implique aussitot que les salaires eux-memes ne réflètent plus l’utilité marginale, je veux dire la contribution de chacun à la création de la richesse. Nous serions alors dans un systeme communiste."

Vous dites que le contrôle des salaires, c’est le communisme. Je ne suis pas pour un contrôle absolu. Seulement, aujourd’hui, l’indécence est la règle. J’ai pu voir dans ma société les différences de traitements entre les cadres supérieurs et le reste. On se sert, et puis on jette les miettes. Vous me direz que mon cas n’est qu’un exemple, et effectivement, vous avez raison. Cependant, qui peut dire exactement où est la mesure exacte de ce phénomène ? Vous ne pourrez pas me dire que c’est une minorité, comme je ne pourrais vous garantir que ce soit une majorité. Gardons donc nos idées sur ce point et passons à la suite.

Vous prenez le cas des traders. Très bien. Effectivement, j’en connais, et finalement, ramené au taux horaire, certains ne touchent pas tant que ça. Comparativement, avec mon diplôme d’ingénieur, mes 3 années d’expérience et mes 40 heures hebdomadaires ... j’ai même une situation plus confortable qu’une bonne partie d’entre eux. Ils font des heures, un travail stressant, ils prennent des risques.

Mais comparativement, la caissière, elle fait quoi ? Elle se force à sourire toute la journée à une file d’individus excédés d’attendre qui lui répondent à peine. Elle tire les gros packs d’eau en se pétant le dos, en attendant sa pause chronométré de 15 minutes toutes les 2 heures. Finalement, en terme de stress, je crois que ça se vaut. Quand on rajoute à cela la considération qu’on leur prête trop facilement, je crois que là, on tombe dans le lamentable.

Alors au trader un meilleur salaire que la caissière. Ouais, il a fait des études et il faut les rembourser. Ok, je connais. Mais passé les 5 premières années, ça y est, c’est largement remboursé. Vous trouvez normal qu’avec 3 ans d’expérience dans mon boulot, je puisse me payer une petite maison, alors que la caissière, dans 15 ans, elle mettra toujours sur son PEL en espérant pouvoir un jour acheter un minuscule petit bouibouis ?

"Vous dites que les gens en ont marre de se tuer à la tache pour que les patrons et les actionnaires s’en mettent plein les poches. Je n’aime pas les généralisations. Il y a des actionnaires et des patrons véreux qui veulent s’enrichir sur le dos de leurs employés.« 

Effectivement, pas de généralité. Cela nuit à l’argumentation. Séparons alors les sociétés en PME et en grosses sociétés (type France Telecom ... vous voyez où je veux en venir ?). Dans les PME, effectivement, à taille humaine, vous pouvez rencontrer un patron qui se casse le dos pour lui, mais aussi pour ses employés. C’est une chance, et je vous accorde donc volontier que l’on peut rencontrer des employeurs honnête dont le but n’est pas de faire de l’argent à tout prix. C’est bien le »à tout prix« qui compte.

Par contre, dans les très grosses sociétés, dont France Telecom n’est pour moi qu’un exemple, les sociétés ont une dimension telle que l’individu n’a plus aucune importance. L’individu n’est désormais plus qu’une ressource. Ce sont les ressources humaines. Dans ce cas, excusez moi, mais l’objectif est de faire de l’argent, et pour moi, de l’argent, à tout prix. Qu’est la vie de 5 000 employés si les virer permet de faire vivre une société de 100 000 employés. On est dans la gestion. On n’est plus dans l’humain.

C’est exactement le même raisonnement que le dilemme classique : »si pour sauver tous les enfants du monde de toutes les maladies il fallait sacrifier un enfant au hasard, le feriez vous ?« . En gestion brute, la réponse simple est OUI ..... Sauf qu’en gestion brute, on ne considère pas l’aspect éthique. Et la réponse est pour moi clairement NON !!!!!!!!!!!!!

 »L’actionnaire a pris un risque ! Il est normal qu’il soit BIEN payé pour cela.« 

Sauf que le risque que prend l’actionnaire est purement financier, quand celui de l’employé est humain. Virer un individu, c’est de la gestion, et au niveau d’une société, c’est parfois un impératif (quoi que ....). Mais au niveau humain, c’est tout autre chose ....

 »Quand l’entreprise est sur le point de se casser le cou, il est tout aussi normal que CHACUN essaie de sauver sa TETE. C’est HUMAIN.« 

Sauf que ce que vous dites est justement le problème. Chacun essaie de sauver SA tête. Alors qu’il faut essayer de sauver l’entité. C’est ce que certains ont fait, acceptant de travailler pour un salaire inférieure contre la garantie que leur entreprise ne fermerait pas dans les X années.

 »Pour terminer , je vais poser une question à tout ceux qui aime tant jeter la pierre aux actionnaires ! Mais c’est qui donc ces fameux ACTIONNAIRES ? Eh bien, c’est toi le jeteur de pierre ! C’est toi oui, celui qui a refusé de placer ton argent dans un fond sur à 1% de rentabilité, pour un fond à 8% et qui n’a aucune envie de savoir comment le gestionnaire fera pour obtenir les 8%."

Alors là par contre, d’accord. Parfaitement d’accord. Sauf que vous imaginez bien que dans mon cas, je reste avec mes 1% car je suis convaincu que ces placements à 8% sont complètement pourris et finiront par nous retomber sur la gueule.

La société est aujourd’hui dans le court terme. Je veux gagner de l’argent vite et beaucoup. Comme on reste dans le court terme, on ne regarde pas les risque sur le plus long terme. En gestion des ressources humaines, c’est pareil. Au niveau des grosses sociétés, on a oublié en court de chemin l’aspect humain, l’aspect éthique. On sacrifie des individus pour la rentabilité (alors qu’un peu moins de rentabilité, c’est un peu plus de reconnaissance, et au final, c’est sur le long terme, des performances meilleures).

C’est comme pour Noël, on achète des jouets chinois, parce que c’est moins cher et qu’il y en a plus. Sauf que ça ne crée des emplois que pour les enfants chinois, que ça participe aux délocalisations, et que d’un point de vue sanitaire, je ne suis pas convaincu qu’ils utilisent pas des merdes de produits toxiques. Il n’y a qu’à voir les scandales qu’il y a eu sur le lait ...

Enfin, nous terminons sur un point où nous sommes d’accord, c’est déjà ça.

Cordialement,


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