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Commentaire de slipenfer

sur Sarkozy est de Gaulle


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slipenfer 11 novembre 2010 10:54

Le domaine de l’histoire était le mémorable, la totalité des
événements dont les conséquences se manifesteraient longtemps.
C’était inséparablement la connaissance qui devrait durer, et aiderait
à comprendre, au moins partiellement, ce qu’il adviendrait de
nouveau : « une acquisition pour toujours », dit Thucydide. Par là
l’histoire était la mesure d’une nouveauté véritable ; et qui vend la
nouveauté a tout intérêt à faire disparaître le moyen de la mesurer.
Quand l’important se fait socialement reconnaître comme ce qui est
instantané, et va l’être encore l’instant d’après, autre et même, et que
remplacera toujours une autre importance instantanée, on peut aussi
bien dire que le moyen employé garantit une sorte d’éternité de cette
non-importance, qui parle si haut.
Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise hors la
loi de l’histoire, d’avoir déjà condamné toute l’histoire récente à
passer à la clandestinité, et d’avoir réussi à faire oublier très
généralement l’esprit historique dans la société, c’est d’abord de
couvrir sa propre histoire : le mouvement même de sa récente
conquête du monde. Son pouvoir apparaît déjà familier, comme s’il
avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire
oublier qu’ils viennent d’arriver.

Avec la destruction de l’histoire, c’est l’événement contemporain lui même
qui s’éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses
récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications
invraisemblables et ses raisonnements intenables. À toutes les sottises
qui sont avancées spectaculairement, il n’y a jamais que des
médiatiques qui pourraient répondre, par quelques respectueuses
rectifications ou remontrances, et encore en sont-ils avares car, outre
leur extrême ignorance, leur solidarité, de métier et de coeur, avec
l’autorité générale du spectacle, et avec la société qu’il exprime, leur
fait un devoir, et aussi un plaisir, de ne jamais s’écarter de cette
autorité, dont la majesté ne doit pas être lésée. Il ne faut pas oublier
que tout médiatique, et par salaire et par autres récompenses ou
soultes, a toujours un maître, parfois plusieurs ; et que tout
médiatique se sait remplaçable.

Guy Debord (commentaire sur la société du spectacle)

sans commentaire smiley


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