Les banquiers ont eu peur : naturellement.
Et pour une raison simple : la loi impose à tout établissement bancaire de disposer en fonds propres au moins 1/8eme du montant total de ses encours. Ainsi pour prêter 800 une banque est tenue de posséder au moins 100, en liquide dans ses coffres. C’est ce qu’on appelle le ratio Cook.
Or la plupart des banques n’hésitent pas à transgresser cette obligation qui leur est faite. Difficile de dire jusqu’où elle se permettent de descendre : 1/5 ? moins encore ?
Par conséquent le risque qu’elles prennent toutes, c’est de jouer avec le feu, en tenant pour nulle la probabilité que les déposants retirent en nombre leurs dépôts.
Car si d’aventure ils le faisaient, elles ne disposeraient pas/plus des fonds en liquide pour rendre à chacun le montant total de ses avoirs !
Tant que chacun dispose virtuellement de ses fonds, il n’y a pas de problème.
Mais si chacun veut revenir à l’économie réelle avec des espèces sonnantes et trébuchantes, c’est la banque qui va trébucher et l’alarme des coffres qui va sonner.
Ce drame le monde bancaire l’a connu au moins une fois en 1929, lorsque les clients sont venus retirer en masse leurs économies, et ont précipité la faillite des banques américaines.
Or ce que l’affaire du 7.12 a montré c’est que cette probabilité n’était pas nulle. Du tout.
Bien sûr les 40 000 personnes réunies qssur Facebook ne sauraient faire vaciller le système. D’autant qu’il y a peu de chance qu’elles aient toutes un compte dans le même établissement.
Mais avec l’arrivée de Cantona et la promotion qu’il a faite du Bankrun, ce geste collectif symbolique pouvait prendre une réelle ampleur.
D’autant que Cantona est un personnage atypique, capable de tout, et pourquoi pas de retirer son argent d’une (de ses) banque(s), juste pour le geste. Cantona aurait pu créer un effet d’emballement non négligeable.
Cantona n’a pas joint le geste à la parole, sinon symboliquement, ce qui revient au même, parce qu’il s’est heurté au principe de réalité je présume : que faire d’une fortune à domicile ? Comment la convoyer en toute sécurité, et en toute discrétion alors qu’on fait un geste attendu par la presse internationale ? Comment ensuite protéger ce magot chez soi ? Etc.
Ca ira donc pour cette fois.
Mais il faut retenir que si l’idée n’a pas connu un franc succès, il y a quelques banquiers « sur la place », qui ont du sentir passer le vent du boulet !