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Commentaire de Voltaire

sur Le militantisme sur des chaînes publiques toléré pour stimuler une opinion contraire ?


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Voltaire Voltaire 12 avril 2011 11:27

Il est regrettable que l’auteur continue à disséminer sa propagande au sujet d’un soit-disant rapport de l’OCDE au sujet de l’éducation, ce qui en ternit son image et diminue la portée de ses propos.

Un excellent article de Luc Cedelle, journaliste éducation au Monde (et peu porté de sympathie envers le libéralisme...), démonte cette mauvaise fois grossière dans un récent article : http://education.blog.lemonde.fr/2010/12/24/pour-une-%C2%AB-baisse-de-la-qualite-de-leducation-%C2%BB-locde-et-ses-accusateurs-peu-scrupuleux/ :

Pour une « baisse de la qualité de l’éducation » ? , L’OCDE est ses accusateurs peu scrupuleux.

L’OCDE (organisation de coopération et de développement économique), qui vient de publier les résultats de la vague 2009 de ses évaluations internationales PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves, ou bien Programme for International Student Assessment) sur les connaissances des élèves de 15 ans, recommande-t-elle, comme certains l’affirment avec persévérance, une « baisse de la qualité de l’éducation » ?

La question pourrait paraître totalement saugrenue s’il n’existait des textes, ou plutôt des citations de textes qui, du fait non seulement des polémiques mais surtout des adeptes d’une certaine façon de polémiquer, accèdent à une sorte d’éternité.

Un texte de 1996

C’est le cas d’une étude publiée par l’OCDE en 1996 et intitulée « La faisabilité politique de l’ajustement ».

Les polémistes peu scrupuleux (il est vrai que le polémiste scrupuleux est une catégorie aussi hasardeuse que le taliban modéré) ont l’habitude de présenter comme « un rapport de l’OCDE » ou même carrément « la position de l’OCDE » ce texte dont, quatorze ans après sa publication, ils continuent d’exploiter un extrait sans jamais en montrer le statut exact. Le plus souvent, aussi, en évitant d’en rappeler la date de publication.

Il s’agit en fait du « Cahier de politique économique » n° 13, une revue donc, publiée par l’organisme international. La raison pour laquelle ce texte est utilisé pour le diaboliser est que la possibilité d’une « baisse de la qualité de l’éducation » y est envisagée. L’expression, choquante, y figure bien en toutes lettres.

Et le passage dans lequel on la trouve est lui-même d’une tonalité cynique qui se prête idéalement à une citation hors contexte, propre à stimuler l’indignation. Le voici :

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. »

Qui ne serait pas indigné ?

Choquant, n’est-ce-pas ? Qui ne serait pas indigné ? Pour les opposants, en tout cas pour ceux qui ont recours à cet extrait dont le succès ne se dément pas (voir cette contribution récente au site Le Post), l’affaire est claire : l’organisme international, instrument des politiques néolibérales, révèle ainsi sa vraie nature et transmet ses injonctions aux gouvernements, dans le cadre d’une attaque concertée et assumée contre les services publics.

La « stratégie machiavélique de l’OCDE », est-il dénoncé de site en site et de blog en blog, consiste à « ruiner progressivement la qualité de l’École publique pour introduire peu à peu une privatisation ».

Il reste quand même un problème. Oh, un tout petit problème puisqu’il ne s’agit après tout que de savoir si la chose affirmée (l’OCDE veut une « baisse de la qualité de l’éducation ») est vraie ou fausse : le document cité ne prouve absolument rien à cet égard.

En effet, ne traitant pas des pays de l’OCDE, il est consacré à l’analyse des risques politiques et sociaux liés aux programmes dits « de stabilisation » ou « d’ajustement structurel » imposés, notamment par le Fonds monétaire international (FMI) dans les années 1980-1990, en Amérique latine et en Afrique.

Minimiser les coûts politiques

Précisons tout de suite, afin de couper court à toute exploitation déloyale que mon propre commentaire ne consiste évidemment pas à dire qu’une baisse de la qualité de l’éducation serait inacceptable en Europe mais tolérable en Amérique latine et en Afrique !

Je souligne simplement (ce qui est habituellement occulté) que le propos de l’auteur porte sur ces pays-là à cette époque-là et consiste à tenter de « définir les caractéristiques d’un programme de stabilisation politiquement optimal qui, pour un même résultat économique, minimise les coûts politiques ».

Ce positionnement en phase avec une démarche clairement ultralibérale, et très contestée par la suite de divers côtés y compris au sein des organismes internationaux, est évident dans le texte. De même que le positionnement de l’auteur résolument du côté des gouvernements et dans l’esprit d’aider ces derniers à déjouer les oppositions.

Néanmoins, le passage incriminé est immédiatement suivi d’un paragraphe où l’auteur, Christian Morrisson, explique que ses hypothèses ne sont pas des recommandations. « L’intérêt politique de ces mesures ne signifie pas qu’elles sont les plus rationnelles et les plus justes », remarque-t-il, avant d’en passer en revue divers inconvénients.

Voulant « dissiper toute ambiguïté à ce sujet et ne pas laisser penser que ce classement politique a valeur d’approbation », l’auteur rappelle même qu’un numéro antérieur du Cahier de politique économique avait affirmé que le souci de « justice » était « le seul critère de classement que l’on puisse toujours approuver ».

Le document, facilement accessible en ligne, indique aussi sur sa première page que « les idées exprimées et les arguments avancés dans cette publication sont ceux des auteurs et ne reflètent pas nécessairement ceux de l’OCDE ou des gouvernements de ses pays membres ».

L’aveu d’une faiblesse

Ce pourrait être considéré comme une précaution de pure forme (la même formule figure en tête des documents PISA) mais dans un communiqué publié en 2003 à la suite d’une nouvelle vague de citations de cet article, l’OCDE a rappelé cette mise en garde et ajouté : « En clair, les pratiques mentionnées dans la citation utilisée ne sont en aucun cas une manière de procéder prônée par l’OCDE ».

Christian Morrisson n’était cependant pas, à l’époque, un obscur contributeur occasionnel : né en 1936, normalien, économiste, auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont un Que Sais-je sur « Les inégalités de revenus », il fut directeur du laboratoire d’économie politique de l’école normale supérieure (ENS-Ulm), puis chef de division à l’OCDE de 1984 à 1994.

Néanmoins, une contribution à une revue parue en 1996 et n’exprimant pas une position officielle ne saurait être tenue pour le point de vue de l’OCDE aujourd’hui. Surtout si le point de vue lui-même, répercuté sans déformation, n’est pas celui qui lui est prêté par les accusateurs. A la limite, le fait que l’accusation ait recours à un texte non officiel de 1996 serait plutôt l’aveu d’une faiblesse.

L’OCDE n’est pas une vache sacrée et il n’a rien de choquant que s’expriment des points de vue critiques sur ses propositions en matière d’éducation. Mais pas en trichant, comme en prend de plus en plus l’habitude un courant radical qui, à force d’outrances, finira par employer, en version de gauche, les mêmes méthodes démagogiques que celles des Tea Party d’Outre-Atlantique.

Luc Cédelle


J’espère que cela suffira à vous convaincre de cesser cette regrettable façon d’agir. La critique est légitime, mais elle exige un minimum de bonne fois.


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