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Commentaire de Michel Tarrier

sur Qui a peur des écologistes ?


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Michel Tarrier Michel Tarrier 9 octobre 2011 09:56

Réponse documentée à l’intox de l’interlocuteur mal intentionné précédent…
(En deux partie en raison de la longueur...)

PARTIE 2

Faire de l’écologisme un crime contre l’humanité

Rappelons que si les taux des produits toxiques sont minimes, certaines substances s’accumulent dans les tissus. C’est le cas du DDT et de nombreux biocides liposolubles : des vaches ingérant des fourrages contaminés par une dose minimale de DDT et ne présentant aucun signe d’intoxication produisent un lait suffisamment contaminé pour provoquer des troubles nerveux chez des veaux encore à la mamelle. Le Quid (1995) rapporte qu’en Grande-Bretagne, en 1984, on a décelé des traces de DDT dans des choux de Bruxelles cultivés sur des terres traitées au DDT vingt ans auparavant ! Ce n’est donc pas toujours la dose qui fait le poison et en matière de DDT c’est le DDT qui fait le poison. Le DDT épandu par avion durant plusieurs années consécutives pour la démoustication de certains marais de Long Island ne présentait que de faibles concentrations afin d’éviter tout effet toxique pour les poissons et la faune en général. On note pourtant aujourd’hui des indices de composés organochlorés non biodégradables (DDT) dans l’organisme des mammifères du Grand Nord canadien, ainsi que dans celui des manchots de l’Antarctique ! On sait que les neiges qui tombent dans les zones centrales de l’inlandsis antarctique sont contaminés par le DDT, alors que cet insecticide ne fut utilisé qu’à une distance de plus de 4.000 km de là ! En milieu terrestre, les lombrics accumulent le DDT à un taux 150 fois supérieur à sa concentration édaphique. Certaines huîtres ont, de cette façon, accumulé le DDT dans leur tissu à une concentration 70.000 fois supérieure à celle de l’eau de mer dans laquelle elles étaient cultivées. Des moules ont concentré de la même façon et 300.000 fois les BPC (biphényles polychlorés) (Source : Encyclopaedia Universalis, 1988). Avec une demi-vie de 15 années, la persistance du DDT est assez effrayante. Ainsi, si l’on en pulvérise 10 km dans un champ, 15 ans après, il en restera 5 km, après 30 ans 2,5 km et ainsi de suite. Et son utilisation intensive favorise la sélection de moustiques résistants. Les risques cancérigènes du produit, quant à eux, n’auraient pas été prouvés.

L’OMS qui avait prescrit en 1972 la prohibition irrévocable du DDT s’est néanmoins prononcée en 2006 en faveur d’une reprise de son usage et réhabilite 30 ans après le poison en désespoir de cause mais sur un mode nettement vigilant. Rachel Carson et les scientifiques qu’elle avait inspirés sont à l’origine de cet usage raisonné, faute d’une méthode de lutte alternative et plus respectueuse non encore découverte. Greenpeace reconnaît même le bien-fondé de cette réutilisation, parcimonieuse cette fois. L’Environmental defense Fund, qui avait lancé la campagne contre le DDT dans les années 1960, approuve dorénavant son usage limité au strict intérieur des habitations, et non plus en plein air ou à des fins agricoles comme c’était le cas avant l’interdiction de 1972. Idem de la part de l’Endangered wildlife Trust. Au même titre que l’utilisation généralisée de moustiquaires à imprégnation durable de DDT, la pulvérisation de l’insecticide à effet rémanent à l’intérieur des habitations compte désormais parmi les principales interventions que préconise l’OMS pour combattre et éliminer partout le paludisme.

« Les données scientifiques et programmatiques justifient sans conteste cette réévaluation  », a déclaré le Dr Anarfi Asamoa-Baah, sous-directeur général de l’OMS chargé du VIH/SIDA, de la tuberculose et du paludisme. «  La pulvérisation d’insecticide à effet rémanent dans les maisons est utile pour réduire rapidement le nombre de personnes contaminées par les moustiques porteurs de la maladie. Elle s’est révélé d’un aussi bon rapport coût/efficacité que les autres mesures de prévention du paludisme et le DDT ne présente pas de risque pour la santé s’il est correctement utilisé. (…) Pulvériser des insecticides dans les habitations, c’est comme tendre une énorme moustiquaire au-dessus d’une maison pour la protéger 24 heures sur 24 », a expliqué le Sénateur américain Tom Coburn, l’un des principaux avocats de la lutte antipaludique dans le monde. « Grâce à la position claire de l’OMS sur la question, nous pouvons enfin couper court aux mythes et prétendues données scientifiques qui n’ont fait qu’aider les vrais ennemis, les moustiques, qui mettent en danger la vie de plus de 300 millions d’enfants chaque année. »

L’initiative de Georges Bush pour le financement d’un programme international contre le paludisme (plan quinquennal de 1,2 milliards de dollars) n’est néanmoins pas étrangère à ce subit revirement et lui donne une connotation un peu trouble quand on sait le caractère pernicieux du personnage, ainsi que ses liens privilégiés avec les maîtres du monde. Il conviendrait d’enquêter dans les milieux autorisés pour évaluer les crédits et les chances données aux recherches alternatives dont les pistes sont assez nombreuses et parfois fort sérieuses, tout comme au développement du vaccin par des agences telles la Fondation Bill et Melinda Gates, et l’Université John Hopkins. La lutte antipaludique comporte enfin un volet préventif directement lié au milieu de vie des populations concernées, toutes plongées et maintenues dans la plus désolante paupérisation. Les moustiques s’épanouissent dans les flaques d’eau stagnante des zones sans raccordement au tout-à-l’égout, sans assainissement septique, qui ne font pas l’apanage des beaux quartiers du premier monde. Le paludisme s’inscrit dans le long cortège d’autres pathologies ciblées et d’infestations vermineuses liées aux conditions de vie précaire. Les traitements curatifs, à prendre après que le patient ait contracté la maladie et ne contenant qu’une seule molécule active de chloroquine ou de quinine, n’étaient qu’aléatoires. Une thérapie plus récente, combinant plusieurs molécules anti paludiques, s’est révélée plus efficiente dans le combat contre la maladie mais son coût est de 2,4 dollars pour un adulte, contre 0,20 dollar pour les médicaments à une seule molécule. Quand il s’agit de pays pauvres, il faut recourir à des moyens drastiques mais pas d’un prix prohibitif, lequel est le privilège de la chirurgie esthétique. Les États-Unis, premier pays producteur d’insecticide dans le monde, utiliseraient-ils le combat humanitaire pour servir leurs intérêts économiques ? Selon le Dr Cheikh Fokhana, chercheur paludologue à l’IRD (Institut de recherche et de développement), au Sénégal : « Le problème du paludisme concerne les enjeux financiers. On prend beaucoup de temps pour trouver des remèdes car les populations touchées par la maladie n’ont pas de moyens  ». Pour le Dr Cheikh Fokhana, la décision nord-américaine d’investir dans la lutte est « un enjeu d’argent et de pouvoir ». Monsanto et ses actionnaires peuvent, une fois de plus, se frotter les mains.

Belle intox, le paludisme aura aussi été le vecteur d’une pandémie de désinformation. Redonnons la parole à celle qui fut persécutée pour rappeler à l’ordre de la décence les magnats de la chimie aveugle : « Aucun individu responsable ne peut prétendre que les maladies véhiculées par des insectes doivent être ignorées. La question urgente qui se présente maintenant est de savoir s’il est bien sage et responsable de s’attaquer au problème avec des méthodes qui ne font très vite qu’empirer les choses. On a beaucoup entendu parler dans le monde de la lutte triomphale contre la maladie par le contrôle des insectes vecteurs de contamination, mais on a peu entendu parler de la face cachée de l’histoire - les défaites, les victoires de courte durée qui font que s’offre désormais à nous la perspective alarmante d’insectes ennemis rendus en fait plus résistants grâce à nos efforts. Pire, nous avons peut-être détruit nos propres armes.  » (Rachel Carson).



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