Bonjour à tous Juste afin de défricher un peu le terrain par avance, je suis enseignante chercheuse dans un université parisienne, et particulièrement opposée au CPE (dans ces temps d’identification communautaire, on est obligé de jouer le jeu). Je suis cependant foncièrement et par principe opposée au blocage des facs, et ce pour plusieurs raisons.
A tous ceux qui n’ont pas fait l’expérience d’un blocage, il s’agit d’un groupe d’étudiants (et parfois de membres extérieurs) qui refusent à d’autres étudiants le droit d’exercer un de leur droits les plus fondamentaux, le droit de passage. Pour un enseignant, cela signifie devoir décliner son identité et rendre des comptes sur les raisons de sa présence. Par principe, et toujours au nom de la démocratie, cela reste inadmissible. La tension ne peut que monter dans la mesure où les étudiants qui se voient interdire le passage constatent un fossé : on leur bloque le passage, mais les grévistes, eux, sont parfaitement libres de leurs mouvements. Deuxième problème.
De plus, j’ai constaté que les grévistes, une fois à court d’arguments se rabattaient systématiquement sur la comparaison avec Mai 68. J’ai d’ailleurs vu inscrit sur la façade de la Sorbonne « Mort aux vaches », ce qui m’a fait me poser la question suivante : à qui appartient ce langage ? A nous, la génération de 2006, ou à celle de nos parents ? Pourquoi les étudiants ne trouvent-ils pas leur propre langage, et du coup, leurs propres formes d’action ? La comparaison avec mai 68 ne tient pas la route pour la simple et bonne raison que le contexte sociologique à l’époque était plutôt homogène : la majorité des étudiants étaient issus de milieux bourgeois. La population des universités aujourd’hui est beaucoup plus mixte, et ce surtout d’une fac à l’autre. Cela crée une grande mixité au niveau des idées et engagements politiques, une mixité qui ne peut s’exprimer en raison des blocages.
Je constate également que c’est sans doute la première fois dans l’historique des mouvements étudiants que l’on rencontre une contestation aussi forte à l’égard de la forme elle-même. C’est bien la preuve, à mon humble avis, que ces formes ne sont plus adaptées au contexte présent, mais qu’elles ont été comme qui dirait conservées dans le formol pour être réutilisées telles quelles d’une génération à l’autre. Maintenant, qui a intérêt à maintenir ces traditions de lutte ? Nous le savons tous très bien, et cessons l’hypocrisie, c’est l’extrème-gauche. La plupart des grévistes avec qui j’ai pu discuter (en toute amitié et respect, dans la plupart des cas)se revendiquent « sans étiquette », mais une moitié au moins de ceux à qui j’ai parlé arborait le foulard palestinien, signe extérieur, s’il en est, d’appartenance politique...
La fermeture des facs, cela implique, et de façon complètement contradictoire, le slogan contre le dialogue et l’explication de texte, le poing levé contre le débat d’idées et le sens critique, bref, le contraire de ce que nous, enseignants, essayons de transmettre à nos étudiants. Ainsi, je ne peux pas souscrire aux analyses selon lesquelles la violence du 49.3 n’a fait qu’appeler à la violence des blocages. C’est répondre à l’absence de débat par une autre absence de débat... La symétrie est frappante, et un peu inquiétante.
Je ne ferais que mentionner en passant les diverses pressions exercées par les collègues qui soutiennent les grévistes sur ceux, comme moi, qui choisissent d’exercer un recul critique face à un mouvement dont on ne connaît pas les tenants et les aboutissants...
Le CPE donne certes matière à débat. Mais le débat, justement, faisons-le jouer. Et surtout, apprenons enfin à tuer le père soixante-huitard...
27/03 11:14 - Bruno Julliard
Un site qui dit tout sur l’unef et ses liens avec le PS, le MJS, la LMDE, l’UNL... (...)
05/04 18:08 - mélissa
Sous prétexte de démocratie les bloqueurs empêchent les autres à faire cours, et les poussent (...)
03/04 01:21 - Stéphane D.
Je suis étudiant à la fac de sciences de Nantes. Le blocus est un acte liberticide et (...)
02/04 13:43 - Mog
Bonjour a tous, je ne suis ni pour ni contre ce contrat, cependant je trouve que le concept « (...)
29/03 22:02 - pierre
Bonjour, étudiant à Grenoble je voulais témoigner de la totale absence de démocratie aux cours (...)
22/03 19:47 - Petite lu’
Bonjour, voilà je souhaite faire part de mon expérience au sein de ma fac. Je suis étudiante à (...)
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