Aujourd’hui j’ai été à « l’assemblée générale » contre le CPE organisée par l’UNEF, toujours eux, à Sciences Po, puisque j’y suis étudiant. Cela m’a modestement inspiré quelques réflexions.
1° La conférence sur le CPE.
Avant tout à Sciences Po, on se mobilise 3 semaines après tout le monde, bien qu’on s’appelle Sciences Po, c’est le privilège d’être classé parmi les universités et écoles dites d’élites. A Sciences Po avant « l’assemblée générale » on organise une « conférence - débat ». Voici donc une représentante de l’UNEF, le directeur de je ne sais quelle association de gauche, Françoise Lefresne chercheuse à l’IRES , François Gaudu professeur de droit du travail à Paris 1 et Jean Paul Fitoussi professeur à l’IEP réunis. Les observations des trois derniers m’ont paru évidemment plus intéressantes, et Jean Paul Fitoussi s’est distingué par son approche économique pertinente. Toutefois l’UNEF, dans sa pleine tradition n’a invité que des personnalités opposées au CPE, et rétorque, « le débat c’est avec le public ». Position bien inconfortable pour ceux qui dans le public seraient favorables au CPE parce que discuter en droit ou en économie avec deux professeurs des plus grandes universités françaises, ce n’est pas chose facile. Peu importe, Fitoussi a exposé le fait que le problème se posait au niveau européen, le CPE n’étant qu’un instrument au service d’égalisation des statuts de l’emploi, statut limité dans sa portée, car provincial à l’échelle de l’Europe, et limité car ne touchant pas aux grands instruments de politique économique que sont la politique monétaire, la politique budgétaire,la politique des taux de change et la politique industrielle. Fitoussi montre finalement que la porée du CPE est faible, je ne disais pas le contraire, et par ailleurs on ne sait pas très bien ce que cela va changer en termes économiques. Chose capitale, il ajoute, après avoir expliqué que le problème était le manque de croissance, qu’après 25 ans de chomage de masse et de longue durée, on ne pourra pas éviter la précarité. Bien dit Mr Fitoussi ! Malgré tout il s’y oppose, parce qu’il n’est pas sûr de son efficacité. Je comprends tout à fait cela. Mais alors il vaut mieux tenter, et surtout cela ne vaut pas la peine de s’agiter autant, de bloquer par le force la moitié des facs de France, de manifester par millions en criant à la précarité, d’attaquer la Sorbonne et de déchirer des manuscrits datant du Moyen Age, qui constituent tout notre patrimoine. En réalité ceux qui s’y opposent radicalement, refusent, lorsque ce n’est pas le capitalisme lui-même, comme à la CGT ou à ATTAC, en fait toute réforme un tant soit peu libérale, qui ressemble beaucoup trop aux anglo-saxons ( les gros méchants). Puisque nous ne pourrons pas éviter un minimum de précarité à l’emploi, je préfère encore cela que la grande précarité au chômage dans la quelle nous sommes.
2° La dite « Assemblée générale ».
Alors me voilà parti, après deux heures de conférence, pour ce que le milieu étudiant appelle « Assemblée générale ». Comptez à Sciences Po, au maximum 200 personnes, c’est moins que les mille de Tolbiac, mais proportionnellement plus ou moins la même chose. Et comme si on avait imité les autres universités, Gabriel Tarde aurait été d’accord sur le concept d’imitation, on fait tout pareil, on reproduit les codes d’une traditionnelle « assemblée générale ». A la tribune 5 rigolos, qui sont tous de l’UNEF, d’ATTAC, ou d’autres milieux tous plus gauchistes les uns que les autres, mais qui disent être là en leur nom propre, leur attachement à une organisation n’ayant aucun intéret (Ben voyons, quelle représentativité). Parmi eux le rigolo de service, le non syndiqué mais dont les idées sont les mêmes qui est là pour répondre à toute accusation de partialité de la tribune en disant, « Ben non moi je suis là et je ne suis pas syndiqué, vous voyez », ça nous fait une belle jambe. Et on commence : on conteste la légitimité de cette assemblée avant tout, puisqu’on est que 200, sans représenter que nous-mêmes. Et comme ailleurs on entend ici et là quelques individus isolés de l’UNI, la droite universitaire, en train de s’exciter, se plaignant qu’il n’y ait pas eu de véritable débat à la conférence et que cette assemblée ne représente rien sauf elle-même, ce qui est vrai. Alors j’interviens pour rappeler quelques éléments sociologiques. Oui cette assemblée est une minorité active, et il ne peut en être autrement car seuls ceux qui sont suffisamment motivés pour s’opposer à cette réforme sont prêts à consacrer autant de temps pour le faire. Voilà 3 heures que nous sommes là et il est presque 20 heures.
Moi j’habite en banlieue et je dois rentrer avant que les racailles ne soient de sortie. Seuls ceux qui sont très motivés se déplacent et cela sera de plus en plus vrai au fur à mesure que la mobilisation dure. Car les autres, eux, pensent que cela est une perte de temps, d’autant qu’on le sait, cette réforme, même atténuée, passera. A tolbiac tous les ans, une AG a lieu tous les jours pendant 3 semaines de grève, de blocage, et il faudrait qu’on soit sur place à 7heures du matin pour écouter leurs sornettes. 3 heures par jour non rémunérées, voilà ce que c’est ! Curieux pour des gens qui défendent les droits des travailleurs. Peu importe qu’ils se prétendent démocratiques en disant que quiconque est contre le CPE peut monter à la tribune. Le simple fait que l’UNEF organise cette « assemblée », les conditions dans lesquelles elles se déroulent, le temps qu’elle prend, les codes qu’elle utilise, tout fait en sorte que ceux qui sont pour la loi, ou qui y prêtent peu d’attention, ne viennent pas. A un jeu qu’on crée soi-même, dont on invente soi-même les règles et en fonction de ses intérets, on est toujours gagnant. Voilà les éléments sociologiques de notre société moderne, commerçante, industrieuse, gigantesque, ces éléments qu’ils ne comprennent pas, ou bien dont ils se fichent. Certes à Sciences Po, les moeurs sont plus polissées et on ne crie pas autant que dans les facs acquis aux trotskystes, mais le reste est le même, et les trotskystes sont encore là, à Sciences Po si vous ne le saviez pas, c’est rempli de bourges de gauche, type UNEF. Alors rien y changera, le soutien de l’IEP de Paris aux universités, contre le CPE sera probablement voté (je n’ai pas eu la patience d’attendre, je devais rentrer pour éviter les racailles, vous vous rappelez ?). Je pense toutefois qu’ils n’oseront pas voter le blocage, parce que quand même il en va de la réputation de Sciences Po. S’ils le font toutefois, je réviserai mon sentiment qu’on est encore loin d’un nouveau Mai 68.
Pour ceux qui suivent encore je proposerai 3 façons d’agir dans le cas de contestations étudiantes, trois propositions pour les rendre plus démocratiques : - Si l’on vote en « AG », alors doit être inscrit sur le compte rendu de celle-ci : « 200 étudiant de Sciences Po se sont réunis et ont voté entre eux le soutien aux autres IEP et le refus du CPE, et parmi eux quelques uns s’y sont opposés ». - Deuxième manière, organiser un référendum. - Troisième manière : s’en remettre aux élus de l’université, qui sont là pour ça après tout, n’est-on pas dans une démocratie représentative, au grand malheur de Jean Jacques Rousseau ?
Toutefois il faut rappeler que cela ne donnera que l’avis, la position de l’université, mais cela n’autorise aucunement au blocage de l’université, qui est une action, reconnue comme telle par ses exécutants, tout à fait anti-démocratique, car usant avant tout de la force contre la majorité qui ne veut pas de blocage, sauf si on votait le blocage (mais alors là il n’y aurait pas de majorité). J’ajouterai que c’est une méthode dans les conditions dans lesquelles elle est menée, tout simplement fasciste. Si 30 fachos descendaient pour casser n’importe quoi pour on ne sait quoi, tout le monde crierai, A bas le fascisme ! Alors n’ayons pas peur de crier, A bas le gauchisme ! L’utilisation de la force si elle ne peut être entièrement exclue, doit se faire dans des situations très limitées, et d’abord face à l’évidence que la réforme ou la situation en question est absurde, ce qui est loin d’être le cas, comme je l’ai montré au début.
Finalement à Sciences Po comme ailleurs, c’est l’anti- libéralisme-américanisme-droitisme qui l’emporte, comme presque partout, contre toute logique.
Mishyou.
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Bonjour, étudiant à Grenoble je voulais témoigner de la totale absence de démocratie aux cours (...)
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