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Commentaire de Thierry

sur Le bon grain et l'ivraie


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Thierry (---.---.130.76) 16 janvier 2007 17:59

J’abonde dans le sens de cet article, bien que j’étais à l’époque de la loi Gayssot en faveur de celle-ci. Je l’étais pour deux raisons :

1. La récurrence des arguments antisémites. Si la raison devait être efficace contre ceux-ci, elle aurait du l’être depuis longtemps. Pourquoi alors ne pas essayer la voie judiciaire, afin de passer à autre chose plutôt que de répéter sempiternellement les mêmes arguments et contre-arguments ?

2. Il y a des raisons de penser que le racisme est un comportement partiellement inné. Laisser la liberté au discours raciste, ce serait alors un peu comme de laisser les publicitaires utiliser des scènes explicitement sexuelles pour attirer l’attention sur leurs produits. Si c’est interdit, c’est bien pour protéger la liberté des consommateurs.

Je suis depuis revenu sur ces arguments, je dirai ci-dessous à quelle occasion. Contre le premier argument, parce qu’il est illusoire d’espérer atteindre une Fin de l’Erreur, un état du monde dans lequel la raison n’aurait plus à combattre. Oui, il faudra toujours répéter et répéter encore les mêmes évidences, montrer encore les mêmes preuves. Il faut s’y résoudre, et "imaginer Sisyphe heureux".

Et contre le deuxième argument, parce que nous sommes irrémédiablement submergés par tout ce qui nous détermine et nous influence. La liberté ne consiste pas à être indépendant et libre de toute influence, mais plutôt à accueillir les influences que nous choisissons, et à faire l’effort de déjouer celles qui nous sont imposées.

Ce qui m’a mené à ces réflexions, à part mes quelques lectures et autres influences (heureuses ?), c’est le vote en première lecture de la loi sur le génocide des Arméniens. Sous prétexte de haute moralité, de dénonciation indispensable, le parlement Français s’est ingéré dans un débat entre Turcs et Arméniens. Le but d’un tel débat ne doit pas être une condamnation stérile, mais une libéralisation de sociétés encore trop peu assurées d’elles-mêmes.

Mais quel est alors le but de cette loi ? Électoraliste, mais ce n’est pas un défaut en soi. Le problème est qu’elle vise surtout à flatter cette partie de l’électorat qui craint l’entrée de la Turquie dans l’UE. En la désignant comme coupable de négation de crime contre l’humanité, comme moralement inférieure et donc indigne de notre club, on fait secrètement plaisir à ceux qui considèrent que les musulmans sont forcément incapables de nous rejoindre dans notre (supposée) marche vers le progrès.

Il n’aura donc fallu que quelques années pour que cette atteinte à la liberté d’expression se mette au service de ce qu’elle prétendait combattre : la xénophobie.


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