• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile


Commentaire de Bovinus

sur Qui veut la peau de Vladimir Poutine ?


Voir l'intégralité des commentaires de cet article

Bovinus Bovinus 19 décembre 2011 18:15

Il y a un truc franchement insupportable dès qu’il est question de la Russie, c’est cette tendance qu’on a, en France, et même plus largement dans le monde « occidental » à raconter n’importe quoi. Pourtant, si on veut bien s’en donner la peine, il n’est pas difficile de nos jours, grâce notamment à Internet, de tirer les choses au clair.

Avec quelques requêtes Google, voici à peu près ce qu’on obtient sur la question de savoir ce qui se passe au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU par rapport à la situation en Syrie (par ailleurs, on peut consulter le dossier Syrie sur RIAN dès le début sur leur site : http://fr.rian.ru/trend/syrie_2011/index.html ) :

- 17 juillet : le CNS est officiellement créé : http://fr.rian.ru/world/20110717/190170132.html
- 17 août : Damas invite l’ONU à envoyer une délégation sur place : http://fr.rian.ru/world/20110817/190529537.html , tandis que dans le même temps, l’ONU rappelle son personnel « auxiliaire » : http://fr.rian.ru/world/20110817/190526446.html
- 29 août 2011 : la Russie annonce qu’elle va soumettre un projet de résolution sur la Syrie : http://fr.rian.ru/world/20110829/190756720.html ; celui-ci a le soutien du BRICS : http://fr.rian.ru/world/20110829/190756720.html ; par ailleurs, le projet occidental est déclaré « partial » : http://fr.rian.ru/world/20110829/190755581.html
- 12 septembre : le MAE russe fait savoir qu’il ne soutiendra pas de résolution de l’ONU sur la situation en Syrie : http://fr.rian.ru/world/20110912/191025498.html
- 27 septembre : le MAE russe réitère sa position : http://fr.rian.ru/world/20110927/191253970.html
- 4 octobre : l’Occident veut passer en force ; veto russo-chinois sur la résolution occidentale http://fr.rian.ru/world/20111006/191372535.html
- 16 décembre : la Russie dépose son projet de résolution sur la Syrie : http://fr.rian.ru/world/20111216/192744388.html
- 19 décembre : la Chine rappelle qu’elle soutient le projet russe : http://www.20minutes.fr/ledirect/845120/pekin-soutient-resolution-russe-onu-syrie

Ça, ce sont les faits, et rien que des faits, dans l’ordre chronologique. Maintenant, si on n’en fait ne serait-ce qu’une analyse très superficielle, voilà ce qu’on peut à peu près en tirer :

La position de la Russie sur l’ingérence dans les affaires d’États tiers n’a pas changé d’un iota depuis 1991 (totalement contre), et le cas syrien n’échappe pas à la règle. Cette position n’a rien d’exotique, correspond pleinement à la Charte des Nations Unies et de plus, est partagée par la plupart des États-membres de l’ONU. À l’exception des États-Unis, des États-membres de l’UE et / ou de l’OTAN, autoproclamés « communauté internationale ».

Sur la chronologie des événements en Syrie, que voit-on ? La Russie a assez vite déclaré être contre toute ingérence ou répétition de scénario « libyen » ; par ailleurs, elle a annoncé qu’elle défendrait son propre projet de résolution à l’ONU et ferait opposition au projet occidental si elle le jugeait préjudiciable à la stabilité du pays. Par ailleurs, le groupe BRICS l’assure de son soutien dès le 29 août. Le 4 octobre, sans surprise, Moscou faisait usage de son droit de veto, ainsi que Pékin, pour faire bonne mesure. Enfin, sans manifester le moindre empressement ou fébrilité, Moscou laisse passer un mois et demi et soumet son projet le 16 décembre. Entre-temps, elle aura envoyé une escadre de guerre vers Tartous et fourni à la Syrie une DCA digne de ce nom.

Notez les réactions de la presse française : l’Express nous parle d’une « résolution surprise » (annoncée dès le 29 août, quand même, hein, la résolution !), tandis que le Figaro nous dit que Moscou aurait « viré de bord » sous la pression de notre brillant ambassadeur de France auprès de l’ONU qui y aurait fait un « coup de sang » (limite, à lui tout seul il aurait poussé Moscou à faire un geste pour ces pauvres Syriens). On parle même d’un « événement extraordinaire » (sisi, c’est juste sous le titre). Sans surprise, TF1 news y voit une « inflexion surprise ».

Cette hypocrisie et cette façon de notre presse de nous prendre pour des andouilles sont proprement à gerber. Ce que la Russie défend en Syrie, ce n’est pas Bachar Al-Assad dont elle n’a probablement rien à cirer, ou ses « intérêts » (quels intérêts ? en quoi un changement de régime menacerait-il les intérêts russes en Syrie ?). Ce qu’elle défend avant tout, c’est la Charte des Nations Unies et le droit des peuples à vivre à l’abri des bombes OTAN-iennes (y compris pour son propre peuple, mais aussi, notre peuple de France... ben ouais, en fait, on devrait se demander si un beau jour, on serait pas foutus de se retrouver dans la situation de la Syrie ou de la Libye). Et il me semble plutôt intéressant de constater qu’elle est loin d’être isolée sur cette ligne.

Par contraste, peut-on sérieusement prétendre encore que toute cette mayonnaise que la « communauté internationale » (de l’OTAN) essaye de faire monter a quoi que ce soit à voir avec les soi-disant 5000 types morts en Syrie (remarquez la précision des chiffres... et d’ailleurs, d’où sortent-ils ?) depuis le début des « printemps arabes » ? N’y aurait-t-il pas là plutôt une politique évidente de deux poids, deux mesures, par rapport, par exemple, au conflit Israélo-Palestinien ? Il serait peut-être utile de rappeler à nos grands démocrates leur position sur la demande d’adhésion déposée par M. Abbas le 23 septembre au nom de l’Autorité Palestinienne à cette même ONU, avec le soutien de la Russie (ou, peut-être, devrait-on dire : grâce au soutien de la Russie ?).

Ce qu’on voit là n’est rien d’autre qu’une lutte d’influence très musclée, et il ne semble pas qu’elle soit à notre avantage. Déjà, parce que notre position est moralement indéfendable et injustifiable, ensuite, parce que les Russes ont repris du poil de la bête et ne sont plus isolés, enfin, parce qu’ils coupent l’herbe sous le pied de l’Occident avec leur dépôt de projet de résolution. Et surtout, parce qu’ils ne se limitent pas à une action simplement diplomatique, puisqu’ils ont envoyé une escadre en Syrie, et viennent d’y déployer un système de DCA moderne, en dépit des vociférations de Mme Clinton. Oups.

Dans le même temps, certaines rumeurs inquiétantes circulent au sujet de certaines déclarations récentes du président chinois Hu Jin Tao. Ce n’est pas tout à fait officiel, mais tout de même... inquiétant.


Voir ce commentaire dans son contexte





Palmarès