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Commentaire de André Sarcq

sur Déportation homosexuelle : l'occultation reconduite (2)


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André Sarcq 18 février 2012 18:21

Pour Eric.

 

 

Je ne doute pas de votre honnêteté, ni de votre bonne volonté dans ce débat.

Votre propos se veut courtois, et je veux m’en tenir au même registre. D’autant que je perçois, dans votre premier texte, une blessure due au défaut de reconnaissance dont souffriraient les déportés protestants en Alsace. J’ignore tout de cette question.  Cette mise à l’écart, si elle était avérée, serait effectivement choquante.

 

S’agissant de la « communautarisation » de la déportation, c’est faire aux homosexuels un mauvais procès que la leur reprocher. Il s’est toujours agi pour eux de mettre un terme à l’occultation de leurs semblables, et de leur obtenir une égale reconnaissance dans la dignité. Cette reconnaissance, et l’apaisement qui l’a suivie, semblaient aujourd’hui acquis. Ce sont Messieurs Vanneste et Klarsfeld qui ont relancé ce débat. Je ne connais pas, quant à moi, un homosexuel qui considère qu’il puisse exister la moindre hiérarchisation des douleurs en fonction de l’identité des victimes de l’horreur concentrationnaire. La seule idée faisait horreur à Pierre Seel.

 

Vous vous interrogez sur la réalité de la déportation homosexuelle.

Après vous avoir rappelé la publication le 15 novembre 2001 par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, sous la plume de Jacques Mercier, du Rapport concernant la déportation d’homosexuels à partir de la France dans les lieux de déportation nazis durant la seconde guerre mondiale au titre du motif d’arrestation n°175, je ne puis que vous joindre, ci-dessous, la liste publiée par Livre-Hebdo (qui, vous le savez, n’est pas exactement un organe de la presse homosexuelle) :

 

• Pierre Seel, décédé en 2005, avait décrit sa déportation à Schirmeck puis dans le camp de Struthof, en France, dans Moi, Pierre Seel, déporté, homosexuel (Calmann-Levy, 1994).

• Dans Les hommes au triangle rose, d’Heinz Heger, préfacé par Jean Le Bitoux (H&O, 2006, pour l’édition la plus récente), l’auteur témoigne de son arrestation en 1939 à Vienne (Autriche) et de sa déportation jusqu’en 1945 dans les camps nazis. Jean le Bitoux, initiateur du Mémorial de la déportation homosexuelle, décédé en 2010, a lui-même fait l’objet d’une publication, en 2010, Jean Le Bitoux : passeur de mémoire (éditions Michel Chomarat).

• En 2006 également, la Bibliothèque municipale de Lyon avait publié le compte-rendu des Assises internationales de la mémoire gay et lesbienne, consacrées à la déportation des homosexuels, incluant le discours de Jacques Chirac en souvenir des victimes et des héros de la déportation.

• Jean-Luc Schwab s’est intéressé à Rudolf Brazda dans Itinéraire d’un triangle rose (Florent Massot, 2010), qui a vécu l’horreur du camp de Buchenwald. Le document révèle aussi le détail des enquêtes policières qui visaient les homosexuels.

• La même année André Sarcq publie Aux hommes tués deux fois (la guenille), poème dédié aux homosexuels déportés (Les Impressions Nouvelles), où il considère que la négation de ce « massacre » est un second assassinat.

• Il y a un an Régis Schlagdenhauffen enquêta sur ce sujet dans Triangle rose : la persécution nazie des homosexuels et sa mémoire (Autrement), qui reçut le prix de la Fondation Auschwitz.

• En mai 2011, les éditions Hermann ont édité Le IIIe Reich et les homosexuels, de Thomas Rozec, qui étudie les rapports entre le régime nazi et le tabou de l’homosexualité, ainsi que la répression sur cette communauté.

• En septembre, Michel Dufranne et Milorad Vicanovic-Maza ont publié Triangle rose (Soleil « Quadrants »), une bande dessinée dont le héros, Andreas, berlinois, subit les lois répressives avant d’être déporté.

• Enfin, Mémoire active a produit il y a un an La déportation pour motif d’homosexualité en France, ouvrage historique réalisé sous la direction de Mickaël Bertrand.

 

 

 

S’agissant de Pierre Seel, vous écrivez : « Il s’avère qu’il n’a pas été déporté si on s’en tient a la définition juridique française et au sens habituel du terme. »

 

En ce cas, comment expliquer qu’il se soit vu délivrer sa carte de déporté en juin 1994 ?

 

Pour ce qui est de Schirmeck, vous dites vrai, il s’agissait d’un camp de sûreté, un « Sicherungslager ». Le camp de concentration du Struthof fut construit par les détenus de Schirmeck - Pierre Seel était du nombre, il fut affecté à la construction du four crématoire. Pour ce qui est des conditions de survie abominables à Schirmeck, je ne puis que vous inviter à lire le témoignage de Pierre, dans son livre cité plus haut, pages 43 à 60.

 

Un seul exemple, que je cite dans mon poème, « La Guenille ».

Un matin, le camp fut rassemblé. Au centre du carré de prisonniers, on amena un jeune homme nu, de dix-huit ans. Les nazis lui enfoncèrent sur la tête un seau de fer-blanc. Puis il lâchèrent sur lui leurs bergers allemands qui le dévorèrent. Ce garçon était de Mulhouse, son amant le prénommait Jo. Cet amant s’appelait Pierre Seel.

 

Ce message est ma dernière contribution à ce débat.

 


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