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Commentaire de chab

sur « Les Français ont soif de justice sociale »


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chab 16 mai 2012 14:37

@jpm

Dommage pour les Glières mais il y a d’autres occasions (www.reseau-salariat.info/agenda). Vous pouvez également proposer l’organisation de rencontres, conférences, débats ou journées de formation.

Vous me faites la réflexion que les mots sont importants, je suis bien d’accord, et en même temps me faites dire ce que je n’ai pas dit.

D’abord, nous n’oeuvrons pas pour la même chose, la différence n’étant pas que sur un désaccord sémantique. Vous parlez de revenu alors que je parle de salaire à la qualification.

Actuellement, le revenu provient de l’exercice d’une tâche monnayée sous forme de prime (en plus d’un salaire ou non selon des critères de rentabilité, performance, etc.), de la propriété lucrative (prêt de ressources non consommées) ou d’un forfait de tutelle (tel que le RMI/RSA, le crédit d’impôt, pour subvenir à des besoins primaires).

A contrario, le salaire est un tarif négocié socialement (conventions collectives, statuts) lié à la qualification (professionnelle et du grade).

Il y a là de quoi vous faire réfléchir sur le sens des mots, les implications que chacun induisent et mettre le tout en perspective avec la réalité quotidienne de nos rapports sociaux. Oui, c’est très « marxiste » et c’est complètement assumé : il est difficile de se passer des outils que Marx a produits.

Ensuite, il ne s’agit pas de se borner à rafistoler les injustices ni de faire table rase. Il ne me vient pas à l’esprit ici de nous défaire des activités marchandes mais à la fois de rendre possible sa cohabitation avec les activités non marchandes et d’éviter son extension à l’ensemble de nos activités, indispensable à la survie du capitalisme pour des raisons d’une nécessité toujours plus grande d’augmenter la rentabilité, par l’accaparement de la survaleur sous forme de profit.

Il s’agit de nous défaire du capitalisme et d’avoir la maîtrise collective de l’économie, idée rendue possible aujourd’hui par notre expérience. Ce n’est plus une utopie, c’est à portée de main ou, plus précisément, de volonté : il suffit de dire oui. Ce n’est pas rien.

Troisièmement, la qualification ne garantit pas un revenu. On lui associe un salaire en socialisant l’intégralité du PIB et en utilisant notre expérience de la cotisation sociale qu’il s’agit de généraliser :
  • une cotisation salaire pour le salaire direct, mettons de 60% du PIB. Aujourd’hui, ça représente 2000€ en moyenne par mois pour chaque citoyen, de 18 ans à notre mort, net d’impôt (qui n’aura plus lieu d’exister).
  • une cotisation économique pour l’investissement, mettons 25% du PIB sans dette et sans remboursement, puisque sans intérêt et accumulation ! Aujourd’hui, ça représente 500 milliards d’Euros alors que nous n’investissons même pas 400 milliards soit moins de 20% (l’argument risque/récompense est simplement nul).
  • une cotisation sociale pour les infrastructures que nous voudrons garder dans le domaine gratuit, environ 15% du coup.
Ce sont des chiffres à la louche pour donner un ordre d’idée de ce que nous pouvons faire concrètement, dès aujourd’hui.

Pour les délibérations sur le contenu de qualification, je vous fais remarquer à nouveau, plus explicitement peut-être, que nous le faisons déjà : les grades et les qualifications professionnelles sont déjà déterminés par délibération. Il y a de la marge pour améliorer tout ça mais, à l’image de la cotisation, nous ne partons pas de rien.

Ensuite, la qualification ne nous garantit pas un emploi aujourd’hui d’autant plus que nous ne sommes pas tous qualifiés (je ne parle même pas du niveau des salaires). Ce sont les employeurs et les actionnaires qui décident. Nous pouvons nous débarrasser de l’un et de l’autre. J’anticipe : ne me faites pas dire ce que je ne dis pas, il ne s’agit pas de mettre les entrepreneurs de côté. Mais ils n’auront plus à jouer le rôle d’employeur ce qui est un soulagement. En revanche, ils devront avoir des idées attractives. Ca me parait être positif.

Quant aux éventuels profiteurs qui se la coulent douce, ils me paraissent bien moins nocifs que, par exemple, les parasites financiers de tous poils. Vous avez vous-même utilisé un argument semblable dans un commentaire à la suite d’un autre article. Dans tous les cas, il ne faut pas chercher bien loin pour comprendre qu’en reconnaissant à l’ensemble des citoyens le statut de producteur par l’attribution d’une qualification et d’un salaire, nous allons libérer le potentiel productif de la population. Il y aura donc de la marge pour l’oisiveté, temporaire ou non : il y en a déjà plus que jamais auparavant et c’est tant mieux.

Enfin, à l’image du RMI/RSA, le revenu universel inconditionnel ou non tel que vous le présentez, ne nous sort pas du marché de l’emploi ni des marchés financiers. C’est l’institution parfaite pour remplacer la charité et conforter les « dieux marchés ».

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