J’ai pourtant cru être clair.
La croissance, à mon sens, a existé depuis la nuit des temps pour les gens qui ont quitté le berceau de l’humanité.
La croissance, à mon sens, s’est fortement accélérée depuis un siècle (depuis que beaucoup de gens ont plus d’une paire de souliers)
La croissance, à mon sens, ne peut se poursuivre indéfiniment puisqu’elle est Terrivore.
Il faut donc penser à faire quelque chose pour autant qu’il nous semble ou qu’il soit exact que cette vieille croissance, nous l’avons voulue (et beaucoup la voudraient encore) et que si on l’a voulue, on peut la dévouloir.
Considérant que la croissance est voulue et qu’elle nous conduit à un mur, nous nous mettons à penser au minimum à un STOP au stade actuel. Donc au statut quo. Ca ne permettra peut-être pas de durer indéfiniment mais ça permettrait de durer plus longtemps et ce serait déjà une bonne chose.
Laissons toujours de côté l’argument démographique pour l’instant et ne raisonnons que sur la base de 7 milliards d’individus ou même 1 milliard comme en 1950. Ne considérons que les arguments techniques.
Jusque là, nous serions un petit paquet à être d’accord, moi compris.
Mais une fois cela convenu, je crois nécessaire d’ajouter que le « STOP on s’immobilise où nous en sommes en 2012 » (ou là où nous en étions en 1960 voire 1850) est malheureusement impossible.
Je dis que plus le niveau de progrès est élevé, plus le STOP en l’état est impossible. Autrement dit. Si l’on avait fait un STOP en l’an zéro, ça aurait été un peu difficile mais jouable. Si l’on avait fait un STOP en l’an 1000 ça aurait été plus difficile mais peut-être jouable. Mais faire un STOP en l’an 2012 et se maintenir comme ça c’est impossible.
Plus il y a de machine dans un système, plus il exige de la maintenance et cette maintenance que je connais peut-être mieux que la plupart des gens, exige de la croissance.
Un STOP et un maintien en l’état est supportable dans la zone dénuée de machine à énergie non animale ou électrique. Cf les Amishs.
Dès qu’on veut conserver une quelconque forme de machine à énergie autre qu’animale, c’est tout un pataquès industriel qu’il faut autour, en amont comme en aval. Et un pataquès industriel ne tient que s’il est animé par la fièvre du progrès. Quand bien même une usine conviendrait de ne produire à tout jamais que des Ford T, elle doit améliorer ses procédés et il s’ensuit une cascade de progrès qui ne peuvent s’entendre qu’avec de la croissance. Yaka se référer aux grandes heures de l’URSS pour le vérifier. Sans progrès, sans croissance, ses usines ne parvenaient même plus à fournir du dentifrice. Alors que le secteur spatial qui était très volontairement orienté en progrès et croissance savait pondre des fusées performantes.
Si vous êtes d’accord pour reculer aux époques sans aucune machine, le STOP est faisable. Mais pour nous qui sommes habitués aux machines, ça nous donnera nettement l’impression de revenir à l’âge de pierre.
Si vous voulez un STOP avec quelques machines, avec des chasses-d’eau comportant des matériaux synthétiques, avec de l’eau chaude et propre jailissant d’un robinet, c’est injouable et on se retrouvera inexorablement aux âges sans machines.
Il nous faudrait accepter de revenir aux aqueducs en pierre, aux tuyaux de plomb roulés à la main, aux puits avec corde et seau, aux routes pavées, aux rejets d’eaux usées en rivières, aux éclairages à l’huile et au chauffage à la bouse pour que le STOP soit à peu près jouable. Et bien entendu, il nous faudra revenir à la médecine dont avait bénéficié Louis XIV et nous passer d’Internet.
Les Amishs qui se débrouillent très bien avec des chevaux et des lampes à pétrole, ne s’occupent ni d’extraire ce pétrole lampant ni de fournir l’acier de leurs faucilles, ni de fabriquer le verre de leurs fenêtres ni d’élaborer les vaccins qui les protègent. Et ils utilisent le téléphone. Les Amishs, sans nous autres autour, ils ne pourraient pas tenir sous cette forme et seraient obligé de reculer vers l’âge de pierre.
Je crois que vous utilisez cent mille produits sans vous douter de la complexité des moyens qui sont mis en oeuvre pour les produire et de la dynamique de croissance nécessaire pour qu’ils puissent exister.
Je répète que pour ma part, je serais aussi bien à vivre à la manière des Papous, batailles comprises et cela parce que j’en ai l’habitude. Mais je doute que vous aimiez ça.
Ce qui ne veut évidement pas dire que vous ne seriez pas capables de vivre comme au Moyen-âge, mais ça veut dire que si on s’y retrouvait en l’espace de 10 ans, vous seriez fort dépités.
Peut-on reculer lentement afin de nous laisser le temps de nous habituer ?
Puisque ce serait un recul volontaire, on devrait pouvoir l’exécuter en bon ordre non ?
Bin non.
Dès qu’il n’y a plus de progrès-croissance au programme, dès qu’une usine est à zéro de croissance, les pièces qui tombent en panne ne peuvent plus être remplacées et il suffit d’un seul engrenage de cassé pour bloquer toute la production.
Or l’achat d’un engrenage nécessite impérativement de l’argent et cet argent ne peut pas être prélevé sur le bénéfice car il n’y a jamais de bénéfice sans croissance (Cf l’URSS encore).
Quand je parle de bénéfice ici, je parle de ce qui reste une fois tout le monde payé, patron compris. Pour débloquer 10 € pour acheter un engrenage, il faut emprunter, il faut obligatoirement une foi dans le progrès, dans la croissance.
Chez les Massaïs, l’air de rien, il y a déjà un principe de croissance. Ils espèrent tous avoir plus de bétail demain qu’hier. Du coup, il existe le prêt entre eux et ils utilisent de l’argent
Chez les Papous, il n’existe aucun principe de croissance. Même au niveau des bijoux, même au niveau des armes, le progrès, le mieux ne leur vient pas à l’esprit. Alors ils ne connaissent ni le prêt ni l’argent. Ils donnent éventuellement mais ne prêtent pas car il ne peut pas exister un espoir de retour sur investissement sans croissance ou progrès. Résultat, les Papous ont dix fois moins d’objets que les Massaïs qui n’en ont pourtant pas beaucoup par rapport à nous.
(J’ai passé mon enfance avec des gens vivant à peu près comme les Papous et j’ai adoré ça)
Planter un igname c’est investir. Et bien les primitifs ne plantent quasiment rien.
On peut alors se rabattre sur le fait que les riches patrons se gavent et qu’il suffirait qu’ils se gavent moins pour que les usines aient de quoi se payer un engrenage.
Un engrenage oui. Mais un groupe électrogène et des pompes énormes comme il a fallu soudain en fournir à Fukushima Daichi, non.
10/06 22:07 - nicolas_d
Mais continuez le donc votre chapitre ! Il pourra peut être servir d’inspiration à (...)
10/06 14:13 - easy
@ Philalouer Il est exact que je n’entre pas dans le débat d’une réorientation (...)
10/06 10:41 - pilhaouer
@ easy Vous n’avez pas répondu car répondre ne consiste pas à réitérer une position mais (...)
09/06 21:27 - Jean Jolly
Effectivement, la croissance des inégalités ne fera qu’ avancer l’heure de la (...)
09/06 20:22 - soimême
Pourquoi s’affoler nous allons vivre la croissance dans la décroissance (...)
09/06 16:28 - CHIMERE
@ tous, Il me semble qu’il existe un lien très fort entre cette fameuse nécessité de « (...)
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