Bonjour à l’auteur.
D’abord une petite dédicace à Léo le sage et Jean-Paul, qui sont chatouilleux sur les thèmes de la légitimité et de l’authenticité :
http://www.youtube.com/watch?v=YCGQ86-ucrc
Feu George Carlin exprime ici à mon sens une analyse extrêmement juste du modèle américain, avec une verve inégalée, et je pensais que vous lui aviez emprunté le titre de votre article. Étant donné que Carlin est né à Manhattan et est mort quelque part en Californie, je pense que les susnommés ne trouveront rien à redire à la légitimité de son témoignage.
Maintenant, dans un registre moins taquin, je trouve que votre article aborde des réalités intéressantes et préoccupantes, à savoir le devenir effectif de la locomotive mondiale, les USAs, où depuis longtemps, les stratégies de communication ont remplacé la démocratie.
Le sketch de Carlin, aussi irrévérencieux puisse-t-il être, met le doigt sur une réalité fondamentale de la nation américaine, à savoir que les décisions ne se prennent pas en fonction des intérêts de ses citoyens, mais bien en fonction de ceux des multinationales et autres groupes de pressions qui noyautent les arcanes du pouvoir de la Maison Blanche. Les américains ne constituent pas un peuple, au sens où l’entend la vieille Europe ou d’autres nations anciennes, mais un conglomérat de communautés importées, dont les membres ont épousé le credo libéral qui fait la promotion de l’initiative et de la liberté individuelle. Le dogme américain, c’est que chacun doit faire ses preuves en se débrouillant (self assertion), que la société américaine qui est juste donne à chacun la récompense de ses efforts ou initiatives, et que toute stratégie d’aide systématique aux démunis est injuste et contre-productive pour la santé sociale.
Parallèlement, il existe aux USA une vénération de la réussite et de l’initiative privée. L’économie ne peut de toute évidence reposer que sur de telles initiatives, et par ricochet, ce qui est bon pour le privé est bon pour la nation. Cet état d’esprit, ou ce pacte social, si on préfère, explique pourquoi les américains s’accommodent si facilement de la collusion entre les politiques de la Maison Blanche et les milieux d’affaire, et pourquoi ils se montrent si rétifs aux tentatives de régulation ou de planification de leur économie, ou même simplement d’institutions comme les soins de santé. La conséquence de tout ceci, c’est que lorsque l’on parle de la politique américaine, intérieure ou extérieure, on ne traite pas de la politique d’un peuple, mais de la politique d’un conglomérat d’industries et d’institutions financières qui parasitent et utilisent la nation américaine, et principalement son armée, à son seul profit.
Cet état de choses explique à son tour l’impuissance actuelle du gouvernement américain. Le modèle libéral est indéboulonnable parce que le complexe industriel et financier repose sur lui. Les corporations qui constituent ce complexe sont comme les gangs d’autrefois, complices contre l’ordre public, mais rivaux sur le terrain. Ils ont subornés les responsables politiques à leurs intérêts (amusez vous à comparer les fonctions privées et publiques des différents mandataires de la Maison Blanche, et vous aurez une idée de l’ampleur des conflits d’intérêt) mais ils sont bien incapables de définir entre eux un projet de société car aucun ne veut risquer de diminuer sa part de gâteau ou de se handicaper dans la course à la suprématie. Qui plus est, le peuple, les gens, les concitoyens, franchement, les big corporations n’en ont rien à foutre. The winner takes it all.
Maintenant, l’Amérique est-elle perdue pour la cause ? Certainement pas. S’il existe une vertu américaine, c’est certainement celle de rebondir et d’adopter des solutions nouvelles. Obama avait été élu avec l’espoir d’un changement de fond (impossible dans la logique actuelle de soumission aux intérêts privés). Ron Paul, candidat républicain atypique beaucoup plus proche de la base, ou d’un libéralisme social, avait récolté une part très conséquente des suffrages, avant d’être escamoté par la machinerie du parti. Les tea parties, nonobstant leur vocation à faire encore plus de libéralisme et donc à rentrer dans le rang, marquent également un malaise par rapport à la dégradation de l’American Way of Life. Enfin, Occupy Wall Street, irrécupérable et donc sévèrement réprimé, marque un retour de conscience d’une intelligentzia américaine mais aussi d’une base populaire.
L’Amérique va réagir, c’est sûr, mais dans quel sens et selon quel agenda, ça, c’est une toute autre histoire.
Pour terminer, au contraire d’autres intervenants, je vous félicite d’un article de bonne tenue, même s’il aurait mérité d’être mieux étayé, et salue en votre jeune âge de grandes promesses.
Amicalement,
Blueb
14/10 14:52 - Alinea
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14/10 13:22 - bluebeer
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13/10 15:30 - L’enfoiré
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