Dans un monde capitaliste, celui qui n’a pas de capital (au sens de Bourdieu : relations, culture, argent…) est condamné à être esclave. Je rappelle encore une fois que pendant l’Antiquité, les esclaves pouvaient être rémunérés, puisqu’ils pouvaient racheter leur liberté. Idem pour les serfs au Moyen-Age.
Esclave d’un employeur, esclave d’une entreprise ou d’une association, esclave d’un Etat. Il y a peu de différences. Je rappelle qu’au cours de l’Histoire, ceux qui sont parvenus aux plus hautes positions ont usé d’artifices que la morale, et souvent le droit, réprouvent. Ainsi au haut Moyen-Age, la noblesse n’était qu’une caste de voleurs, violeurs et assassins qui ont exproprié les paysans par la force et se sont arrogés par la force des droits qui n’existaient pas alors. Par la suite, la noblesse s’est promise de protéger les paysans par cette même force, risquant leur vie lors des différents conflits. Ceux qui avaient pour tâche de prier assuraient par leur ferveur religieuse le salut des âmes. Et les autres travaillaient.
La nouvelle caste des « nobles » d’aujourd’hui ne risque même plus sa vie pour assurer la protection de ceux qui travaillent. Ils ont le beurre, l’argent du beurre, et la crémière, sans verser aucune contrepartie, si ce n’est de misérables prélèvements auxquels par la magie des frontières ils échappent en grande partie.
La loi a été instituée par des puissants pour faire accepter aux moins puissants leur pouvoir, et substituer le pouvoir de la force physique qui prévalait alors, par celui de la force sociale. C’est donc une violence qui se substitue à une autre violence.
Pendant les Révolutions Industrielles du XVIIIè et du XIXè siècles, les détenteurs de capitaux avaient pour objectif de détruire les petits patrons, artisans et commerçants. Voilà pourquoi ils proposèrent de confortables (pour l’époque) rémunérations à leurs employés. Pour attirer des employés et concurrencer les petits patrons, il fallait bien les dissuader d’être leur propre employeur.
La société capitaliste ne met aucun frein à l’accumulation de capitaux. Le temps s’écoule sans fin, les héritiers héritent, et les prélèvements fiscaux et sociaux ne font que ralentir l’accumulation de capitaux. Mais le temps ne ralentit pas. La concentration de tous les pouvoirs aux mains de quelques-uns n’est qu’une affaire de temps.
Une société capitaliste qui érige au rang de valeur première le capital et au rang de valeur seconde le travail peut fonctionner lorsque la croissance est au rendez-vous et lorsqu’elle est partagée, même inégalement.
Mais le travail est détruit par l’automatisation des tâches aussi bien que par la rationalisation des processus de production.
Tant que la croissance démographique pouvait être absorbée par le marché du travail, tant que les révolutions techniques et technologiques créaient plus de travail qu’ils n’en détruisaient, bref, tant qu’il y avait des opportunités, le capitalisme pouvait fonctionner.
Le problème, c’est que la force de travail de l’être humain n’est même plus nécessaire. Ainsi l’entreprise chinoise Foxconn remplace-t-elle les travailleurs chinois dociles et mal payés par des robots. En Chine ! L’ouvrier chinois n’est même plus rentable. Imaginez alors, chers amis, la profonde stupidité des discours des politicards véreux, de l’extrême gauche à l’extrême, qui parlent de concurrence. Quel être humain peut concurrencer un robot qui ne dort pas, et n’a aucun désir ?
Le problème, c’est que l’intelligence individuelle parvient à ses limites, elle ne progresse plus. Les tests d’intelligence, qui mesurent la performance cognitive (et non l’intelligence) observent même une diminution de l’effet Flynn.
Le problème, c’est qu’il faut inventer un modèle d’échange qui puisse assurer à chacun une vie digne et humaine indépendamment de son apport à l’humanité. Un modèle qui puisse récompenser particulièrement les initiatives individuelles sans provoquer de déséquilibres majeurs.
Le problème, c’est que cette transition ne pourra malheureusement se faire sans violence parce que ceux qui disposent du pouvoir (donc de l’argent) ne sont pas prêts à le partager, et ils se croient bien plus intelligents que les autres.
Le problème, c’est que la solidarité a disparu, chacun a son téléphone portable, on n’utilise plus le téléphone du commerçant et par conséquent, on ne discute plus avec lui. De toutes les façons, les caisses sont automatisées, chacun a son petit scanner.
Le problème, c’est que chacun s’accroche à sa misérable petite vie sans plus combattre, pensant qu’il échappera au sort pourtant inéluctable qui l’attend, espérant que ce sort vienne d’abord prendre son voisin. Ainsi est l’humanité, il n’y a pas à rougir. Mais ainsi est l’humanité prisonnière d’un conditionnement social qui a œuvré pendant des siècles. Et ainsi un autre conditionnement – au partage, à l’entraide et à la tolérance – peut se substituer au conditionnement à la concurrence, à l’égocentrisme et l’égoïsme, à la guerre de tous contre tous.
Cela nécessite seulement de porter une réflexion sincère sur soi, sur ses besoins véritables, et d’aller vers l’Autre en lui disant tu es un autre moi et dans le désert que nous traverserons, je te donnerai la moitié de mon eau.
Merci Michel pour l’ensemble de tes articles, pour ton humanité admirable.
19/11 15:43 - Traroth
@tf1Groupie : Toute l’ampleur de votre autisme apparait dans votre commentaire. Et les (...)
19/11 08:41 - Louise M
AU CONTRAIRE LE VOTE EST UN PIEGE A CON ! avez vous vu une inflexion des politiques qui nous (...)
19/11 08:38 - Louise M
A Fred74 ce n’est pas parce que ceux qui dominent le monde sont égoistes, dominateurs , (...)
19/11 08:34 - Louise M
Merci Michel beau billetc’est vrai que l’on a la rage au ventre en constatant cette (...)
19/11 06:58 - 1871-paris
ont est yous d accord. maintenant comment faire pour virer ces incapables bon a rien... l (...)
18/11 14:38 - Soi même
Il y a toujours une compensation, qui entrave une situation qui se veux être définitif ! Rien (...)
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