@ Philippe Vergnes
Le double-bind est bien entendu à l’œuvre dans les situations analogues à celles mises en expérimentation par Milgram Stanley. Il n’en a pas parlé, car son objectif n’était pas là. Ça ne faisait pas partie de l’hypothèse qu’il s’était fixé de vérifier.
Après l’allusion — sans le nommer — à Harold Searles (L’effort pour rendre l’autre fou) vous parlez de l’emprise, sans doute à cause de la tendance naturelle à focaliser sur l’obsession du moment quand elle empêche l’esprit de porter le regard au-delà du centre d’intérêt immédiat. C’est aussi un rempart contre l’angoisse et la folie. C’est l’inverse de la dispersion.
Je ne partage pas votre point de vue sur une approche interdisciplinaire dans le cadre de la recherche pure. Les reliances, s’il en est à faire, ne sont possibles et pertinentes que sur les conclusions obtenues séparément d’abord dans chaque discipline. Boris Cyrulnik est un modèle du genre : il cherche, il trouve, et seulement alors il relie avec d’autres découvertes. Mener une recherche tous azimuts conduit généralement nulle part. On peut parcourir plusieurs chemins, mais seulement l’un après l’autre. Même les Acraeas quand ils volent ont une direction précise et déterminée. Ils savent ce qu’ils veulent, ils savent où ils vont, et pourquoi ils y vont. Les humains actuels font des moulinets dans tous les sens. Le sens, le bon, ils l’ont perdu ; enseveli sous un égo démesuré qui se croit un génie. S’il y a un mal du siècle, c’est là qu’il se trouve.
Vous avez sans doute remarqué que j’évite d’employer le mot connaissance que je trouve prétentieux. Je préfère parler de croyance, car l’inconnue de toute vérité, c’est sa date de péremption...
Bonne fin de journée.