L’enthousiasme n’est déjà plus ce qu’il était..
"....l’ex cardinal aurait été (au minimum) silencieux pendant la
dictature des généraux. Je me contenterai d’un constat. Le quotidien La Croix
présentant le 4 mars les 115 cardinaux électeurs avait retracé en 4
lignes la carrière universitaire et ecclésiastique du cardinal
Bergoglio. Le seul et unique commentaire qui avait suivi cette brève
présentation avait été le suivant : « En 2007, il rejette l’idée de la responsabilité collective de l’Eglise dans les crimes commis sous la dictature argentine ».
Grâce aux travaux de mon ami, le sociologue Fortunato Mallimaci, je
vais souligner un autre fait que les médias commencent à découvrir :
l’opposition de l’archevêque de Buenos Aires à toute loi civile donnant
des droits en matière de sexualité. L’Argentine limite toujours le droit
à l’avortement au viol, malformation du fœtus et à un danger pour la
santé de la mère (loi votée en 1921). La Cour suprême a rappelé en
septembre 2012 la nécessité d’appliquer cette loi, ce qui signifie qu’il
existe de fortes pressions auprès du personnel de santé pour que
l’avortement ne soit pratiqué dans aucun cas.
Une vaste coalition d’organisations de la société civile argentine
s’est constituée en vue de dépénaliser plus largement l’avortement. Il y
a quelques semaines, cette coalition espérait obtenir un débat au
parlement argentin. L’élection du cardinal Bergoglio comme pape va
rendre beaucoup plus difficile la mise en route d’une loi plus libérale.
Pour les Argentins, cette élection n’est donc pas forcément du « pain
béni » !
L’Argentine a adopté, en juillet 2010, une loi sur le « mariage égalitaire » qui remplace les termes « homme » et « femme » par le mot « contractant ». Bergoglio s’est très vivement opposé à cette loi qu’il qualifia de « menace du démon ».
Il refusa même une proposition de compromis sur une possibilité d’union
civile pour les personnes de même sexe. Avec d’autres groupes
religieux, il appela à la mobilisation sans rencontrer un grand écho.
Comme les autres, les Argentins pratiquent un « catholicisme à la carte ». (Jean Bobérot dans Mediapart ; Extrait))