Le champ des sciences et techniques est devenu immense. Un
étudiant normal ne peut assimiler qu’une faible partie de la connaissance. Que
faut-il enseigner ? Il faut choisir.
Vieil ingénieur, j’ai
fonctionné beaucoup avec la règle de trois et l’intuition. Puis sont arrivés
les ordinateurs avec le calcul par éléments finis. Une révolution.
Aujourd’hui, un ingénieur doit d’abord savoir utiliser les
formidables outils de calcul qui sont au point. Sans être naïf, il doit leur faire
une confiance justifiée, sans forcément comprendre leur fonctionnement
terriblement complexe. Donc beaucoup de travaux pratiques durant les études sur
toutes sortes de modèles numériques simulant le réel physique, avec néanmoins une approche théorique sur la
conception des modèles. Ensuite, il doit pouvoir communiquer avec des
ingénieurs du monde entier. Un très bon Anglais est indispensable, et une
seconde langue un plus. Enfin, il doit avoir une bonne base de connaissances en
matière d’économie et de finance d’entreprise.
Pour le reste, la culture générale, scientifique technique et
philosophique doit rester centrale. Plus facile à énoncer qu’à définir, avec le
risque d’une approche trop littéraire et papillonnante. Ensuite, la vraie vie
fera le tri, entre ceux qui voudront développer leur pouvoir sur les objets et
leur conception, ceux qui voudront manager des projets complexes et des équipes
nombreuses, et ceux qui iront de toute façon (quelle que soit leur formation)
là où l’on gagne le plus d’argent. Le
système de sélection français où l’on intègre la « meilleure » grande
école d’ingénieurs, celle qui permettra de faire la « meilleure »
carrière prépare malheureusement à choisir le métier qui offrira la « meilleure »
paye … Comme il se trouve que nos écoles donnent un très bon niveau en maths, c’est
la finance.