La domination linguistique n’est pas le fruit d’un complot. C’est la conséquence d’une domination économique et culturelle, et c’est bien pourquoi il est stupide de prétendre légiférer contre un phénomène qui de toute façon, a déjà eu lieu. En France, on aime bien ces combats d’arrière-garde, perdus d’avance, car on savoure nos défaites plus encore que nos victoires.
Pour qu’une langue se répande, il faut qu’elle soit :
- Avantageuse à apprendre, c’est à dire qu’un quidam d’un pays étranger aura un intérêt personnel à prendre des douzaines d’heures de cours de français, par exemple pour être plus compétitif dans une entreprise qui travaille avec la France. C’est la conséquence directe d’une vitalité économique que nous n’avons pas.
- Illustrée par une culture riche, et non par quelques nigauds germanopratins, quelques cinéastes nombrilistes, moralisateurs et bouffeurs de subventions publiques, quelques chanteurs sans voix et sans texte.
Jadis, les étudiants de Yale apprenaient la langue de Sartre. Aujourd’hui, ils n’apprennent plus la langue de BHL. La France n’a rien à offrir, ni économiquement, ni culturellement. On n’apprend plus le français dans le monde pour cette raison, et ce n’est pas en imposant des quotas de merdes francophones à la radio ou en mettant des petites astérisques dans les pubs Quick pour expliquer que « chicken » veut dire « poulet » qu’on changera cet état de fait. Pour renverser la vapeur, il conviendrait de redonner à notre pays un élan qu’il a perdu il y a bien longtemps, retrouver le chemin de la croissance et non celui de la décadence durable, retrouver le chemin de la prospérité. Et pour ça, il faudrait que les Français commencent à prendre acte du fait qu’ils ne sont plus seuls dans l’univers, que la planète ne les attend pas, et que s’ils veulent participer au monde de demain, il faudrait déjà qu’ils apprennent à parler sa langue et à oublier les fantasmes sur la supériorité supposée de la langue de Rabelais (qui en vaut bien une autre).